Le point
de vue des Brasseurs de France.
Alors que le marché français de la bière se stabilise en 2025, la
filière brassicole fait face à une dégradation de sa compétitivité, due à
l’instabilité économique et politique, mettant en tension l’investissement et
la pérennité de certaines brasseries.
En France, un secteur
fragilisé par deux années de baisse
En 2025, le marché
français demeure atone, après deux années de baisse (- 7% entre 2022 et 2024).
Les volumes progressent
légèrement en consommation à domicile (+1,2%). Certains circuits de
distribution poursuivent leur évolution : le drive et les magasins à marques
propres progressent respectivement de 6% et 5,5%, tandis que la distribution
traditionnelle reste en retrait.
En hors domicile, la
bière conserve un poids économique important, représentant environ 30% du
chiffre d’affaires du secteur, mais recule en volume de 1,5%.
Période clé pour la
catégorie, l’été 2025 a enregistré une progression de 1,4% par rapport à l’été
précédent, qui avait été défavorable à la consommation pour des raisons
météorologiques. Sans inverser la tendance annuelle, un point mérite d’être
souligné : entre juillet et août 2025, les consommateurs ont fait le choix de
la bière sans alcool, avec 600 000 litres supplémentaires.
Une compétitivité des
brasseries mise à l’épreuve
Avec 2 500 brasseries,
la France reste le pays européen comptant le plus grand nombre d’entreprises,
s’appuyant sur un amont agricole structuré et une grande diversité de modèles.
La stagnation des
volumes, combinée à la hausse continue des coûts de production pèse durablement
sur les équilibres économiques des brasseries. Ainsi, la fin de l’ARENH en
2026, l’augmentation des redevances sur l’eau, l’augmentation de la REP
emballage ménager, la complexité réglementaire et une pression fiscale
permanente sont autant de facteurs pénalisant notre compétitivité et qui
affectent directement un secteur composé à 96% de TPE et de PME.
Ces difficultés se
traduisent concrètement sur le tissu brassicole : en 2025, 209
brasseries ont fermé, soit près de 4 fermetures par semaine, un niveau
quasiment équivalent au nombre d’ouvertures (213). En 2024, les fermetures
avaient déjà été plus nombreuses que les ouvertures.
Dans ce contexte, des
mouvements de consolidation se poursuivent — mise en commun de capacités de
production ou rapprochements stratégiques — afin de préserver les équilibres
économiques, renforcer les capacités industrielles et assurer la pérennité des brasseries.
Diversification et
innovation : un potentiel de croissance pour la filière
Face à ces tensions,
diversification et innovation demeurent des leviers essentiels de maintien et
de développement de la catégorie.
La diversité des
formats y contribue : en grande distribution, les canettes, légères et
facilement recyclables, enregistrent une progression de +4,8% en volume, tandis
que les bouteilles de 75 cl affichent +4,2%. Ce format peut également être
porté par le réemploi, avec une expérimentation ReUse en cours dans le Nord et
l’Ouest de la France.
Le segment des bières
sans alcool joue également un rôle moteur. En progression de 11,5% sur un an,
il représente désormais près de 6% des volumes en grande distribution.
Une enquête flash menée
par Brasseurs de France en janvier 2026 met en lumière la dynamique autour de
la bière sans alcool. 40% des brasseurs interrogés produisent aujourd’hui de la
bière sans alcool, de manière régulière ou ponctuelle, et 30% déclarent avoir
un projet en cours.
Parmi les brasseurs
déjà engagés sur ce segment, 50% ont recours à des levures spéciales,
soulignant le rôle central de la recherche et de l’innovation dans le
développement de cette offre.
Près de 60% des
brasseurs concernés jugent le marché de la bière sans alcool en croissance. La
demande des consommateurs est identifiée comme la principale motivation. Les
données de Santé Publique France confirment une évolution des habitudes de
consommation d’alcool en France, avec une baisse des consommations quotidiennes
(-13% entre 2021 et 2023) et une augmentation des non buveurs, notamment parmi
les jeunes (près de 20% des 17 ans n’ont jamais consommé d’alcool, contre 7% il
y a vingt ans).
« L’enseignement de 2025 est clair : la filière brassicole dispose des savoir-faire et des capacités d’innovation nécessaires pour répondre aux nouvelles attentes de consommation et continuer à investir en France mais la préservation d’un cadre fiscal et réglementaire stable est une condition essentielle pour permettre à ce dynamisme de s’inscrire dans la durée », souligne Magali Filhue, déléguée générale de Brasseurs de France.


