Le point de vue de Fidel Martin, Président
d’Exoé
Longtemps,
l’externalisation dans la finance de marché a été perçue comme une solution de
secours : un pis-aller pour réduire les coûts, gérer des pics d’activité ou
pallier des pénuries de compétences. Cette vision est aujourd’hui dépassée. À
l’heure de la transformation des marchés financiers, externaliser certaines
fonctions n’est plus une option tactique, c’est un levier stratégique.
Les banques
d’investissement, les asset managers, les sociétés de gestion et les
infrastructures de marché font face à une équation de plus en plus complexe :
exigences réglementaires accrues, pression sur les marges, digitalisation
accélérée, complexification des produits financiers et raréfaction des talents
spécialisés. Dans ce contexte, maintenir en interne l’intégralité des fonctions
de trading, de middle office… relève souvent de l’illusion plutôt que du
pragmatisme.
Les tables de
négociation, autrefois sanctuaires fermés, doivent désormais composer avec des
systèmes toujours plus sophistiqués, une surveillance réglementaire renforcée
et une compétition technologique féroce. Externaliser certaines opérations,
support au trading, contrôle des risques, suivi des positions, permet aux
institutions financières de se concentrer sur leur cœur de métier : la prise de
décision, la gestion, et la relation client.
Le middle office, pièce
maîtresse de la chaîne de valeur, est devenu un centre névralgique où
s’entrecroisent gestion des risques, conformité et performance opérationnelle.
Pourquoi disperser ses ressources quand des experts dédiés peuvent garantir une
qualité de traitement homogène, une meilleure traçabilité et une conformité
renforcée ?
Certains craignent
encore une perte de contrôle. C’est l’inverse qui se produit lorsqu’elle est
bien pensée : l’externalisation moderne repose sur des partenariats
stratégiques, des outils partagés, des indicateurs de performance transparents
et une gouvernance claire. Elle permet de passer d’une logique de coûts à une
logique de valeur.
Je vois
l’externalisation non pas comme une délégation de problèmes, mais comme une
mutualisation d’expertises. Elle offre aux acteurs financiers agilité,
résilience et capacité d’innovation, trois qualités indispensables dans un
environnement de marché instable et ultra-compétitif.
La vraie question n’est
donc plus « Faut-il externaliser ? » mais « Comment externaliser intelligemment
pour créer un avantage concurrentiel durable ? »
La finance de marché
entre dans une nouvelle ère : celle de la spécialisation, de la coopération et
de l’intelligence collective. Les acteurs qui persisteront dans une logique
d’intégration totale s’exposeront à des rigidités coûteuses et à une perte de compétitivité.
Ceux qui assumeront des modèles hybrides, mêlant savoir-faire interne et
expertises externalisées, gagneront en vitesse, en sécurité et en capacité
d’innovation.
L’externalisation n’est
donc pas un renoncement, c’est un choix de modernité. Elle permet aux
institutions financières de se recentrer sur ce qui crée réellement de la
valeur : la stratégie, la gestion des risques et la relation avec leurs
clients.
Je suis convaincu que
la performance durable des marchés financiers passera nécessairement par des
partenariats solides entre donneurs d’ordres et prestataires spécialisés,
fondés sur la confiance, la transparence et l’excellence opérationnelle.
Demain, l’enjeu ne sera plus de savoir qui fait quoi, mais qui fait le mieux, et ensemble.


