L’argument
souverain ne suffit pas à emporter l’adhésion et la domination de Microsoft
persiste.
L’étude met en lumière
un paradoxe fort : alors que la souveraineté numérique est un enjeu stratégique
largement partagé, ni les utilisateurs, ni les organisations, ni le marché ne
sont aujourd’hui pleinement prêts à une sortie maîtrisée de Microsoft. Sans
réinvestissement sur les fonctions socles, sans vision UX partagée et sans
maîtrise des coûts d’hybridation, les projets de souveraineté risquent de
rester au stade de l’intention.
L’enquête Ipsos
réalisée pour Lecko, remonte que seuls 12% des agents attendent que leur
administration privilégie la souveraineté dans l’évolution de leurs outils
numériques de travail. L’analyse des solutions du marché et des retours
d’expérience étudiés par Lecko, montre que trois sujets clefs doivent être
ré-investis pour assurer l’autonomie des environnements de travail : sortir de
la stratégie consistant à copier Microsoft y compris ses erreurs, mutualiser
l’UX des interfaces et Design System plutôt que les solutions, réduire le coût
de l’hybridation pour tenir compte des contraintes budgétaires.
La souveraineté est
secondaire pour les agents
L’étude rappelle la
domination écrasante de Microsoft sur les environnements numériques de travail.
Aujourd’hui, 75% des organisations de plus de 250 collaborateurs sont équipées
de solutions Microsoft, selon cette étude.
Plusieurs collectivités
comme la Région Occitanie, la Ville de Marseille, Chamonix, Grenoble, Lyon sont
en train d’abandonner progressivement les suites logicielles américaines au
profit de solutions libres et open source mais elles sont peu nombreuses.
Malgré les débats
récurrents sur la souveraineté numérique, seuls 12% des agents interrogés
attendent explicitement que leur administration privilégie ce critère dans
l’évolution de leurs outils de travail. Ce faible niveau d’attente interroge la
maturité du sujet côté utilisateurs, mais aussi la capacité des organisations à
porter une vision alternative crédible.
Un retard structurel
des alternatives et une dépendance installée
L’étude souligne que,
depuis près de vingt ans, les solutions alternatives ont largement désinvesti
les fonctions socles de l’environnement de travail : messagerie, gestion des
identités, bureautique.
Cette situation a
plusieurs conséquences structurantes :
• un retard de maturité de l’offre alternative
face à l’intégration fonctionnelle des solutions Microsoft ;
• une spécialisation croissante des compétences
techniques des administrations et grandes organisations sur les technologies
Microsoft ;
• une dépendance de nombreuses applications
métiers à l’infrastructure Microsoft, rendant toute trajectoire de sortie plus
complexe.
À cela s’ajoute une
hétérogénéité des interfaces et une qualité d’UX en deçà des standards actuels,
qui dégradent l’expérience utilisateur et freinent l’adoption de solutions
alternatives.
Enfin, la stratégie
commerciale de Microsoft – fondée sur l’intégration, la montée en gamme et la
dépendance fonctionnelle – rend toute sortie progressive à la fois coûteuse et
difficile à piloter.
Trois leviers clés pour
libérer les environnements de travail
Face à ces constats,
l’étude identifie trois volets d’actions déterminants pour corriger les
faiblesses qui menacent la réussite des projets de souveraineté numérique.
1. Sortir de l’impasse
du “Microsoft générique”
Plutôt que de chercher
à reproduire un environnement Microsoft équivalent, l’étude invite à repenser
l’environnement de travail à partir du contexte réel des organisations.
L’objectif est de tirer
parti des limites actuelles - empilement technologique, chevauchements
fonctionnels, dérives d’usages - pour bâtir une cible d’évolution cohérente,
différenciante et attractive, alignée sur les besoins métiers et les
contraintes budgétaires.
2. Mutualiser
l’expérience utilisateur plutôt que les solutions
L’étude recommande de
focaliser l’action publique sur la définition d’un Design System commun pour
l’administration, à l’image du Système de Design de l'État (DSFR) pour les
sites web publics.
Ce levier permettrait :
• d’harmoniser l’expérience utilisateur entre
les solutions du marché ;
• de réduire la fragmentation des interfaces ;
• de garantir une cohérence durable,
indépendamment des éditeurs retenus.
3. Réduire le coût de
l’hybridation par le choix de la bonne trajectoire
L’environnement de
travail repose sur un empilement de couches technologiques (infrastructure →
gestion des identités → systèmes d’exploitation → sécurité → messagerie →
bureautique → visio / chat → collaboratif → intranet / GED).
Cartographie des
solutions alternatives à l’environnement travail Microsoft
Remplacer les couches
supérieures (bureautique, visio/chat, collaboratif) en conservant les couches
inférieures (infrastructure, gestion des identités, systèmes d’exploitation,
sécurité, messagerie) sur des technologies Microsoft ne permet pas de faire d’économie
financière et au contraire augmente le coût, le double ou plus encore. A
l’inverse, commencer par le remplacement des couches inférieures permet une
démarche progressive. Recentrer l’usage de Microsoft 365 sur les fonctions de
base (mail, OneDrive, Teams) et sortir des solutions de collaboration avancées
crée une période de transition pour les utilisateurs.
Cette trajectoire doit
s’accompagner du développement d’un écosystème local de compétences et
d’offres, en s’appuyant notamment sur les ESN et les data centers, afin de
sécuriser les projets dans la durée. Les organisations doivent supporter les
surcoûts liés au maintien de plusieurs environnements lors de la transition.
« Cette étude montre que la souveraineté numérique ne se décrète pas : elle se construit. Tant que les organisations chercheront à reproduire Microsoft plutôt qu’à repenser leurs environnements de travail, elles resteront dépendantes, techniquement et économiquement. La souveraineté passe par un réinvestissement des fonctions socles, une expérience utilisateur mutualisée et lisible pour les agents, et des trajectoires de sortie réalistes, compatibles avec les contraintes budgétaires. Sans cela, le débat restera idéologique et les projets n’iront pas au-delà de l’intention. » conclut Bastien Le Lann, associé chez Lecko.


