Selon une nouvelle étude
publiée par l'Office européen des brevets (OEB) et l'Organisation de
coopération et de développement économiques (OCDE), le paysage des technologies
quantiques se développe rapidement avec une augmentation des créations
d'entreprises, une hausse des investissements et une forte croissance de
l'innovation, mais il est maintenant confronté à des défis de passage à
l'échelle et de commercialisation des technologies.
S'inscrivant dans le plan de travail biennal de l'Observatoire des brevets et des technologies de l'OEB,
le rapport fournit une analyse complète de l'écosystème quantique,
couvrant l'activité de dépôt de brevets, l'investissement, les compétences, les
chaînes d'approvisionnement et les politiques publiques. Cette publication
coïncide avec l’Année internationale des sciences et technologies quantiques
(AIQ), proclamée par les Nations unies.
« Les technologies
quantiques offrent un potentiel considérable, mais elles n'en sont qu'à leurs
débuts. Comme le soulignent cette étude et le rapport Draghi, l'UE dispose
d’une marge de progression en matière d’investissements dans les technologies
quantiques, notamment par rapport à des pays leaders comme les États-Unis. Le
financement du secteur privé est maintenant nécessaire pour commercialiser la
recherche fondamentale, et les gouvernements devraient en faire une priorité. », a déclaré António
Campinos, président de l'OEB.
Selon l'étude, le nombre de familles internationales de brevets (IPFs) - un ensemble de demandes de brevets déposées dans plusieurs pays pour la même invention - dans le domaine quantique a été multiplié par cinq au cours de la dernière décennie. Le rapport identifie trois sous-secteurs principaux :
les communication
quantiques, l'informatique quantique (y compris la simulation) et la détection
quantique. Les communications quantiques représentaient jusqu’en 2022 le plus
grand nombre d'IPFs. Toutefois, l'informatique quantique est le segment ayant
enregistré la croissance la plus forte avec une augmentation de près de 60 fois
depuis 2005, et devrait devenir le principal domaine de l'écosystème quantique.
Au total, les
inventeurs du monde entier ont généré environ 9 740 IPFs liées au domaine
quantique entre 2005 et 2024. Les États-Unis sont en tête, suivis par
l'Europe, le Japon, la Chine et la République de Corée. En Europe, les trois
premiers pays pour les brevets quantiques sont l'Allemagne, le Royaume-Uni et
la France. La région voit également émerger des startups dynamiques, telles que
les entreprises françaises C12 et PASQAL, qui font l'objet d'études de cas dans
le rapport, bien que nombre d'entre elles soient confrontées à des problèmes de
financement et de passage à l’échelle.
L'écosystème quantique comprend aujourd'hui plus de 4 500 entreprises, dont moins de
1 000 entreprises
de coeur de métier (un peu moins de 20%) directement axées sur les technologies
quantiques.
Ces entreprises de cœur de métier sont généralement des startups et dépendent
fortement des investissements en phase précoce et des financements publics. Les
entreprises non spécialisées (80%) sont à l'origine de la majorité des brevets
et des créations d'emplois liés aux technologies quantiques et sont les mieux
placées pour la commercialisation.
L’Europe abrite l’un
des clusters les plus denses d’entreprises quantiques de coeur de métier au
niveau mondial,
avec des pays comme le Royaume-Uni (46% des entreprises quantiques y sont de
coeur de métier), les Pays-Bas (38%) et la France (30%) en tête. Cette
situation contraste fortement avec celle des États-Unis (20%), où la part
d’entreprises de coeur de métier est plus faible et où les géants
technologiques occupent une place plus importante.
Les cinq premiers
déposants d’IPFs quantiques pour la période 2005-2024 sont IBM, LG, Toshiba,
Intel et Microsoft.
Des entreprises européennes telles que IQM Finland et Robert Bosch figurent
également parmi les premiers déposants dans les domaines de l'informatique
quantique et de la détection, respectivement. Les cinq premières universités
pour les IPFs quantiques sont toutes américaines, avec en tête le MIT et
Harvard. Le CNRS est la seule institution publique européenne à figurer parmi
les 20 premiers déposants.
Selon l'étude, la collaboration entre les organismes publics de recherche, les startups et les grandes entreprises prend une importance croissante dans l'innovation quantique. Le domaine est toutefois confronté à des défis, notamment une concentration et des dépendances accrues dans les chaînes d'approvisionnement mondiales pour des composants critiques. Les entreprises quantiques doivent également sécuriser l’accès à des compétences techniques hautement spécialisés, tout en intégrant des compétences plus transversales nécessaires aux efforts de commercialisation.


