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[Tribune] Dirigeants : comment retenir un discours, des noms et des visages ?

Sébastien Martinez, champion de France de mémoire, était invité par Walter France à l’occasion de la Walter Academy, la journée d’intégration de tous les nouveaux collaborateurs de ce réseau de cabinets indépendants, d’expertise, d’audit et de conseil. Cette journée de cohésion et de partages lui a permis de livrer des méthodes concrètes pour travailler ses capacités de mémorisation.

Interview sur son parcours de champion et d’entrepreneur et sur l’intérêt, pour les entrepreneurs, d’appliquer ces méthodes.

Comment en êtes-vous venu à vous intéresser à la mémoire ?
Je suis ingénieur de formation. Aujourd’hui j’ai 35 ans, mais tout a commencé lorsque j’étais étudiant et que je souhaitais terminer mes études en Inde. En anglais, je n’arrivais pas à mémoriser le vocabulaire, or, pour partir, je devais valider un certain niveau de Toeic (test qui mesure les compétences en anglais). Lors d’un premier essai, ma note de 7/20 rendait ce départ impossible. Il me restait trois mois pour repasser ce test. Autant dire que j’étais particulièrement motivé ! C’est à ce moment-là que j’ai effectué des recherches et que j’ai découvert que des méthodes existaient depuis 2500 ans pour travailler sa mémoire. Je m’y suis mis… et trois mois plus tard, j’obtenais une note de 16/20 à ce même test.

Comment votre titre de champion de France de mémoire vous a-t-il conduit à être entrepreneur ?
Après ce succès à ce test d’anglais, j’ai pu partir en Inde et y terminer mes études. Je trouvais extrêmement dommage que ces méthodes ne soient pas accessibles en France. Parallèlement, j’ai découvert qu’il existait des championnats. J’avais déjà cette envie de transmettre mes connaissances, mais pour motiver les gens, il m’est apparu nécessaire d’avoir une cohérence entre le message et le messager ! C’est ainsi que je me suis entraîné, tous les jours, et que j’ai réussi à être champion de France de mémoire en 2015, vice-champion en 2017, et vice-champion du monde en 2018 avec l’équipe de France à Vienne, ce qui est une grande fierté pour moi. Depuis 2020, je suis président de l’association des sports de mémoire, l’ASM, avec pour objectif de faire connaître ces techniques au plus grand nombre. Et dès 2012, j’ai décidé de vivre de ma passion en créant une entreprise de formation éponyme. 

Auprès de quels publics intervenez-vous ?
Nous intervenons dans deux univers : celui de l’éducation et celui de l’entreprise. Nous militons pour que tous les élèves et les étudiants aient accès à cet apprentissage, mais ce n’est pas encore gagné… Nous formons aussi bien des enseignants que des étudiants ; nous intervenons par exemple pour l’Ecole du Louvre, pour des étudiants en médecine, pour des lycées français à l’étranger, pour des associations de parents d’élèves…

En quoi pouvez-vous aider les entrepreneurs ?
Généralement dans les entreprises, et plus particulièrement pour les dirigeants, nous avons deux types de demande : comment mémoriser un discours, et comment se souvenir des noms et des visages.

Acceptez-vous de leur donner quelques pistes pour qu’ils commencent à s’entraîner ?
Oui bien sûr. Pour retenir un discours sans note, il faut d’abord le structurer par écrit. Généralement un discours s’articule autour de 3 ou 4 idées fortes, et pour chacune d’elles, 3 ou 4 sous-idées, soit au total une moyenne de 12 points à retenir. Le secret est d’utiliser la technique du palais mental. Vous prenez un lieu connu comme votre maison, et vous vous créez un itinéraire visuel. Par exemple, en entrant à gauche, vous avez deux étagères avec vos vestes et dessous, vos chaussures. Ce sera votre premier arrêt. Ensuite, dans votre salon, vous avez une table, un canapé et un meuble à vitres. Supposez que vous ayez un exposé à faire sur l’impact de la Chine dans le domaine de la micro-électronique. Il s’agit de créer des associations d’idées que l’on va positionner mentalement géographiquement. Si votre premier thème concerne les ressources humaines, vous allez positionner mentalement des petits bonshommes avec un drapeau chinois sur votre étagère du haut dans votre entrée. Si votre deuxième argument concerne Taïwan, à vous de rechercher ce que vous évoque cette île : un singe ? Positionnez un macaque sur votre deuxième étagère, etc. Chaque association d’idées est très personnelle.
Lorsqu’il fera son discours, le dirigeant ou le cadre d’entreprise visualisera son palais mental dans lequel il se déplacera dans l’ordre. Bien évidemment, cela demande de l’entraînement.

Et comment retenir les noms et les visages ?
Avant tout, il faut en avoir envie et se focaliser sur la personne. C’est la force de l’intention – je veux le faire – et de l’attention – je me concentre –. Ensuite, une expérience avait été faite avec deux groupes de personnes qui devaient retenir plusieurs visages, dont un monsieur qui s’appelait Boulanger. Le groupe auquel l’information avait été donnée que ce monsieur exerçait le métier de boulanger a retenu beaucoup plus facilement son nom. Pourquoi ? Parce qu’ils l’ont spontanément imaginé dans sa boulangerie, en train de faire du pain. En ajoutant de la sensorialité, on augmente les capacités de mémorisation. Il faut savoir que chaque sens est connecté à une partie différente du cerveau, et qu’en multipliant les voies d’accès, si je puis dire, on multiplie les occasions de bien mémoriser. Par exemple, la connaissance de l’étymologie des mots peut aider. Prenons un homme qui s’appelle Fabre. Si l’on a fait du latin, on saura que ce nom vient de faber qui signifie forgeron. Il n’y aura plus qu’à imaginer M. Fabre en train de travailler une épée sur son enclume et le tour est joué !
Mais les associations d’idées peuvent être également totalement loufoques et irrationnelles. Imaginez que vous devez retenir un prénom asiatique comme Tchikin. Pensez à chicken, et imaginez Tchikin en train de manger du poulet, ou à check-in, et imaginez-le prenant l’avion, et vous tiendrez votre indice avec une sonorité proche.

Tout le monde peut-il s’entraîner ?
Bien sûr ! Ces techniques sont particulièrement intéressantes pour les dirigeants d’entreprise et les cadres sur ces deux aspects du discours et de la mémorisation des noms et des visages, mais je ne peux qu’encourager tous ceux qui en ont la volonté – hommes d’affaires, étudiants ou autres – à s’entraîner régulièrement. Ils pourront constater très rapidement leurs progrès. Si l’on prend comme exemple les nouveaux salariés de Walter France que j’ai eu le plaisir de former, ils ont certes démarré l’entraînement lors de la Walter Academy, mais ont bien compris tout le profit qu’ils pouvaient tirer, à leur niveau, de ces techniques : pour mémoriser le nom et l’activité de leurs clients, pour mémoriser leurs to-do lists, etc.

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