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Le Cercle de l’épargne à la recherche de l’épargnant européen

Le Cercle de l’épargne, de la retraite et de la prévoyance consacre un dossier au thème de l’épargne en Europe. Son directeur, Philippe Crevel, analyse les différentes situations locales.

 

L’épargne se définit habituellement comme la partie non consommée du revenu. C’est la partie mise de côté par les ménages pour rembourser le capital d’un emprunt (principalement lié à l’acquisition d’un bien immobilier) ou pour faire des placements financiers. « L’épargne est un flux et non un stock, précise Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’épargne, de la retraite et de la prévoyance. Elle dépend du pouvoir d’achat, du niveau de consommation et du prix des actifs immobiliers et financiers (et de leurs rendements). Elle est fonction du niveau de confiance dans l’économie, dans les placements et dans la société. Des ménages inquiets seront plus tentés d’épargner à court terme que des ménages confiants dans l’avenir. »

La renonciation à la consommation est un acte « complexe » qui repose autant sur des motivations financières que psychologiques. Il n’est jamais évident d’expliquer les comportements des épargnants. Encore moins quand il s’agit d’effectuer des comparaisons entre plusieurs pays. « Pourquoi, entre deux pays de niveau de développement économique comparable, s’interroge le spécialiste, les taux d’épargne peuvent-ils être très différents ? La fiscalité, l’éducation, le prix de l’immobilier, le niveau de confiance à l’égard des pouvoirs publics et la situation économique, estime-t-il, sont autant de facteurs à prendre en compte. »

Au sein de l’Union européenne, les Etats membres se répartissent en deux catégories : les pays à taux d’épargne élevé (Allemagne, France, Autriche, Pays-Bas, Suède, Danemark) et les pays à faible taux d’épargne (Espagne, Portugal, Finlande, Irlande, Italie, Royaume-Uni, Belgique, République tchèque). « Si les pays qui épargnent sont plutôt des pays du nord de l’Europe, relève Philippe Crevel, cette corrélation est loin d’être parfaite. Ainsi, le Royaume-Uni et la Finlande figurent dans la deuxième catégorie. » La palme revient à la Suède, avec un taux d’épargne de 20 % ! Suivent l’Allemagne (18,3 %), les Pays-Bas (15,4 %), la France (14,7 %), le Danemark (14,1 %) et l’Autriche (11,9 %), puis la République tchèque (11,7 %), l’Irlande (11,6 %), la Belgique (11,4 %), l’Italie (9,6 %), la Finlande (7,3 %), le Portugal (5,8 %), le Royaume-Uni (4,8 %) et l’Espagne (4,8 %). Le taux d’épargne dans les 28 pays de l’Union européenne est de 10,2 %. Dans les 19 pays de la zone euro, il est de 12,4 %.

 

Les Allemands, des fourmis qui boudent la propriété immobilière

« La France, comme l’Allemagne, fait observer l’expert, se caractérise par un taux d’épargne stable depuis une vingtaine d’années, quand, au Portugal, en Autriche, en Belgique ou en Italie, ce taux a tendance à s’éroder. Des pays comme l’Irlande, l’Espagne ou les Pays-Bas ont connu une vive remontée de leur taux d’épargne entre 2008 et 2012, durant la crise. Ce taux, dans ces trois pays, a retrouvé son niveau moyen en 2015. » Le taux d’épargne financière connaît des évolutions plus marquées. Il est, par nature, plus « flexible », le remboursement des emprunts immobiliers étant « contraint ». L’Allemagne et la France sont les deux pays qui, sur une longue période, ont le taux d’épargne financière le plus élevé. L’Italie, qui a longtemps été sur le podium, a vu sa position s’effriter progressivement. En revanche, aux Etats-Unis, le taux d’épargne financière, qui était très bas durant toute la période précédant la crise de 2008, est depuis fortement remonté, au point de figurer aujourd’hui parmi les plus élevés…

En Europe, la résidence principale représente 64 % du patrimoine des ménages propriétaires (81 % en ajoutant l’investissement locatif). « Il n’y a pas de corrélation nette entre taux d’épargne et poids du patrimoine immobilier, commente Philippe Crevel. L’Allemagne se caractérise par un taux de propriétaires et une valeur des biens immobiliers faibles, tout en ayant un fort taux d’épargne. En France, le prix de l’immobilier est élevé, tout comme le taux d’épargne, mais le taux de possession de la résidence principale est inférieur à la moyenne. En Italie, le nombre de propriétaires est plus important, avec un taux d’épargne plus faible. »

Selon Eurostat, c’est en Roumanie, Croatie, Slovaquie, Lituanie, Hongrie, Pologne, Bulgarie, Estonie, Lettonie, ainsi qu’à Malte, que la proportion de propriétaires est la plus élevée (plus de 80 %). Les pays où elle est le moins élevée sont la France, le Danemark, l’Autriche et, lanterne rouge, l’Allemagne (à peine plus d’un ménage sur deux). Par ailleurs, contrairement aux idées reçues, les pays où les dépenses de logement accaparent une part non négligeable du budget des ménages ne sont pas nécessairement ceux où le taux d’épargne financière est bas…

« De nombreuses études soulignent le lien entre l’existence de piliers de retraite par capitalisation et l’effort d’épargne, écrit encore le directeur du Cercle de l’épargne, de la retraite et de la prévoyance. La montée en charge d’un système par capitalisation oblige les ménages à épargner davantage. Cela peut expliquer le taux d’épargne élevé aux Pays-Bas [en 2017, les fonds de pension néerlandais représentaient 184 % du PIB, contre 105 % au Royaume-Uni et 84 % aux Etats-Unis], mais pas en Allemagne ou en France, où la capitalisation est faible. »

 

L’Etat-providence renforce d’autant plus l’épargne qu’il est plus fort

En matière d’épargne financière, les Français sont « accusés » de préférer la liquidité au détriment des actions. Cela ne constitue en rien une spécificité tricolore. Ce sont les Allemands qui sont les champions des liquidités, lesquelles représentent 44 % de leur patrimoine financier, contre 29 % dans l’Hexagone. Selon la Banque de France, l’assurance-vie domine au Royaume-Uni (62 % du patrimoine financier des ménages) et en France (41 %).

De manière « contre-intuitive », le taux d’épargne est d’autant plus important que le poids de l’Etat-providence est élevé. Ainsi, en France, en Allemagne ou en Suède, où le niveau de couverture des risques sociaux figure parmi les meilleurs, les ménages complètent les régimes publics par des systèmes individuels et privés. « Est-ce un doute sur la capacité des systèmes publics d’assurer leur fonction ou la volonté de compléter la couverture fournie par ces derniers ? Il n’en demeure pas moins, continue Philippe Crevel, que plus il est fort, plus l’Etat-providence renforce l’épargne. Les réformes répétitives des régimes de retraite incitent les ménages à développer leur couverture. Dans la quasi-totalité des pays de l’Union européenne, ceux-ci craignent une baisse importante de leur niveau de vie à la retraite. »

Le dossier sur l’épargnant européen du Cercle de l’épargne, de la retraite et de la prévoyance, entité que préside l’ancien député Jean-Pierre Thomas, déplore que la création de la monnaie commune n’ait pas permis l’émergence d’un marché unique de l’épargne. « Certes, au niveau prudentiel, y est-il aussi indiqué, les établissements financiers sont soumis à des règles identiques. La Banque centrale européenne assure la supervision de la sphère financière en relation avec les régulateurs, mais les produits ne passent pas les frontières, du fait des réglementations fiscales différentes. La Commission européenne entend depuis des années faciliter la portabilité, mais, pour le moment, les résultats sont faibles. » Par exemple, en France, dans l’épargne des ménages français, le poids des produits réglementés (livret A, LDDS, PEL…) est très important, alors qu’aucun autre pays ne propose de tels produits, qui ne sont donc pas « portables ». Le PEA est également une création spécifiquement française. De plus, en raison des règles fiscales qui leur sont propres, les contrats d’assurance-vie ne sont pas aisément « transférables ». L’Europe de l’épargne reste à construire !

M.L.

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