Connexion
/ Inscription
Mon espace
ER - Analyses de marchés
ABONNÉS

Les banques centrales ont-elles montré leurs limites ?

Les banques centrales vont-elles conserver leur indépendance ? C’est la question que pose Stewart Robertson, économiste senior pour le Royaume-Uni et l’Europe chez Aviva Investors. L’étude qu’il a réalisée est riche d’enseignements pour comprendre l’implication de ces institutions dans le paysage économique et financier.

« L’indépendance des banques centrales est généralement considérée comme une condition préalable à la réussite de la politique monétaire, relève Stewart Robertson. Cependant, alors que les économies ont connu des difficultés au cours des dix dernières années et que l’inflation n’est plus considérée comme un problème, cette opinion ne fait pas l’unanimité. Dans les années 80, les gouvernements du monde entier ont accordé aux banques centrales un plus grand contrôle sur la politique monétaire afin de remédier à l’inflation galopante qui avait frappé leurs économies durant la décennie précédente. L’incapacité des politiciens à maintenir la discipline monétaire, poursuit le professionnel, était considérée comme l’une des causes majeures de la perte de contrôle de l’inflation. Au cours des trente années suivantes, la réputation des banques centrales auprès des décideurs politiques s’est progressivement améliorée. »

Effets de richesse faussés

Le renforcement de l’indépendance des banques centrales a permis une faiblesse et une stabilité de l’inflation, avec une dynamique de croissance et d’emploi généralement considérée comme satisfaisante. Cette période est connue sous le nom de Grande Modération. La foi en la toute-puissance des banques centrales a atteint un pic au début de la crise financière, car elles ont évité une dépression d’une ampleur similaire à celle des années 30. « Mais les critiques firent rapidement leur apparition », rappelle Stewart Robertson. Ces critiques ciblèrent d’abord l’incapacité des banques centrales à anticiper la crise, puis leur rôle dans le sauvetage du système bancaire au détriment du contribuable. Leur impuissance à stimuler la croissance économique a fait ensuite l’objet d’accusations.

Pour certains critiques, l’adoption par les banques centrales de mesures d’assouplissement quantitatif a été une réponse « erronée » aux problèmes des années précédentes. Il s’agit d’une méthode « indirecte » consistant à injecter des liquidités dans l’économie qui agit avec un décalage dans le temps. Et ces injections créent des effets de richesse faussés. « Ainsi les banques centrales ont-elles été accusées non seulement d’une politique sous-optimale, mais aussi d’une politique extrêmement lourde de conséquences sociétales, commente Stewart Robertson. La foi des citoyens dans le pouvoir des banques centrales semble s’écrouler. L’Allemagne, le Royaume-Uni, la Turquie, la Russie, l’Afrique du Sud et la Thaïlande font partie d’un groupe toujours plus vaste de pays où les politiciens, confrontés à la désaffection des citoyens, ont attaqué les banques centrales. En octobre dernier, le président américain a rejoint ce groupe en se plaignant que la Réserve fédérale était devenue folle, car elle relevait les taux. Même d’anciens banquiers centraux, comme Otmar Issing (Banque centrale européenne) et Charles Goodhart (Banque d’Angleterre), précise le spécialiste d’Aviva Investors, se demandent ouvertement si les institutions, face à une agression politique toujours plus forte, peuvent conserver leur indépendance. »

Implication politique en vue

Les critiques formulées à l’encontre des banques centrales sont liées à un changement de régime. Alors que dans les années 70, l’inflation était le principal ennemi. Aujourd’hui, c’est l’inverse ! La déflation menace – ou du moins la modicité de l’érosion monétaire – l’endettement excessif et la faiblesse de la croissance économique. Les banques centrales indépendantes parviennent à lutter contre l’inflation tant qu’elles restent crédibles. Les travailleurs, les syndicats, les commerçants et les autres agents économiques ont appris que les banquiers centraux sont susceptibles de mettre en œuvre des politiques « impopulaires ». La politique monétaire s’est révélée moins efficace pour combattre l’inflation. Si les banques centrales peuvent augmenter leurs taux sans limite, la politique monétaire perd en efficacité à mesure que les taux s’approchent de zéro, en particulier si elle n’est pas accompagnée d’une politique budgétaire expansive.

« Il semble que la tendance pourrait s’orienter vers une plus grande implication politique dans les activités des banques centrales, indique encore l’économiste d’Aviva Investors. Les appels à l’intervention des gouvernements devraient s’intensifier lors de la prochaine récession. Dans la mesure où les taux d’intérêt devraient être proches des récents plus-bas historiques au moment où cela se produira, il se pourrait que les banques centrales doivent avoir recours à un nouvel assouplissement quantitatif. Cela pourrait signifier que la Fed, la BCE et leurs homologues suivront l’exemple de la Banque du Japon en achetant pour la première fois des actions. » La Banque du Japon a un objectif d’achat de 52 milliards de dollars d’ETF actions

Etant donné les critiques proférées à l’encontre de l’assouplissement quantitatif, il est possible de se demander si les politiciens n’estimeront pas que cette stratégie a atteint ses limites, que ce soient en termes d’utilité ou de légitimité démocratique. Pour répondre à ces critiques, les banques centrales pourraient coordonner plus étroitement leurs politiques avec les gouvernements. Les banques centrales qui distribueraient de l’argent gratuitement auraient ensuite des difficultés à reprendre le contrôle de la planche à billets. Si elle était hier un problème, l’inflation pourrait en redevenir un demain…

Michel  Lemosof

Lire la suite...


Articles en relation