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Les acquisitions d’entreprises étrangères par des acteurs chinois se poursuivent à un rythme effréné

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Par Cyril Kammoun, Responsable des activités de Corporate Finance chez Degroof Petercam

Malgré le ralentissement en cours dans l’Empire du Milieu, les acquisitions d’entreprises étrangères par des acteurs chinois ont doublé en volume au 1er semestre 2016. Cette lame de fonds s’inscrit dans une dynamique de long terme.

Au 1er semestre 2016, le nombre d’opérations a doublé par rapport au premier semestre 2015, soit 148 opérations :
- 97 ont ciblé des entreprises européennes (10 en France), et
- 51 des entreprises américaines.

Une vingtaine d’opérations ont dépassé le milliard d’€. L’acquisition du groupe suisse Syngenta par ChemChina pour 43 Mds$ est la plus grosse opération enregistrée par une entreprise chinoise à l’étranger. Parmi les transactions récentes, on peut également mentionner le rachat de l’éditeur finlandais de jeux vidéo Supercell Oy pour 7 Mds€, celui de l’Allemand Kuka (robots industriels) pour 4 Mds€ ou celui de  l’Américain Vizio (appareils électroniques) pour 2 Mds$.

Cette augmentation spectaculaire des transactions profite également au secteur bancaire chinois qui supplante les établissements américains dans le domaine des fusions-acquisitions : CICC, CCB, ICBC etc.. Cette tendance à la multiplication des acquisitions étrangères par des entreprises chinoises va de pair avec la multiplication des secteurs ciblés. Elle s’inscrit dans une optique de long terme. En Chine, l’enrichissement des entrepreneurs, affiliés voire étroitement contrôlés par le Parti communiste, ne résulte pas d’initiatives individuelles. Un milliardaire chinois reste partie prenante d’une patrie qui a une revanche à prendre sur l’Histoire. Ce patriotisme ardent est une donnée fondamentale pour comprendre le développement de la Chine des trente dernières années. La puissance chinoise repose sur une démographie et des bases historiques et culturelles très fortes qui permettent aux élites chinoises de se projeter dans l’avenir. Les groupes contrôlés par l’Etat peuvent également compter sur la mise à disposition de liquidités conséquentes. Les réserves de change chinoises restent supérieures à 3.000 Mds$ malgré la politique d'intense soutien au yuan menée ces derniers mois.


Pas de contraintes de court terme

Il faut changer notre regard sur la Chine et ne plus concevoir uniquement l’économie chinoise comme « l’atelier » du monde destiné à fournir des biens de qualité médiocre ou juste des copies de savoir-faire des pays développés. L’accès à la technologie occidentale par les entreprises chinoises ne vise pas, contrairement aux idées reçues, à s'accaparer l’innovation pour prendre le contrôle de nos marchés mais davantage à développer leur marché intérieur. Le prix élevé payé lors de certaines acquisitions témoigne d’une vision de long terme. Les Chinois ne cherchent pas à faire le « deal » le plus économique ou rentable à court terme mais à conquérir des « marques » ou des technologies capables de déployer leur potentiel sur le marché chinois ou plus largement la zone « Asie Pacifique » en priorité. Le taux de retour sur investissement à court terme n’est pas l’objectif prioritaire.

Par ailleurs, les sociétés chinoises ont peu accès aux marchés financiers internationaux. Les conglomérats chinois n’ont pas la capacité d’emprunt des multinationales occidentales qui lancent régulièrement et aisément des émissions obligataires ou des augmentations de capital. En prenant le contrôle de groupes étrangers, ces conglomérats chinois s’offrent une crédibilité, une signature pour financer leur développement, en leverageant des actifs ou des marques matures et établies, et en redéployant les liquidités sur des ensembles corporate plus larges, ou sur des zones de croissance forte.

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