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Les banques n’ont-elles rien appris de la crise financière ?

L’étude du CFA Institute exige plus de transparence dans la présentation des risques

Le CFA Institute - association internationale de 123 000 membres pour les professionnels de l’investissement qui définit les standards de qualification et d’excellence professionnelle - publie la 2ème et dernière partie de son étude « Financial Crisis Insights on Bank Performance Ratios », portant sur 51 banques, dont 9 en Europe.

Constat : dans le reporting comptable, les banques appliquent des méthodes de la juste valeur (fair value) et de dépréciation des prêts (loan impairments) très différentes. Les comptes reflètent de façon très disparate les portefeuilles de crédits des établissements financiers. Ces écarts ne peuvent pas seulement s’expliquer par les conditions économiques locales. Les prêts sont un élément clé du bilan bancaire et, par là-même, constituent un des principaux facteurs de risque. Par conséquent, le CFA Institute exige la mise en place d’un système de présentation uniformisé des risques liés aux prêts, pour améliorer la transparence comptable bancaire.

Principales conclusions de la 2ème partie de l’étude intitulée « Relationship between Disclosed Loan Fair Values, Impairments and the Risk Profile of Banks » :

-  Analyse différente des crédits : sur les marchés français, espagnols, italiens, suisses et néerlandais, la juste valeur assignée à un crédit à un jour fixe dans les notes afférentes aux états financiers était, dans la plupart des cas, inférieure à la valeur comptable. Le contraire était souvent le cas en Allemagne et en Grande-Bretagne, avec une juste valeur supérieure à la valeur comptable.

- Les conditions économiques n’expliquent pas les écarts de valorisation : l’évaluation de la juste valeur varie entre -30% par rapport à la valeur comptable dans les banques espagnoles et +24% pour les banques britanniques. Les différences d’exposition à la crise financière ne suffisent pas à expliquer cet écart tout comme les risques inhérents aux banques reflétés par les spreads de crédit CDS ou les ratios cours/valeur. Celui-ci tient au contraire à une différence de valorisation des crédits et du degré de risque dans les différents pays.

- Interprétation contradictoire des dépréciations de valeur sur les portefeuilles de crédits: sur 16 pays analysés, on constate une divergence entre les dépréciations de valeur sur les portefeuilles de crédit et les spreads des CDS, qui devraient refléter en partie le risque de crédit dans les bilans bancaires. Cela suggère une mauvaise application des normes comptables.


Face à ce constat critique, le CFA Institute formule des recommandations pour un reporting comptable plus transparent et qui permettrait une meilleure comparabilité :

1/ Un calcul de la juste valeur transparent afin de permettre aux investisseurs d’approfondir leurs analyses. Par exemple, les banques pourraient expliquer pourquoi la juste valeur déterminée à partir de modèles de calcul internes diffère du montant affiché dans le bilan.

2/ Plus d’informations sur la dépréciation des prêts: les investisseurs ont besoin de mieux comprendre les différences au niveau des dépréciations sur les portefeuilles de crédit.

3/ Un renforcement de la régulation pour accroître la cohérence et la comparabilité des comptes de résultats des banques.


L’auteur de l’étude, Vincent Papa, CFA, en charge de la politique de reporting financier au CFA Institute, résume les résultats de l’étude : 
« Un système bancaire solide et sain représente la base de la reprise économique. Pour permettre aux investisseurs de faire confiance aux établissements de crédit et de prendre des décisions d’investissement en connaissance de cause, les banques doivent continuer à œuvrer pour une plus grande transparence dans leur reporting. Concrètement, cela signifie une évaluation plus rigoureuse des actifs bancaires, une comptabilisation rapide des amortissements ainsi que la possibilité de comparer les informations financières.»
« Ce qui est frappant dans nos conclusions, c’est que les écarts de valorisation (entre juste valeur et valeur comptable) ne trouvent pas d’explication immédiate dans les situations économiques prévalant dans les différents pays. Un constat qui laisse à penser que les données établies par les banques manquent de cohérence. Par conséquent, il est nécessaire d’améliorer l’information délivrée par le secteur bancaire afin de permettre aux investisseurs de comparer les banques entre elles sur la base d’éléments harmonisés. De même, cette situation souligne l’importance pour la BCE et les autres régulateurs nationaux de disposer d’outils efficaces d’analyse de la qualité des actifs bancaires. »

www.cfainstitute.org.

 

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