Connexion
/ Inscription
Mon espace

BCE : des dispositions louables… mais un succès incertain

BE - Culture & Société
ABONNÉS

Tribune de Christian Jimenez, Président de Diamant Bleu Gestion, Professeur agrégé d’économie.


Comme à l’été 2012, la BCE a pris la mesure des défis auxquels est confrontée l’union économique :
combattre la déflation et faciliter la transmission du crédit à l’économie réelle.

Malgré son envergure inédite, l’arsenal annoncé par Mario Draghi devrait, au final, apporter un écot marginal à la stimulation de la croissance. Ce dernier a, en effet, choisi de déployer toute une série de mesures, conventionnelles et non conventionnelles, dont la nature est pour certaines d’entre elles sans précédent en zone Euro : opérations ciblées de refinancement à long terme auprès des banques, taux directeur abaissé à 0,15%, basculement du taux de dépôt en territoire négatif (-0,10%), mise en suspens de la stérilisation des anciens rachats d’obligations (ce qui va apporter près de 200 Mds€ de liquidités aux banques concernées) et, enfin, dispositions préparatoires à l’achat ciblé d’instruments de titrisation (ABS, Asset Backed Securities). Ce dernier levier est le plus innovant, puisqu’il pourrait permettre à la banque centrale de refinancer directement l’économie en rachetant des actifs de titrisation (prêts aux entreprises). Certes, le gisement actuel de titrisations semble insuffisant mais les mesures récemment prises pour inciter les assureurs à investir plus massivement dans les tranches les moins risquées des titrisations devraient aider à dynamiser le marché.

Il est bien difficile à ce stade d’évaluer le succès présumé de l’imposant arsenal déployé par Mario Draghi. La manipulation des taux, ou encore les prêts ciblés à long terme (le fameux T-LTRO, Targeted Long Term Refinancing Operations) octroyés aux banques sous conditions, n’apportent pas de garantie absolue quant au réveil de l’économie européenne. Les établissements bancaires sont en plein cycle d’assainissement structurel de leur bilan pour répondre aux exigences de robustesse imposées par les instances de régulation. A quelques mois de nouveaux stress-tests dans le cadre du fameux « Asset Quality Review », le secteur bancaire reste confronté à deux forces contradictoires, d’un côté l’incitation à prêter davantage aux acteurs de l’économie, de l’autre la nécessité continue de renforcer leurs fonds propres.

 

La valeur ajoutée du nouveau LTRO est discutable

Certains relativiseront aussi la portée des deux nouvelles opérations de LTRO, puisqu’en réalité la BCE n’apportera pas nécessairement de liquidités fraîches. Le volume de financement proposé aux banques correspond peu ou prou au montant des remboursements des précédents LTRO, acquittés d’ici la fin de l’année. De fait, à l’opposé des autres grandes banques centrales qui ont mis en œuvre des politiques expansionnistes, la BCE opère un « roulement » de ses prêts, mais n’augmente pas son bilan. Deux tranches de prêts de 200 Mds€ chacune seront déployées en septembre et décembre prochain, tandis que des opérations de refinancement similaires pourront être répétées chaque trimestre entre mars 2015 et juin 2016. Les prêts aux banques issus des deux premières tranches représenteront, au maximum, 7% du stock de crédits aux entreprises établi dans le bilan des banques en question. Dans le cadre de ces deux opérations, la banque centrale refinancera de fait un volume de prêts existants ce qui n’augmentera pas non plus le bilan des banques.

De leur côté, les opérations trimestrielles seront capées en fonction des flux bruts de nouveaux crédits délivrés par les banques, dont rien ne garantit qu’ils dépasseront les tombées d’anciens crédit. Il aurait mieux valu que la BCE raisonne sur des flux nets, c’est-à-dire sur l’accroissement du bilan des banques. Celles-ci pourront toutefois emprunter jusqu’à trois fois le montant des nouveaux prêts consentis aux entreprises sur le trimestre précédent, cet effet de levier est évidemment le bienvenu. Très technocratique, la méthodologie employée par la BCE risque de s’avérer, au final, improductive.


Si l’action de la BCE était tout-à-fait nécessaire, elle ne suffira pas, à elle seule, à déverrouiller le redémarrage de la croissance
. Sa réussite est étroitement conditionnée à un « choc psychologique » chez l’ensemble des agents économiques. Les mesures de la banque centrale sont bel et bien historiques, parce qu’inédites, mais leurs effets ont de grandes chances d’être marginaux et différés.

www.diamant-bleu.com/

 

 Comprendre l'économie durable pour s'y investir

 

Lire la suite...


Articles en relation

BE - Culture & Société
ABONNES
La nouvelle plateforme soClassiQ, un accès gratuit au répertoire de la musique classique et à l’opéra

Avec l'Intelligence Artificielle et la Data Science, soClassiQ met la musique classique à la portée du plus grand nombre et se positionne comme le site de référence en la matière. Après 2 ans de recherche et développement, la plateforme soClassiQ fait son entrée officielle dans le monde de la musique classique et de l'opéra. Grâce à la puissance de ses algorithmes et au travers d'une expérience utilisateur simple et épurée, soClassiQ donne accès :- à l'ensemble des œuvres du répertoire...

BE - Culture & Société
ABONNES
Les soft skills, des compétences déterminantes au cours des premiers mois de collaboration

Une étude* menée par le cabinet international de recrutement spécialisé Robert Half auprès de directeurs généraux (DG) et de directeurs financiers (DAF) révèle que 76% d'entre eux admettent avoir embauché un collaborateur qui ne s'intégrait pas à l'équipe.* Enquête réalisée auprès de 305 DG et 200 DAF en décembre 2017 en France. Les raisons évoquées et les mesures jugées les plus efficaces Rejoindre une organisation implique d'emblée de mettre en avant un panel de compétences à la fois...

BE - Culture & Société
ABONNES
« Solutions solidaires », plateforme de fabrique des solidarités nouvelles

Lancé par le Conseil départemental de la Gironde et ses partenaires, Alternatives économiques, l'Avise, la Fondation Jean-Jaurès, Harmonie mutuelle, Terra Nova, Up et Usbek & Rica, « solutions solidaires » c'est : - Une plateforme pour animer un large débat autour des solidarités nouvelles, et organiser un foisonnement d'idées, expériences et initiatives afin d'inventer ensemble les protections de demain.- Un rendez-vous annuel pour croiser, comparer et projeter vers l'avenir ces idées et ces...

ER - Acteurs du secteur financier
ABONNES
[Les entretiens d'Esteval] Bruno Colmant, Degroof Petercam

« Nous devons retrouver une économie solidaire et basée sur l'intérêt général » Débats télévisés, émissions de radio, couvertures de presse : le livre de dialogue entre Bruno Colmant, chef économiste de Degroot Petercam, et le prêtre Eric de Beukelaer, ancien proche collaborateur du cardinal Lustiger à Rome, fait un carton en Belgique (1). Il est vrai que leur conversation aborde des sujets qui nous concernent tous, au croisement de la morale et de l'économie. « Le capitalisme anglo-saxon...