Connexion
/ Inscription
Mon espace

Pragmatique, la BCE pourrait franchir le pas de mesures non conventionnelles

BE - Culture & Société
ABONNÉS

Le point de vue de Christian Jimenez, Président de Diamant Bleu Gestion, Professeur agrégé d’économie.

La BCE est probablement en train de changer de braquet. Jusqu’ici bridé par la préoccupation de ne pas froisser trop ouvertement les volontés imposantes des dirigeants allemands, le conseil des gouverneurs de la banque centrale pourrait bien déclencher des mesures monétaires inédites dans les prochaines semaines. Il faut dire que les conditions politiques semblent enfin réunies.
Le jugement récent délivré par la Cour de Karlsruhe, statuant sur la compatibilité du mécanisme de sauvetage de la zone euro avec la Constitution allemande, fait figure de « déclic ». En effet, les juges allemands ont validé le MES, instrument déjà à l’œuvre depuis 2010. Si quelques conditions permettant au Bundestag de conserver son pouvoir décisionnel ont été spécifiées par les Allemands, le feu vert donné a posteriori au mécanisme permet à celui-ci de gagner en légitimité. Et surtout de disposer de son entière capacité d’action pour garantir la stabilité financière de la zone euro. L’Allemagne pourra contribuer au mécanisme jusqu’à près de 200 Mds€, sous forme de garanties. Au total, c’est une capacité d’aide de 500 Mds€ que pourrait proposer le mécanisme aux pays qui en auraient besoin, comme ce fut le cas de l’Espagne et de l’Irlande.

L’autre évènement marquant est l’inflexion significative du discours de Jens Weidmann, en déclarant « qu’il n’était pas exclu que la BCE prenne des mesures d’assouplissement quantitatif », Jens Weidmann s’est, d’une certaine façon, affranchi de l’orthodoxie monétaire allemande, un positionnement qu’il défendait coûte que coûte jusqu’ici. Même s’il faut évidemment nuancer cette marque d’ouverture, dans la mesure où la maîtrise du niveau d’inflation en Allemagne demeure une préoccupation centrale pour les dirigeants germaniques, on peut l’interpréter comme un message encourageant la BCE à plus d’activisme monétaire.

Beaucoup parlent d’un « quantitative easing » à la mode américaine, via le rachat direct d’obligations souveraines par la banque centrale, mais il est peu probable que la BCE aille jusqu’à s’engager dans un tel dispositif. A moyen terme, c’est plutôt trois types d’opérations exceptionnelles vers lesquelles se dirige l’institution :

- Premièrement, faire passer le taux de dépôt en territoire négatif, avec l’objectif d’inciter bien davantage les banques à redéployer l’offre de crédit dans le circuit de l’économie réelle, plutôt que de placer leurs liquidités en dépôt auprès de la BCE. Il est assez étonnant de constater que les encours globaux de crédit des banques de la zone euro se sont contractés de -2.7% entre fin 2011 et fin 2013, alors que le redémarrage des prêts aux agents économiques est un enjeu crucial de la reprise de la croissance en Europe. Une telle décision permettrait aussi de faire baisser mécaniquement le cours de l’euro et de stimuler la compétitivité à l’export des entreprises européennes.

- Le deuxième levier majeur pourrait être celui d’un nouveau LTRO d’envergure, mais cette fois avec une échéance plus longue. Des prêts à 5 ans minimum aux établissements bancaires leur permettraient d’acheter massivement des papiers souverains (à défaut de faire du crédit aux entreprises, également souhaitable), constituant de facto une forme de quantitative easing indirect, via leurs bilans et non celui de la BCE.

- Une troisième disposition des plus novatrices est à envisager : la BCE pourrait refinancer l’économie, en acceptant des actifs de titrisation en collatéral des prêts consentis aux établissements bancaires. Par exemple, des titrisations immobilières ou prêts aux entreprises (dont PME et TPE), un moyen de stimuler les canaux de financement des acteurs qui font la croissance de l’économie. Certes, le gisement actuel de titrisations semble insuffisant mais les mesures prises pour inciter les assureurs à investir plus massivement dans les tranches les moins risquées des titrisations devraient permettre de pallier cette insuffisance. À condition, bien sûr, que les différents acteurs du processus soient très attentifs à la qualité des actifs titrisés, afin de ne pas renouveler l’erreur qui a abouti en 2008 à la crise des subprimes.

Ces options de politique monétaire sont plus que souhaitables : le risque déflationniste qui pèse ardemment sur l’ensemble de la zone euro - le taux d’inflation allemand faisant figure d’exception - n’est pas à prendre à la légère et les gouverneurs de la BCE semblent en avoir pleinement conscience. À la banque centrale d’impulser la dynamique qui permettra à l’Union monétaire de ne pas s’enliser dans sa sortie de crise.

www.diamant-bleu.com

 

 Comprendre l'économie durable pour s'y investir

 

Lire la suite...


Articles en relation

BE - Culture & Société
ABONNES
La nouvelle plateforme soClassiQ, un accès gratuit au répertoire de la musique classique et à l’opéra

Avec l'Intelligence Artificielle et la Data Science, soClassiQ met la musique classique à la portée du plus grand nombre et se positionne comme le site de référence en la matière. Après 2 ans de recherche et développement, la plateforme soClassiQ fait son entrée officielle dans le monde de la musique classique et de l'opéra. Grâce à la puissance de ses algorithmes et au travers d'une expérience utilisateur simple et épurée, soClassiQ donne accès :- à l'ensemble des œuvres du répertoire...

BE - Culture & Société
ABONNES
Les soft skills, des compétences déterminantes au cours des premiers mois de collaboration

Une étude* menée par le cabinet international de recrutement spécialisé Robert Half auprès de directeurs généraux (DG) et de directeurs financiers (DAF) révèle que 76% d'entre eux admettent avoir embauché un collaborateur qui ne s'intégrait pas à l'équipe.* Enquête réalisée auprès de 305 DG et 200 DAF en décembre 2017 en France. Les raisons évoquées et les mesures jugées les plus efficaces Rejoindre une organisation implique d'emblée de mettre en avant un panel de compétences à la fois...

BE - Culture & Société
ABONNES
« Solutions solidaires », plateforme de fabrique des solidarités nouvelles

Lancé par le Conseil départemental de la Gironde et ses partenaires, Alternatives économiques, l'Avise, la Fondation Jean-Jaurès, Harmonie mutuelle, Terra Nova, Up et Usbek & Rica, « solutions solidaires » c'est : - Une plateforme pour animer un large débat autour des solidarités nouvelles, et organiser un foisonnement d'idées, expériences et initiatives afin d'inventer ensemble les protections de demain.- Un rendez-vous annuel pour croiser, comparer et projeter vers l'avenir ces idées et ces...

ER - Acteurs du secteur financier
ABONNES
[Les entretiens d'Esteval] Bruno Colmant, Degroof Petercam

« Nous devons retrouver une économie solidaire et basée sur l'intérêt général » Débats télévisés, émissions de radio, couvertures de presse : le livre de dialogue entre Bruno Colmant, chef économiste de Degroot Petercam, et le prêtre Eric de Beukelaer, ancien proche collaborateur du cardinal Lustiger à Rome, fait un carton en Belgique (1). Il est vrai que leur conversation aborde des sujets qui nous concernent tous, au croisement de la morale et de l'économie. « Le capitalisme anglo-saxon...