Trésoreries fragilisées, marges en baisse, emplois détruits : derrière les premiers signes d’amélioration, la conjoncture du 3ème trimestre démontre que la crise perdure.
Avec sa pétition «
Laissez-nous travailler ! », la CAPEB porte la colère d’artisans qui
veulent vivre de leur travail, retrouver des chantiers, embaucher et
transmettre leurs savoir-faire.
À l’heure des arbitrages budgétaires pour 2027,
elle appelle le Gouvernement à entendre leur message et à prendre des mesures
concrètes pour relancer la demande de travaux.
Une activité toujours
en recul, des entreprises qui s’épuisento
Au troisième trimestre
2026, l’activité des entreprises artisanales du bâtiment recule de 1 % sur un
an, après une baisse de 0,5 % au trimestre précédent.
L’entretien-rénovation
et la construction neuve enregistrent chacun un recul de 1 %. Seule éclaircie :
la rénovation énergétique progresse de 1 %, une première depuis le premier
trimestre 2024. Cette reprise reste toutefois inégale et profite principalement
aux plombiers-chauffagistes et aux électriciens, portés notamment par les
travaux de climatisation et de ventilation réalisés durant l’été.
À l’inverse, la
maçonnerie, la menuiserie-serrurerie et l’aménagement-décoration-plâtrerie
accusent chacune une baisse de 2 %. Sur le plan géographique, l’activité recule
dans toutes les régions, à l’exception de la Normandie, où elle se stabilise.
Les difficultés
financières restent particulièrement préoccupantes :
- 30
% des entreprises déclarent une détérioration de leur trésorerie.
- 1
quart des entreprises expriment des besoins de financement pour un
montant moyen de 25 000€
- 28 % des entreprises signalent une baisse de leurs marges, contre seulement 5 % une hausse.
La baisse de
l’activité, la hausse du prix des carburants et l’allongement des délais de
paiement pèsent directement sur les comptes des entreprises. L’emploi continue
lui aussi de reculer : sur un an, les entreprises du BTP de moins de 20
salariés ont perdu 17 066 emplois, dont environ 11 500 dans les entreprises du
bâtiment comptant jusqu’à 10 salariés.
Ces chiffres racontent
la même histoire : les entreprises artisanales veulent continuer à travailler,
mais elles manquent de visibilité et de conditions économiques favorables pour
se projeter.
« Laissez-nous
travailler ! » : le ras-le-bol des artisans s’exprime
Lancée à l’occasion du salon Batimat, la pétition de la CAPEB « Laissez-nous travailler ! » a recueilli
8 600 signatures au 27 octobre. Au-delà du nombre de signataires, les
témoignages font ressortir un sentiment profond d’épuisement et d’inquiétude
pour l’avenir de l’artisanat du bâtiment.
Les artisans demandent
d’abord à retrouver des clients et des chantiers. Ils dénoncent un
environnement où les dispositifs d’aide évoluent, où les démarches
administratives s’accumulent et où les charges augmentent, tandis que les
marges se réduisent. Le coût des matériaux, des carburants, des véhicules
professionnels et des assurances renforce les difficultés.
Cette situation a des
conséquences directes sur l’emploi et la transmission des savoir-faire.
Certains artisans hésitent désormais à prendre un stagiaire ou à embaucher,
faute de pouvoir anticiper leur activité dans les mois à venir.
Les signataires
expriment également leur inquiétude face à la place accordée aux entreprises
artisanales dans la transition énergétique. La CAPEB alerte sur le risque de
réduire les artisans à un rôle de simples poseurs ou sous-traitants, alors que
leur expertise est essentielle à la qualité des travaux, au conseil aux ménages
et à la bonne réalisation des rénovations.
Face aux difficultés qui frappent les entreprises artisanales du bâtiment, la CAPEB appelle tous ceux qui défendent un avenir pour l’artisanat du bâtiment à une mobilisation massive autour de sa pétition en signant la pétition « Des chantiers pour bâtir, pas des aides pour tenir : laissez-nous travailler ! », qui appelle les pouvoirs publics à apporter des réponses concrètes aux difficultés des entreprises artisanales du bâtiment.
Pour Jean-Christophe
Repon, président de la CAPEB : « Les artisans ne demandent pas à vivre
sous perfusion d’aides. Ils veulent pouvoir vivre du fruit de leur travail,
trouver des chantiers, embaucher et transmettre leurs savoir-faire Des évidence
fortement remises en cause par quatre années de recul d’activité. On ne peut
pas leur demander de réussir la rénovation des logements et la transition
énergétique tout en fragilisant les conditions dans lesquelles ils travaillent.
»
Pour la CAPEB, cette
pétition constitue une démarche d’expression pacifique et responsable. Elle
donne une voix à des entreprises qui veulent continuer à contribuer à
l’économie locale, à l’emploi et à la rénovation des logements, mais qui
attendent des pouvoirs publics des réponses concrètes.
Budget 2027 : faire le
choix de l’activité et de l’emploi local
Alors que le projet de
loi de finances pour 2027 fait l’objet d’arbitrages déterminants pour les
entreprises, la CAPEB appelle le Gouvernement à ne pas fragiliser davantage les
petites entreprises du bâtiment. La maîtrise des finances publiques ne peut se
faire au détriment des conditions nécessaires à l’activité, à l’emploi et à la
rénovation des logements.
Pour la CAPEB, la
priorité est claire : il faut redonner aux ménages la capacité de réaliser
leurs travaux, apporter de la visibilité aux entreprises et simplifier les
règles qui pèsent sur elles.
La CAPEB demande notamment
:
· Une baisse temporaire de la TVA à 5,5 % sur les travaux de
rénovation,
afin de soutenir la demande et le pouvoir d’achat des ménages.
· Un parcours de rénovation énergétique par étapes, cohérent, accessible
financièrement et adapté aux besoins des ménages, pour permettre aux travaux de
se concrétiser.
· Un arrêt de la hausse du coût du travail en écartant la
prime de partage de la valeur (PPV) de l'assiette de calcul de la réduction des
cotisations patronales ainsi que la participation, l’intéressement et
l’abondement de l’employeur au plan d’épargne entreprise (PEE) tel que prévu
dans le projet de budget 2027 du gouvernement.
· Un système de gestion des déchets (REP PMCB) efficace et
adapté aux artisans et aux collectivités locales, afin de réduire les
difficultés rencontrées par les entreprises et de rendre le dispositif plus
adapté à la réalité des TPE sur le terrain.
· Une meilleure reconnaissance du rôle des artisans dans la
transition énergétique, notamment dans le déploiement des pompes à chaleur, afin
qu’ils puissent conserver leur place dans la relation avec les clients et la
réalisation des travaux.
La CAPEB demande
également que le budget 2027 soutienne les financements privés en faveur de la
rénovation énergétique, notamment les donations intrafamiliales ; favorise
l’adaptation des logements au vieillissement et l’équipement des entreprises en
bornes de recharge pour leurs véhicules professionnels.
La CAPEB demande à être
reçue par le Premier ministre
Face à la dégradation
persistante de la situation économique des entreprises artisanales du bâtiment
et au mécontentement exprimé par des milliers de signataires, la CAPEB demande
un rendez-vous au Premier ministre.
Elle souhaite lui
remettre les résultats de la grande pétition de la CAPEB et lui présenter
directement les attentes des artisans. La CAPEB entend poursuivre sa
mobilisation auprès des pouvoirs publics et de son réseau territorial pour que
la voix des artisans soit entendue au niveau national comme dans les
territoires.
L’artisanat du bâtiment
ne demande pas un traitement de faveur. Il demande les moyens de travailler,
d’investir, d’embaucher et de transmettre. Derrière chaque entreprise
fragilisée, ce sont des emplois locaux, des savoir-faire et la capacité à
rénover les logements qui sont en jeu.
Les artisans sont prêts à prendre leur part dans les transitions économiques et énergétiques. Encore faut-il leur permettre de travailler.


