Antony Derbes,
Président d'Open Lake Technology, alerte sur un angle mort de la transformation
numérique.
QUAND LE CLOUD TOMBE,
COMBIEN D’ENTREPRISES DEVIENNENT MUETTES ?
La panne de Google
Cloud du 20 octobre a rappelé la fragilité des infrastructures numériques dont
dépendent les entreprises. Mais derrière les services interrompus se cache une
question bien plus préoccupante : sommes-nous encore capables de communiquer lorsque
nos outils habituels cessent de fonctionner ?
Une panne informatique.
Quelques heures de perturbations. Des services bancaires indisponibles, des
applications inaccessibles, des activités ralenties. Le 20 octobre dernier,
l'incident survenu chez Google Cloud au Royaume-Uni a rappelé une réalité
dérangeante : nos entreprises reposent sur des infrastructures dont elles ne
maîtrisent pas toujours les défaillances.
Nous avons investi dans
la cybersécurité, renforcé la protection des données et multiplié les
plateformes collaboratives. Mais combien d'entreprises seraient réellement
capables de poursuivre leurs échanges essentiels si leur téléphonie, leurs
messageries ou leurs outils de visioconférence devenaient soudainement
indisponibles ?
Nous avons appris à
protéger nos systèmes. Avons-nous réellement appris à fonctionner sans eux ?
Car une entreprise qui
ne peut plus communiquer n'est pas simplement confrontée à un incident
technique. C'est une organisation dont les équipes ne peuvent plus se
coordonner, dont les clients restent potentiellement sans réponse et dont
certaines décisions deviennent impossibles à prendre.
CINQ OUTILS DIFFÉRENTS
NE FONT PAS CINQ SOLUTIONS DE SECOURS
Jamais les entreprises
n'ont disposé d'autant de moyens pour communiquer. Téléphonie sur IP,
messageries instantanées, visioconférences, plateformes collaboratives : les
solutions se multiplient, donnant parfois l'impression d'une sécurité
renforcée.
Pourtant, derrière
plusieurs applications peuvent se cacher un même hébergeur, un même fournisseur
cloud ou des infrastructures communes. Lorsqu'un maillon cède, plusieurs
services peuvent tomber simultanément.
C'est tout le paradoxe
de notre transformation numérique : nous avons multiplié les outils sans
toujours diversifier les dépendances.
Les chiffres européens
devraient nous alerter. Dans leur premier rapport commun publié en juin 2026 au
titre du règlement DORA, les autorités européennes de supervision ont analysé 3
383 incidents informatiques majeurs déclarés dans le secteur financier. Environ
un tiers ont eu des répercussions transfrontalières.
Ces données ne
concernent pas uniquement les communications, mais elles illustrent une réalité
: les défaillances numériques peuvent désormais dépasser largement les
frontières d'une seule organisation.
UN PLAN DE SECOURS
JAMAIS TESTÉ N'EST QU'UNE HYPOTHÈSE
Face à une panne, la
priorité est généralement de rétablir les services. Mais pendant que les
équipes informatiques interviennent, l'entreprise doit continuer à fonctionner.
Comment joindre les
collaborateurs ? Comment répondre aux clients ? Comment maintenir les échanges
indispensables à l'activité ?
Une solution
alternative peut exister sur le papier sans être réellement opérationnelle.
Elle peut dépendre du même réseau que le système principal, nécessiter une
authentification devenue inaccessible ou ne pas répondre aux obligations de
traçabilité de certains secteurs réglementés.
Une entreprise qui n'a
jamais testé ses communications de secours ne dispose pas d'une garantie de
continuité. Elle dispose d'une hypothèse.
La résilience ne
consiste donc pas uniquement à disposer d'un plan de reprise informatique. Elle
exige d'identifier les communications critiques, de comprendre leurs
dépendances et de tester régulièrement les solutions alternatives.
Le pire moment pour
découvrir ses fragilités technologiques reste celui où elles paralysent déjà
l'activité.
LA CONTINUITÉ DES
COMMUNICATIONS EST UNE RESPONSABILITÉ DE DIRIGEANT
Trop souvent, les
solutions technologiques sont choisies pour leurs performances, leurs
fonctionnalités ou leur coût. Mais combien de décisions intègrent réellement
les conséquences d'une indisponibilité prolongée ?
La continuité des
communications ne peut plus relever uniquement des directions informatiques.
Elle doit mobiliser les dirigeants, les responsables opérationnels et les
fonctions de conformité lorsque les activités l'exigent.
Car externaliser ses
outils ne signifie pas externaliser ses responsabilités.
On peut confier sa
téléphonie, son cloud ou ses applications à un prestataire. On ne peut pas lui
déléguer entièrement la responsabilité de maintenir son entreprise en activité.
Les entreprises ne
pourront jamais empêcher toutes les pannes. Elles peuvent, en revanche, choisir
de ne plus les subir sans préparation.
Une entreprise véritablement résiliente n'est pas celle qui pense pouvoir éviter toutes les pannes. C'est celle qui a anticipé ce qu'elle fera lorsque ses outils habituels ne seront plus disponibles.


