L’analyse de Frédéric Le Guillou- DSI du
Groupe Cegedim, Président de cegedim.cloud.
Quel est le visage du
datacenter de demain ?
L’essor de
l’intelligence artificielle redéfinit les besoins en infrastructures
numériques. Pour les datacenters, il ne s’agit plus seulement d’héberger
davantage de serveurs, mais de répondre à des besoins de puissance et de
densité croissants, tout en conciliant résilience, souveraineté, performance et
enjeux environnementaux. Dans cette optique, il est désormais indispensable de
concevoir des datacenters répondant aux besoins actuels tout en intégrant la
flexibilité nécessaire pour évoluer avec les usages à venir.
S’appuyer sur des
conceptions de nouvelle génération
Avec l'essor de l'IA,
certaines infrastructures atteignent désormais 100 à 140 kW par baie, un niveau
où le refroidissement par air montre ses limites et où le Direct Liquid Cooling
devient incontournable. Ces densités restent aujourd'hui l'exception : la
plupart des charges d'entreprise demeurent bien en deçà. D'où l'enjeu d'une
conception by design, capable d'accueillir les deux, sans figer des choix
technologiques appelés à évoluer rapidement.
Garder la maîtrise sans
s’enfermer
La souveraineté ne se
résume pas à héberger les données en France. Elle se joue à plusieurs niveaux :
le site, l'exploitation, la sécurité, l'actionnariat, mais aussi les choix
logiciels et matériels. Un hébergement opéré en France, aligné sur les exigences
françaises et européennes comme SecNumCloud, répond aux besoins des secteurs
sensibles. L'enjeu est aussi la réversibilité : l'architecture doit permettre
de remplacer une solution stratégique sans remettre en cause l'ensemble de
l'infrastructure.
Concilier écologie,
performance et ancrage régional
Le datacenter de demain
doit optimiser quatre paramètres : l'électricité, l'eau, la chaleur fatale et
l'accès à la puissance. Le raccordement au réseau et les délais pour obtenir
des mégawatts font désormais partie des contraintes de conception à part
entière. Plutôt que de dépendre d'un mode de refroidissement unique, le site
devra combiner Free Cooling, refroidissement mécanique ou liquide et solutions
hybrides. L'IA pourra aider à arbitrer en temps réel en croisant météo,
production photovoltaïque locale, réserves d'eau sans prélèvement d’eau potable
et charge IT. Exemple : lorsque l'énergie solaire est abondante,
privilégier temporairement le refroidissement mécanique pour économiser l'eau,
puis basculer vers le Free Cooling dès que les conditions extérieures le
permettent.
Cette optimisation
s'inscrit dans une approche territoriale plus large. Consommations d'énergie et
d'eau, préservation de la biodiversité et des écosystèmes, réseaux électriques
locaux, nuisances sonores et valorisation de la chaleur (réseaux de chaleur urbains,
bâtiments voisins, activités agricoles ou industrielles) doivent être anticipés
dès la conception, en concertation avec les collectivités, les acteurs
économiques et les riverains. Le datacenter devient un système dynamique, conçu
et piloté en interaction avec son environnement.
S’appuyer sur des
équipes expertes
Plus un datacenter est
résilient, dense et automatisé, plus son exploitation exige de compétences.
Le refroidissement liquide, par exemple, introduit des enjeux propres
(étanchéité, maintenance, continuité du refroidissement) qui imposent une collaboration
étroite entre énergie, IT, sécurité et continuité d'activité. Formation
continue, participation aux audits, maîtrise des référentiels, veille
réglementaire et échanges avec constructeurs et intégrateurs en sont les
conditions.
Modulaire, prêt pour
l'IA, résilient, souverain et piloté par la donnée : tel est le cahier des
charges du datacenter de demain. Pour les organisations qui hébergent des
données de santé ou des applications critiques, il se traduit par une exigence
concrète : bénéficier de ces évolutions sans compromis sur la confidentialité
ni la continuité de service.


