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[Etudes] La Suisse en tête, la France 21ᵉ : 161 pays passés au crible dans le premier indice mondial du capitalisme

Fruit de trois années de travail, le Global Capitalism Index (GCI) évalue pour la première fois 161 pays et révèle de fortes disparités dans les conditions du capitalisme à travers le monde. La Suisse arrive en tête, tandis que le capitalisme progresse en Asie centrale mais recule en Europe occidentale. Quatre grands modèles de capitalisme se dégagent de l’analyse.

 

L’Université de Virginie (avec Darden School of Business et Karsh Institute) a publié le Global Capitalism Index (GCI), un ensemble de données inédit qui offre un éclairage sans précédent sur les conditions du capitalisme dans chaque pays du monde. Le GCI vise ainsi à transformer une notion souvent difficile à définir et à comparer, le « capitalisme », en un ensemble de conditions économiques mesurables et comparables d’un pays à l’autre.

 

« Si vous demandez à quelqu’un ce qu’est le capitalisme, les réponses seront toutes différentes, ce qui rend difficile toute discussion sur sa validité ou sa valeur, explique Scott Miller, professeur adjoint de gestion à la Darden School of Business, directeur du Democracy and Capitalism Lab du Karsh Institute of Democracy et auteur principal du projet. Nous sommes arrivés à la conclusion que le mot “capitalisme” concerne tout le monde. Il est donc important de le définir et de mesurer concrètement son fonctionnement à travers le monde. »


Une méthode inédite pour mesurer le capitalisme

 

Constitué à partir de 242 ensembles de données couvrant 33 domaines, le GCI propose pour la première fois une mesure globale et comparable des conditions du capitalisme dans 161 pays. Il attribue à chaque pays un score compris entre 1 et 100 et permet non seulement d’établir un classement, mais aussi d’identifier les forces et les fragilités propres à chaque économie.

 

Pour établir ce score, l’indice analyse huit grandes dimensions du capitalisme : les droits de propriété, les politiques de marché, l’ouverture du marché du travail, la concurrence sur les marchés, la solidité du système bancaire, la création d’entreprises et la libre circulation des biens et des capitaux. Cette approche permet ainsi de comprendre non seulement où se situe chaque pays dans le classement, mais aussi d’expliquer sa position.

 

Pris dans leur ensemble, ces travaux, élaborés par une équipe interdisciplinaire de chercheurs dirigée par le Democracy and Capitalism Lab du Karsh Institute of Democracy et l’Institute for Business in Society de la Darden School of Business, proposent un cadre inédit pour analyser le capitalisme à l’échelle mondiale.

 

Cette approche offre un référentiel commun pour étudier les différences entre les économies et leur transformation au fil du temps, tout en permettant d’examiner les liens entre les modèles économiques et plusieurs enjeux sociétaux, notamment le bien-être, la corruption, la démocratie et les inégalités.

 

La première publication du GCI, fondée sur des données couvrant la période 2008-2024, met en évidence une diminution progressive des conditions favorables au capitalisme à l’échelle mondiale au cours des 16 dernières années. Les résultats pourront être actualisés chaque année afin de suivre ces évolutions dans la durée, au niveau des pays comme des régions.


Le capitalisme ne progresse pas partout au même rythme

 

Parmi les principales conclusions du GCI figurent également de fortes divergences régionales : les conditions favorables au capitalisme se sont améliorées en Asie centrale, tandis qu’elles ont reculé en Amérique latine et en Europe occidentale.
 


Les marchés de capitaux et le secteur bancaire apparaissent comme les piliers les plus faibles dans l’ensemble des pays étudiés. À l’inverse, les droits de propriété constituent la dimension qui différencie le plus nettement les économies.


Les études de cas consacrées à plusieurs grandes économies - notamment la Chine, l’Allemagne, le Liban, la Gambie et l’Inde - viennent compléter cette analyse en mettant en lumière des trajectoires parfois contrastées. « Pour chaque pays, l’indice permet d’identifier beaucoup plus facilement les conditions favorables au capitalisme et celles qui le sont moins, explique Scott Miller. Si l’on prend la Chine comme exemple, nous pouvons observer plus clairement le profil et la structure de son économie, notamment des conditions particulièrement favorables à la création d’entreprises, mais une circulation de plus en plus restreinte des biens et des capitaux. »


Ce que révèle le classement mondial

 

Sur une échelle de 1 à 100, la Suisse (96,6) obtient le score le plus élevé, tandis que la France se classe en 21e position (85,2). Le classement constitue toutefois un point de départ : l’intérêt du GCI réside aussi dans la possibilité de décomposer le score global et d’examiner les différentes dimensions qui le composent.

 

Cette approche met en évidence des évolutions parfois difficiles à saisir à l'aide des seuls indicateurs économiques traditionnels. Le Zimbabwe et l’Algérie figurent parmi les économies ayant enregistré les plus fortes améliorations en matière de capitalisme. Parmi les pays où les conditions se sont le plus fortement détériorées depuis 2009, la Sierra Leone (-23,9) et le Venezuela (-23,2) ont connu les changements les plus importants.

 

Autre résultat notable : les pays nordiques occupent des positions de premier plan dans le classement, malgré des niveaux élevés de protection et de soutien sociaux. Le GCI montre ainsi que des systèmes combinant une forte protection sociale peuvent également présenter des conditions favorables au capitalisme.



Les différentes formes du capitalisme

 

Au-delà du classement des pays, le GCI montre que le capitalisme ne repose pas sur un modèle unique : selon leurs caractéristiques économiques et institutionnelles, les économies peuvent suivre des trajectoires différentes.

 

L’indice identifie ainsi quatre grands archétypes de capitalisme :


1.    Entrepreneurial - Généralement caractérisé par une forte création de nouvelles entreprises et des politiques favorables aux marchés, mais aussi par des faiblesses en matière de droits de propriété et de libre circulation des biens et des capitaux. Les trois premiers pays de cette catégorie sont la Suisse, Hong Kong et les États-Unis.
 

2.    D’entreprise - Caractérisé par des marchés de capitaux solides ainsi qu’un système bancaire stable et en croissance, mais aussi par des faiblesses notables en matière de concurrence sur les marchés, de liberté du marché du travail, de politiques de marché et de création d’entreprises. Le Japon et la Corée du Sud sont les pays qui présentent les conditions les plus favorables au capitalisme au sein de cette catégorie.
 

3.    Institutionnel - Caractérisé par une économie réelle solide — concurrence sur les marchés, marché du travail et création d’entreprises — mais par des faiblesses importantes dans le secteur financier, notamment dans le domaine bancaire et celui des marchés de capitaux. La Norvège et l’Europe occidentale sont en tête de cette catégorie.
 

4.    Capitalisme commercial - Défini par la primauté de la libre circulation des biens et des capitaux, des droits de propriété et de la propriété privée. Les autres dimensions présentent des résultats négatifs. Parmi les cas les plus notables figurent Singapour et la France.

 

Ces quatre archétypes permettent ainsi de lire le classement au-delà du simple score : ils montrent que deux économies présentant des niveaux élevés de conditions capitalistes peuvent reposer sur des structures économiques très différentes.

Les liens entre capitalisme et grands enjeux sociétaux

 

Au-delà des analyses à l’échelle mondiale, nationale et par archétype, le GCI permet également d’étudier les liens entre les différentes formes de capitalisme et plusieurs grands enjeux sociétaux, notamment les inégalités, le bien-être, la démocratie et la corruption.

 

La richesse de la base de données permet ainsi d’aller au-delà des seuls indicateurs économiques et d’analyser plus finement la manière dont les différents modèles de capitalisme peuvent être associés à ces enjeux. Les premières données du GCI permettent notamment d’examiner les relations entre capitalisme et inégalités, niveau de vie, gouvernance démocratique et fiscalité, en comparant les différentes dimensions des économies plutôt que de les opposer simplement comme « capitalistes » ou
« non capitalistes ».

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