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[Expertises] Portefeuilles d’identité numérique : déjà adoptés par les Français, mais encore loin d’avoir révélé tout leur potentiel

Baromètre Julhiet Sterwen x Ifop.

 

60 % des Français utilisent déjà un portefeuille d’identité numérique, mais encore pour des usages limités. Le prochain défi : les faire entrer dans davantage de moments du quotidien.
Leur potentiel d’adoption pourrait alors atteindre 80 % de la population, sur un marché où aucun acteur
ne s’impose encore.

 

Le règlement eIDAS 2 redessine le paysage européen de l’identité numérique. Parmi ses mesures phares : la mise à disposition des portefeuilles européens d’identité numérique (EUDIW). Julhiet Sterwen apporte son éclairage sur ce nouveau marché à travers son Baromètre réalisé avec l’Ifop auprès de 2 000 personnes âgées de 18 ans et plus, représentatives de la population française.

L’étude met en lumière un marché déjà bien présent dans les pratiques, mais encore fragmenté : les Français utilisent des portefeuilles d’identité numérique sans toujours bien identifier ce qu’ils recouvrent et pour des besoins encore spécifiques. Tout l’enjeu est désormais d’élargir ces usages et de faire du portefeuille d’identité numérique un outil du quotidien.

 

Déjà installé, mais encore mal compris

 

 

Le paradoxe est frappant : 60 % des Français déclarent déjà utiliser un portefeuille d’identité numérique, mais seuls 55 % disent savoir, au moins approximativement, ce que c’est ! Et quand elle est là, cette connaissance reste superficielle : 18 % estiment savoir précisément de quoi il s’agit et pouvoir le définir et, parmi ceux qui déclarent connaître le concept, 20 % seulement sont capables de le décrire précisément.

 

Les Français utilisent donc déjà ces outils sans toujours les identifier clairement comme tels. Cette connaissance partielle se traduit notamment par des frontières floues entre les différents types de services. Les Français citent aussi bien La Poste Identité, France Identité et France Connect, que impots.gouv.fr et Ameli. 12 % mentionnent spontanément des GAFAM dont PayPal, Google et Apple Wallet/Pay, alors que ces solutions ne constituent pas, à ce jour, des portefeuilles d’identité numérique au sens strict. Les acteurs publics et administratifs restent ainsi fortement associés à l’identité numérique, tandis que Google et Apple sont déjà présents dans l’imaginaire du wallet.

 

La conjugaison d’un usage déjà installé et d’une perception encore limitée de ce que l’outil peut offrir ouvre de larges perspectives de développement. Ce point est d'ailleurs renforcé par le fait qu’une fois le principe du portefeuille d’identité numérique expliqué, 89 % des Français déclarent le comprendre et, entre les utilisateurs actuels et les non-utilisateurs ouverts à une utilisation future, son potentiel d’adoption pourrait atteindre 80 % de la population.

 

L’enjeu est donc moins de familiariser les Français avec un usage totalement nouveau que de s’appuyer sur des pratiques déjà installées pour élargir les usages et démontrer leur valeur au quotidien : se connecter à un service administratif en s’authentifiant de façon sécurisée, ouvrir un compte bancaire sans avoir à rassembler de nombreux documents, ou encore prouver sa majorité sans dévoiler toute son identité.

 

La sécurité comme prérequis, l’usage comme moteur d’adoption

 

Dans l’esprit des Français, le portefeuille d’identité numérique est d’abord associé à des fonctions concrètes :  stocker, présenter ou centraliser des documents et des données. Les enjeux de sécurité et de souveraineté sont peu cités spontanément lorsqu’ils sont interrogés sur ce que représente pour eux un portefeuille d’identité numérique.

 

Mais au moment d’envisager son utilisation, ils deviennent déterminants. 91 % des Français identifient au moins un frein ou une crainte, le piratage ou le vol d’identité arrivant largement en tête (69 %). Par ailleurs, 92 % jugent important que leurs données ne puissent être transmises qu’avec leur accord pour chaque transaction et 91 % accordent de l’importance à leur hébergement en France ou en Europe.

La sécurité et le contrôle des données sont indispensables, mais pour passer à l’usage, les Français attendent aussi des bénéfices très concrets : 42 % des Français citent la simplicité d’utilisation parmi leurs motivations et 39 % le gain de temps.

 

L’enjeu pour les acteurs est donc de garantir la protection et la maîtrise des données, tout en proposant un service simple, fluide et réellement utile, capable de faciliter concrètement les démarches du quotidien.

 

 « La sécurité et le contrôle des données constituent le ticket d’entrée sur le marché. Ils sont non négociables, mais ne suffiront pas à créer durablement la préférence. Une fois la confiance minimale établie, la bataille se déplace vers la qualité de l’expérience, la simplicité des parcours et la capacité à proposer des usages réellement utiles au quotidien », souligne Hatoumata Tounkara, Senior Manager, spécialiste confiance numérique chez Julhiet Sterwen.

 

À chaque usage son acteur de confiance

 

Les Français sont prêts à faire entrer davantage de documents dans leur portefeuille d’identité numérique, mais pas tous au même rythme. Pour les utilisateurs potentiels, les documents usuels (carte de transport, diplôme, carte de membre…) arrivent en tête (48 %), devant les documents administratifs (44 %), tandis que les documents financiers (relevés, RIB, informations de paiement…) restent nettement en retrait (20 %).

 

Surtout, les Français n’accordent pas leur confiance aux mêmes acteurs selon le service concerné. Pour effectuer une démarche administrative (48 %), se connecter à un service public (47 %) ou présenter leur carte d’identité (44 %), ils font d’abord confiance aux institutions publiques en priorité. Pour ouvrir un compte bancaire (59 %) ou demander un prêt (57 %), ce sont les banques ou consortiums bancaires qui arrivent en tête. Les assureurs s’imposent quant à eux pour ouvrir un contrat d’assurance ou accéder à des services de santé (42 %).

 

Le marché s’oriente ainsi vers un écosystème dans lequel chaque catégorie d’acteurs dispose d’une légitimité sur certains usages, plutôt que vers un acteur unique capable de tous les concentrer. Avec un paradoxe : les acteurs qui bénéficient aujourd’hui de la confiance des Français ne sont pas nécessairement ceux qui s’imposeront sur les usages qui feront demain leur quotidien.

 

Des usages du quotidien encore à conquérir

 

Si la confiance se construit aujourd’hui d’abord autour des usages institutionnels, l’étude fait apparaître un potentiel de développement bien au-delà de ces premiers usages. Après l’identité, la fiscalité ou les démarches administratives, les usages commerciaux et transactionnels (acheter en ligne, souscrire un abonnement, louer ou se connecter à un service) constituent la prochaine étape. Or, sur ces usages plus quotidiens, aucun acteur de référence ne se dégage encore.

 

Pour les acteurs privés européens, l’enjeu n’est donc pas nécessairement de devenir l’acteur unique du portefeuille ni de concentrer tous les usages, mais de réussir à s’imposer sur certains d’entre eux, notamment les plus stratégiques. La création de valeur se jouera notamment sur la capacité à capter les usages les plus fréquents, les plus utiles et les plus monétisables, tout en proposant des services simples et fluides.

 

Cette bataille est d’autant plus stratégique que les grandes plateformes technologiques occupent déjà une place dans l’imaginaire collectif autour du wallet. Google, Apple ou encore PayPal sont ainsi spontanément associés à cet univers par une partie des Français. Pour les acteurs privés européens, l’enjeu est donc de saisir les opportunités ouvertes par eIDAS 2 pour se positionner sur les usages du quotidien au-delà des démarches administratives, avant que d’autres ne s’imposent.

 

« Le marché est presque prêt, mais le leadership reste à prendre. L’enjeu n’est pas de savoir qui détiendra le portefeuille ou concentrera tous les usages, mais qui saura s’imposer là où il apporte le plus de valeur. Pour les acteurs européens, c’est maintenant que se joue la capacité à transformer les nouveaux standards de l’identité numérique en services qui trouveront réellement leur place dans le quotidien des Français », conclut Patrick Léger, Partner, dématérialisation et confiance numérique chez Julhiet Sterwen.

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