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Pourquoi l’eau devient
un facteur critique pour la croissance technologique
L’IA ouvre des
perspectives considérables, mais elle exerce également une pression croissante
sur certaines infrastructures essentielles. Parmi elles, l’eau occupe une place
centrale.
Les centres de données
en ont besoin pour refroidir les serveurs qui alimentent les modèles d’IA. Les
fabricants de semi-conducteurs, quant à eux, recourent à d’importants volumes
d’eau ultrapure à chaque étape de production. À mesure que la demande technologique
augmente, la disponibilité de cette ressource devient un élément déterminant
dans le choix des sites industriels et dans les stratégies d’expansion des
grands acteurs du secteur.
L’eau n’est plus
seulement une question environnementale et sociale : elle devient une véritable
contrainte pour les capacités industrielles, le choix des sites et le rythme de
l’expansion technologique.

Une ressource déjà sous
pression
Cette dépendance
croissante intervient dans un contexte de tension structurelle sur les
ressources hydriques mondiales.
Seuls environ 3 % des
volumes d’eau présents sur la planète sont constitués d’eau douce, dont une
part importante demeure inaccessible car stockée dans les glaciers et les
calottes glaciaires. Selon plusieurs estimations, la demande mondiale pourrait
dépasser l’offre disponible de près de 40 % d’ici 2030.
L’agriculture demeure
de loin le premier consommateur d’eau, représentant environ 70 % de la
consommation totale. Mais c’est du côté des infrastructures numériques que la
croissance de la demande devrait être la plus rapide. Portée par l’essor de
l’IA, la consommation liée aux centres de données et aux semi-conducteurs
pourrait progresser de plus de 450 % d’ici 2050.
Une offre de plus en
plus fragilisée
Dans le même temps, les
contraintes sur l’offre continuent de s’accumuler. Le changement climatique
accentue la fréquence et l’intensité des sécheresses, tandis que de nombreuses
infrastructures vieillissantes provoquent des pertes considérables. En moyenne,
près de 30 % de l’eau acheminée dans les réseaux est perdue avant d’arriver à
destination.
D’ici 2040, de larges
portions des États-Unis, de l’Espagne ou encore de l’est de la Chine pourraient
faire face à des niveaux élevés de stress hydrique. C’est précisément dans
plusieurs de ces régions que se concentrent les investissements technologiques
les plus ambitieux.
L’IA et les
semi-conducteurs, nouveaux géants de la consommation d’eau
Dans ce contexte déjà
tendu, l’IA ajoute une nouvelle source de pression sur la ressource.
Pour fonctionner, les
centres de données doivent dissiper d’importantes quantités de chaleur. Les
systèmes de refroidissement évaporatif constituent souvent la solution la plus
efficace sur le plan énergétique, mais ils nécessitent des volumes considérables
d’eau.
Alphabet, maison mère
de Google, aurait ainsi consommé près de 40 millions de mètres cubes d’eau en
2025, soit un volume comparable à la consommation annuelle d’un pays de la
taille du Luxembourg.
La fabrication de
semi-conducteurs est encore plus exigeante. Les usines utilisent de l’eau
ultrapure pour nettoyer les wafers (plaquettes de silicium), éliminer les
contaminants, refroidir certains équipements et garantir la qualité des
procédés industriels.
La moindre perturbation
de l’approvisionnement peut affecter la production. Une giga-usine de TSMC
(Taiwan Semiconductor Manufacturing Plant) peut consommer jusqu’à 38 millions
de litres d’eau par jour, soit l’équivalent de la consommation quotidienne d’environ
300 000 foyers.
Autrement dit, derrière
chaque avancée de l’IA se cache une infrastructure industrielle extrêmement
dépendante de l’eau.

Des limites déjà
visibles
Les premières tensions
apparaissent déjà sur le terrain.
Au Chili, le deuxième
projet de centre de données de Google à Santiago reste suspendu après des
préoccupations liées à l’impact de sa consommation d’eau. Aux États-Unis, le
projet Blue d’AWS (Amazon Web Services) près de Tucson, en Arizona, un projet
de 3,6 milliards de dollars a suscité une forte opposition locale dans une
région confrontée à des risques croissants de sécheresse.
L’industrie des
semi-conducteurs n’est pas épargnée. Lors de la sécheresse qui a frappé Taïwan
en 2020 et 2021, les installations de TSMC ont dû composer avec une réduction
d’environ 15 % de l’approvisionnement en eau, obligeant l’entreprise à recourir
à des livraisons d’urgence pour maintenir sa production.
Ces épisodes illustrent
une évolution importante : l’eau n’est plus seulement un enjeu de développement
durable. Elle devient progressivement un facteur de risque opérationnel
susceptible d’influencer la croissance du secteur technologique.
Comment l’industrie
s’adapte
Face à ces contraintes,
les grands acteurs du numérique cherchent à réduire leur dépendance à l’eau
douce grâce à plusieurs leviers :
• amélioration de l’efficacité des systèmes de
refroidissement ;
• surveillance en temps réel des consommations
et détection des fuites ;
• réduction du recours au refroidissement
évaporatif dans les régions soumises à un fort stress hydrique
• augmentation du recyclage et de la
réutilisation des eaux traitées ;
• utilisation accrue d’eau recyclée ou d’eau de
pluie pour les usages non critiques ;
• renforcement des capacités de contrôle, de
mesure et de monitoring des réseaux.
• L’objectif n’est plus seulement de réduire
les coûts ou l’empreinte environnementale, mais également de sécuriser l’accès
à une ressource devenue stratégique.
Longtemps perçue comme
une problématique essentiellement environnementale, l’eau s’impose aujourd’hui
comme un enjeu économique, industriel et stratégique.
Alors que les besoins
explosent sous l’effet de l’IA, l’offre se fragilise dans de nombreuses régions
du monde. Une réalité qui commence déjà à influencer le développement des
infrastructures numériques et pourrait créer de nouvelles opportunités d’investissement.
Cette tendance ouvre un
champ d’opportunités sur l’ensemble de la chaîne de valeur de l’eau :
traitement, détection des fuites, vannes, équipements de contrôle,
modernisation des réseaux ou encore technologies de recyclage.
Plus qu'un simple thème conjoncturel, l’eau apparaît comme une tendance structurelle de long terme. Et si l’IA est l’un des grands moteurs de croissance des prochaines décennies, la capacité à gérer efficacement les ressources hydriques pourrait bien devenir l’une des conditions essentielles de son développement.


