Première édition
du baromètre de l’OPIIEC sur l’intelligence artificielle.
Alors que l’intelligence artificielle s’installe durablement dans les
pratiques professionnelles, l’enjeu est désormais d’observer l’évolution de son
utilisation dans le temps, afin d’anticiper les transformations à venir. Avec
le soutien de l’OPCO Atlas, l’OPIIEC (Observatoire des métiers du Numérique, de
l’Ingénierie, du Conseil et de l’Événement) a développé un baromètre dédié à
l’IA dans la branche des bureaux d’études pour identifier les usages et leurs
impacts concrets sur les emplois, les compétences et les formations.
« L'intelligence artificielle est désormais entrée dans le quotidien des
entreprises de la branche. L'enjeu n'est plus de savoir qui l'utilise, mais de
comprendre comment les usages évoluent, quels impacts ils produisent sur les
métiers et les compétences, et comment accompagner leur structuration dans le
temps. Avec ce premier baromètre, l'OPIIEC entend donner aux entreprises des
clés de lecture pour anticiper ces transformations et adapter leurs pratiques,
leurs organisations et leurs besoins en compétences. » explique Sylvain Julhes, membre OPIIEC.
« Selon les secteurs, les usages de l’intelligence artificielle varient
car ils mobilisent des expertises spécifiques et répondent à des besoins
différents. Cette diversité des usages implique d’accompagner les salariés dans
leur montée en compétences, avec des parcours adaptés à leurs métiers et à
leurs usages. Si près de 8 entreprises sur 10 ont déjà mis en place des actions
de formation, seules 20 % ont clairement identifié leurs besoins en la matière.
Il est donc essentiel d’accompagner les entreprises dans l’identification de
ces besoins et dans la structuration des parcours de formation. » précise Jean-Guy Duba, membre OPIIEC.
Une adoption généralisée de l’IA, tirée par l’avance du secteur du
Numérique
90 % des entreprises de la branche utilisent déjà l’IA, en moyenne
depuis 1 à 2 ans, mais toutes n’en sont pas au même point : pour 33 % d’entre
elles, l’IA fait l’objet de premières expérimentations, quand 21 % la placent
déjà au cœur de leur stratégie et de leurs activités, 19 % l’utilisent de
manière plutôt informelle.
Le niveau de maturité moyen de la branche atteint 47/100, tiré vers le
haut par le secteur du Numérique qui affiche un score de 63/100 : 64 % des
entreprises ont déjà des projets d’utilisation ou de développement engagés pour
les 6 prochains mois. Les Études et le Conseil (45/100), l’Ingénierie (32/100)
et l’Événement (28/100) suivent, avec une maturité qui croît avec la taille de
l’entreprise.
79 % des entreprises utilisatrices d'IA cherchent avant tout à augmenter
leur productivité, loin devant l'amélioration de la prise de décision (50 %) et
l'accélération de la recherche et développement (45 %).
L'IA joue ainsi un rôle de levier d'efficacité opérationnelle : 83 % des entreprises indiquent gagner du temps en l'utilisant, 47 % ont
vu la qualité de leur production s'améliorer et 38 % leur réactivité. À
l'inverse, 10 % des entreprises de la branche n'utilisent pas encore l'IA,
principalement des structures de l'Ingénierie de moins de 10 salariés, qui n'y
voient pas de bénéfice concret (68 %) et jugent l'outil encore trop peu fiable
(58 %) ou trop exposé sur la sécurité des données (47 %).
Dans le détail, l'IA générative s'est imposée dans l'ensemble de la
branche, utilisée par 89 % des entreprises pour formaliser des documents,
accélérer la recherche documentaire ou encore, dans le Numérique, générer et
assister l'écriture de code (85 %). L'IA agentique (IA capable de planifier et
d'exécuter des tâches multi-étapes avec une autonomie partielle), mobilisée par
51 % des entreprises, progresse mais reste à un stade plus émergent, du fait de
sa complexité technique, de ses enjeux de sécurité et de la nécessité de
l'intégrer à des processus métiers maîtrisés. Les IA décisionnelles,
perceptives et prédictives demeurent quant à elles plus marginales. Ces
réserves, déjà perceptibles chez les entreprises les plus prudentes, se
retrouvent plus largement à l'échelle de la branche.
Sécurité des données et illusion du savoir : des freins encore
persistants
Malgré les bénéfices observés, les entreprises identifient encore
plusieurs freins au déploiement de l’IA, le principal étant la sécurité des
données et la conformité.
Dans le secteur des Études et du Conseil, plus exposé aux enjeux de
confiance, la sécurité des données et la conformité est surreprésentée parmi
les préoccupations : l’IA ne peut être déployée que si elle respecte les
exigences de confidentialité, notamment celles imposées par les clients.
Au-delà de l’aspect de la protection des données, les entreprises
mettent en évidence un risque récurrent : l’IA peut donner à certains
utilisateurs l’impression de maîtriser un sujet, alors même qu'ils ne disposent
pas des compétences nécessaires pour en évaluer correctement les résultats.
Cette illusion du savoir peut générer des erreurs, des reprises, une perte de
qualité ou même une remise en cause de l’expertise des professionnels.
Pour les entreprises de l’Ingénierie, la crainte des biais et des
résultats non maîtrisés est particulièrement forte. Elle renvoie directement à
l’enjeu de la difficulté à déléguer à l’IA sans capacité de contrôle, dans un
secteur ou la fiabilité des résultats est déterminante.
Si le frein concernant l’impact environnemental de l’utilisation de l’IA
est bien identifié par les entreprises, 64 % d’entre elles indiquent ne mettre
en place aucune action pour réduire la consommation énergétique / consommation
de gaz à effet de serre de leurs systèmes IA.
Vers une stratégie IA plus structurée : 61 % des entreprises de plus de
250 salariés ont déjà formalisé un cadre
Alors que l’intelligence artificielle ne cesse de prendre de l’ampleur
au sein des entreprises de la branche, la gouvernance est toujours en
structuration : près d’une entreprise sur deux (47 %) ne dispose d’aucune règle
définie en matière d’IA. 29 % indiquent que des réflexions sont en cours, sans
cadre formalisé. Les grandes entreprises sont en revanche plus avancées : 61 %
des entreprises de plus de 250 salariés ont déjà formalisé et diffusé des
règles internes.
Pour celles ayant formalisé un certain cadre, celui-ci peut prendre
plusieurs formes : la création d’une charte IA, l’intégration des règles
d’usage de l’IA dans une charte informatique ou la désignation d’un référent
IA, chargé d'accompagner les équipes et le déploiement des usages (29 %
déclarent en avoir nommé un).
Dans les plus petites structures, les usages sont souvent laissés à
l’initiative des collaborateurs, parfois par manque de moyens ou de cadre
méthodologique.
La majorité des entreprises disposent déjà d'une trajectoire opérationnelle à court terme. À l'inverse,
26 % sont encore en réflexion et 20
% n'envisagent aucun projet à six mois. Parmi celles ayant déjà engagé des
projets, l'IA devient également un levier de différenciation commerciale, avec
le développement de nouvelles offres destinées aux clients.
Ces engagements se traduisent aussi en investissement : si l'achat de
solutions IA (licences, abonnements, consommation de tokens) reste d'un montant
modéré pour la majorité des entreprises, celles qui développent leurs propres
solutions investissent nettement plus. Près d'une sur cinq y consacre plus de
100 000 € par an, une dynamique portée par le secteur du Numérique, qui
concentre 71 % des entreprises fournisseuses de solutions d'IA.
Une transformation des compétences plus que des métiers
En 2025, près de 5 % des offres d’emploi émises par les entreprises contiennent des mots-clés relatifs à l’IA, contre 1,1 % en 2017. Un pic a même été atteint en 2022, les offres ayant été multiplié par 2,5 sur la période 2022-2025.
Parmi les métiers les plus récurrents dans les offres, une forte demande
est observée pour :
- Les ingénieurs techniques, capables
d’industrialiser, de sécuriser et de mettre en production toutes les solutions
(Systems Engineer, Cloud Engineer et Data Engineer)
- Les développeurs : l’IA transforme leurs
missions (génération de code), mais leur expertise reste primordiale pour
assurer la vérification et la supervision des productions générées
- Les chefs de projet et de consultants :
dans une logique plus transversale, leur valeur ajoutée se situe vers le
cadrage du besoin, la relation client et la validation critique des résultats.
L’émergence de l’IA tend à être de plus en plus visible au niveau des
effets sur l’emploi : 9 % des entreprises déclarent avoir créé spécifiquement
des postes spécifiques à l’IA, notamment dans le numérique. En parallèle, 7 %
d’entre elles indiquent avoir augmenté leurs effectifs sur certains métiers,
tandis que 8 % en ont réduit certains, en particulier sur des tâches exposées à
l’automatisation.
Les besoins en compétences portent avant tout sur les usages
transversaux de l'IA (capacité à rédiger un prompt, l’utiliser et l’améliorer),
les compétences de gouvernance (accélération des bonnes pratiques de gestion ou
de risques) et, pour les entreprises développeuses, les compétences en data
engineering, data science et modélisation.
L’accompagnement des évolutions emploi-compétences repose principalement sur la formation et la montée en compétences interne. Parmi les entreprises ayant engagé des actions, 79 % ont mis en place des actions de formation ou de montée en compétences, loin devant les échanges internes dédiés aux impacts de l’IA. Les besoins de formation restent toutefois en cours de formalisation : seules 20 % des entreprises les ont clairement identifiés, tandis que 43 % les envisagent sans les avoir structurés. Cette situation confirme que l’IA transforme d’abord les métiers existants, en imposant une montée en compétences progressive, plutôt qu’en générant immédiatement une vague massive de recrutements externes spécialisés.


