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[Expertises] RSE : l'Europe simplifie, mais la pression reste forte sur les fournisseurs

Alors que l'Europe allège les obligations de reporting, les exigences RSE restent fortes dans les relations commerciales. Pour les PME et ETI, savoir documenter ses engagements devient un enjeu d'accès au marché ; pour les grands donneurs d'ordre, accompagner leurs fournisseurs devient indispensable.

 

Moins de reporting, moins de données obligatoires, moins d’entreprises directement concernées : le mouvement de simplification des exigences en matière de durabilité engagé par l'Europe se concrétise. La révision des standards ESRS réduit notamment de plus de 60% la liste provisoire des points de données obligatoires et limite, au titre de la conformité CSRD, les informations que les grandes entreprises peuvent demander aux acteurs de leur chaîne de valeur.

 

Mais cet encadrement s’arrête aux besoins du reporting réglementaire. Dans leurs relations commerciales, les entreprises restent libres d’aller beaucoup plus loin. Appels d’offres, référencement ou sélection des fournisseurs, politiques d’achats : les demandes peuvent alors être bien plus précises et granulaires.

 

C’est précisément là que Ditto, plateforme française qui accompagne plus de 500 entreprises dans le pilotage de leur RSE et de leur conformité, observe un paradoxe : alors que les obligations réglementaires s’allègent, les demandes des clients restent fortes. Les grands donneurs d’ordre continuent notamment d’interroger leurs fournisseurs sur leurs émissions de CO, leurs politiques environnementales et sociales, leurs certifications ou encore leurs engagements de réduction, avec des demandes de plus en plus précises et documentées. Pour les fournisseurs, sortir du champ d’une obligation réglementaire ne signifie donc pas nécessairement avoir moins de données à produire.

 

À l’heure où les entreprises préparent leurs budgets, leurs appels d’offres et leurs feuilles de route pour 2027, un défi se dessine donc pour les PME et ETI : même lorsqu’elles échappent aux obligations réglementaires, elles n’échappent plus nécessairement aux exigences RSE de leurs clients.

 

De la conformité réglementaire à la conformité de marché

 

Une PME ou une ETI peut ne pas être directement soumise à certaines obligations de reporting et devoir malgré tout fournir des informations RSE parce qu'un grand client les exige dans le cadre d'un appel d'offres, d'un référencement ou de sa politique d'achats. À cela s'ajoutent les demandes des banques, investisseurs, assureurs ou organismes d'évaluation.

 

À côté de la conformité réglementaire s'impose ainsi une forme de « conformité de marché » : l'entreprise ne produit plus seulement des données parce que la réglementation l'exige, mais parce que ses partenaires les demandent pour travailler avec elle. La capacité à mesurer et surtout à prouver ses engagements devient alors un sujet commercial.

 

Avant, on estimait. Désormais, il faut du réel

 

La chaîne d’approvisionnement n’est pas un nouveau sujet pour les directions RSE. Ce qui change, c’est la précision attendue. Là où l’empreinte des achats pouvait être estimée à partir de moyennes sectorielles, les entreprises cherchent désormais davantage à obtenir des données réelles : combien émet ce fournisseur ? Où produit-il ? Quelles certifications détient-il ? Quels objectifs de réduction s’est-il fixés ?

 

Cette évolution répond à un besoin simple : pour piloter réellement sa chaîne de valeur, une entreprise doit pouvoir documenter les engagements et la progression de ses fournisseurs.

 

Pour les PME et ETI, la multiplication des demandes devient un casse-tête

 

Sur le papier, il suffit de demander l’information. Dans la réalité, c’est précisément là que les difficultés commencent.

 

Les directions RSE et achats envoient des questionnaires, sollicitent leurs fournisseurs par email, relancent ceux qui ne répondent pas, récupèrent des fichiers Excel, des PDF et des certifications sous différents formats, puis doivent vérifier et consolider l’ensemble.

 

Mais le principal obstacle n’est pas seulement le nombre de fournisseurs à interroger. C’est l’écart de maturité entre celui qui demande l’information et celui qui doit la produire.

 

Un grand groupe disposant d’une direction RSE peut solliciter un fournisseur de trente salariés qui n’a ni responsable dédié, ni bilan carbone, ni outil permettant de centraliser ses données environnementales et sociales. Pour cette PME, répondre à une question apparemment simple comme « quelle est votre empreinte carbone ? » peut nécessiter de lancer un chantier entier.

 

La difficulté s’accentue lorsqu’un fournisseur travaille avec plusieurs grands comptes.

 

Les équipes RSE de certaines entreprises accompagnées par Ditto reçoivent ainsi jusqu'à 120 sollicitations par an. Évaluations EcoVadis, appels d'offres, référencements fournisseurs, certifications ou demandes clients : les mêmes informations reviennent souvent, mais dans des formats et selon des calendriers différents. Sans organisation structurée, les équipes doivent retrouver et reformater les mêmes données à chaque nouvelle sollicitation.

 

Prouver ses engagements RSE devient un enjeu d'accès au marché

 

Pour les PME et ETI, cette multiplication des demandes transforme progressivement la RSE en sujet commercial. Dans un appel d’offres ou un processus de référencement, être capable de fournir rapidement un bilan carbone, une certification ou les preuves d'une politique environnementale peut faire la différence.


Une entreprise peut avoir engagé de nombreuses actions RSE et se retrouver en difficulté simplement parce qu’elle n’est pas capable de les documenter rapidement. Pour Ditto, la capacité à structurer une fois ses informations pour les réutiliser ensuite devient donc un véritable enjeu de compétitivité.

 

Pierre Poirmeur, cofondateur de Ditto, explique : « Pendant longtemps, les entreprises ont regardé la RSE à travers ce qu'elles pouvaient directement maîtriser. Aujourd'hui, leur performance dépend de centaines de fournisseurs sur lesquels elles disposent parfois de très peu d'informations, et qui n'ont ni les équipes ni les outils des grands groupes qui les interrogent.

La simplification réglementaire est une bonne nouvelle, mais elle ne doit pas conduire à simplement déplacer la complexité vers les PME et ETI »


Pour les grands donneurs d’ordre, demander ne suffit plus

 

Face à cette multiplication des exigences, Ditto défend une approche fondée sur l’accompagnement plutôt que sur l’accumulation de questionnaires. Demander davantage de données à un fournisseur qui ne dispose ni d’équipe RSE, ni des outils nécessaires pour les produire ne permet pas mécaniquement d’améliorer sa performance.

 

L’enjeu pour les grandes entreprises consiste donc à identifier le niveau de maturité de leurs fournisseurs, leur expliquer les informations attendues, leur donner accès aux ressources nécessaires pour les structurer et suivre leur progression dans le temps.

 

C’est dans cette logique que Ditto a développé une brique dédiée à l’engagement fournisseurs. La plateforme permet aux donneurs d’ordre de solliciter leurs partenaires, centraliser les informations de leur chaîne de valeur, mesurer leur niveau de maturité et identifier les actions prioritaires à mener avec eux.

 

L’objectif : passer d’une logique dans laquelle on demande aux fournisseurs de prouver leur conformité à une logique dans laquelle on leur donne également les moyens de progresser.

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