JobTeaser publie les chiffres semestriels sur l'activité de l'alternance en France, issus de sa plateforme de recrutement spécialiste des jeunes talents, intégrée à plus de 800 écoles et universités européennes. La tension sur ce marché s'accroît. Dans le sillage de 2025, le nombre d'offre recule cette année, alors que le nombre de candidats recherchant une alternance augmente.
Mais derrière ces grandes tendances, des disparités existent. Entre les grandes entreprises et les PME tout d'abord. Entre les secteurs d'activité ensuite : quelques uns, à rebours du marché, sont en croissance tandis que tous les autres reculent, dont certains significativement.
Les données sont composées à partir des 56 000 offres diffusées sur la
plateforme en France au premier semestre 2026.
On observe tout d'abord une baisse de 2% sur la période après une année
2025 qui avait déjà été marquée par une chute des offres d’alternance.
Deuxième signal de la recomposition à l'œuvre, la demande des candidats
continue de grimper cette année encore. Les candidatures à des offres
d'alternance progressent de 15 % sur le semestre. Chaque poste attire
mécaniquement plus de postulants. Pour les jeunes, les conditions se
durcissent.
Troisième information clé : le stage devient la variable d'ajustement
des entreprises, avec 13 % d'offres supplémentaires au premier semestre 2026. Les entreprises basculent une partie de leurs besoins vers la formule
la plus courte et la moins engageante, celle qui ne dépend d'aucune aide
publique et qui n'implique aucun coût de formation.
Il faut noter que 81% des offres d'alternance sont publiées de janvier à
juin. Les chiffres présentés ici représentent une tendance de fond.
Le décrochage des TPE et PME continue, stabilité dans les grandes
entreprises
La baisse des offres d'alternance ne se répartit pas également :
• TPE et PME : -19 % par rapport au premier semestre 2025
• Grandes entreprises : -1 %, soit une quasi-stabilité
Le mouvement est légèrement plus marqué en Île-de-France (-2,43 %) qu'en
région (-0,73 %).
Ce qui a changé depuis un an
• La baisse des aides publiques.
Pour un alternant préparant un diplôme de niveau bac+3 à bac+5, l'aide à
l'embauche est passée en 2026 de 5 000 à 2 000 euros pour les TPE et PME, et de
2 000 à 750 euros pour les grandes entreprises. S'y ajoute la participation
obligatoire de 750 euros aux frais de formation, instaurée par le décret du 27
juin 2025 et applicable depuis le 1er juillet 2025. Le coût d'un alternant du
supérieur a mécaniquement augmenté pour l'employeur. Au-delà de ces sommes, les remises en
question successives du dispositif n’engage pas les entreprises, surtout les
plus petites, à faire le choix de l’alternance.
• Le ralentissement économique
Il se mesure depuis un an et demi. De plus, l'approche de l'élection
présidentielle laisse craindre un attentisme des directions dans les prochains
mois, avec des reports de projets et de créations de postes. A noter qu’outre
une concurrence plus forte sur les postes en alternance, le chômage des 15-24
ans atteint 21,6 % au deuxième trimestre 2026 - contre 17,2 % en 2022.
• L'IA et la transformation des
métiers juniors.
L'automatisation de certaines tâches d'entrée de carrière touche d'abord
la tech et le développement logiciel, le conseil et l'audit, ainsi que le
marketing et la communication. Ces trois familles de métiers concentrent une
partie du recul.
Secteurs : la banque tient, le bâtiment et l’automobile décrochent
Fait notable dans ce contexte de recul généralisé, trois secteurs
progressent. Le luxe, la mode et la beauté
publie 8,5 % d'offres en plus. La banque, assurance et investissement suit avec
4,2 %, et reste de loin le premier recruteur d'alternants sur la plateforme
avec 11 387 offres. Le secteur emploie plus de 750 000 personnes en France et
affiche un taux d'insertion en alternance proche de 80 % à six mois. A titre
d'exemple, Banque Populaire prévoit 5 400 recrutements en 2026, dont 1 200 en
alternance.
Le bâtiment paie la crise du logement neuf.
L'offre de postes en alternance dans le secteur de la construction recule de
6,3 % et le génie civil avec l'architecture de 8,6 %. Sur un an, les
recrutements dans la construction reculent de 16,4 %, le repli le plus marqué
parmi les grands secteurs suivis par France Travail.
L'automobile poursuit sa mutation. Le secteur perd 6,4 % de ses offres d'alternance, dans un contexte de transformation industrielle qui pèse sur ses embauches de jeunes.
|
Secteur |
Volume
d'offres |
Évolution
vs S1 2025 |
|
Luxe, mode, beauté |
2
619 |
+8,5
% |
|
Banque, assurance & investissement |
11
387 |
+4,2
% |
|
Publicité & études de marché |
487 |
+3,4
% |
|
Services immobiliers |
521 |
-1,6
% |
|
Industrie manufacturière, machines &
chimie |
6
774 |
-1,9
% |
|
Informatique, programmation & logiciels |
1
511 |
-2,0
% |
|
Commerce de gros & de détail |
3
531 |
-3,1
% |
|
Comptabilité, audit & conseil en gestion |
898 |
-3,2
% |
|
Services à la personne |
138 |
-3,2
% |
|
Services spécialisés, scientifiques &
techniques |
674 |
-3,2
% |
|
Médias |
582 |
-3,4
% |
|
Industrie pharmaceutique |
939 |
-4,4
% |
|
Industrie agroalimentaire & boissons |
2
096 |
-4,7
% |
|
Transport & entreposage |
700 |
-5,9
% |
|
Services aux collectivités (énergie, eau,
déchets) |
1
598 |
-6,0
% |
|
Construction / BTP |
932 |
-6,3
% |
|
Industrie automobile |
2
917 |
-6,4
% |
|
Génie civil & architecture |
308 |
-8,6
% |
Un marché à deux
vitesses selon les métiers
La concurrence entre
candidats est exacerbée sur certaines fonctions. En moyenne, une offre
d'alternance en contrôle de gestion ou en comptabilité reçoit 72,8
candidatures. Suivent la finance d'entreprise (64,1), les achats (53,3) et la
gestion d'actifs (52,4).
À l'autre bout, les
métiers d'ingénieur et les formations courtes de type BTS ou IUT restent bien
moins disputés. L'écart entre ce que les jeunes visent et ce que les
entreprises cherchent se creuse.
Pour Adrien Ledoux, CEO et fondateur de
JobTeaser : « quand une entreprise hésite à s'engager deux ans avec un
alternant, elle prend un stagiaire pour six mois. Le stage joue aujourd'hui le
rôle d'amortisseur. Il donne aux jeunes une expérience de plus sans leur donner
une place dans l'entreprise.
Les grandes
entreprises absorbent la baisse des aides, les TPE et PME non. Ce sont elles
qui portaient la croissance de l'alternance depuis 2019, ce sont également
elles qui s'arrêtent les premières. Le recul de 19 % des offres dans les
petites structures est le chiffre à retenir de ce semestre.
Un jeune qui candidate en alternance en contrôle de gestion se retrouve face à plus de 70 concurrents pour un poste. Dans le même temps, des entreprises industrielles ne trouvent pas d'alternant ingénieur. Ce décalage devrait se règler dans les écoles et les universités, en amont des candidatures, pas sur le marché. Ces problèmes sont structurels et appellent une mobilisation des pouvoirs publics.»


