Selon l’Observatoire de l’emploi des entrepreneurs de l’association GSC et la société Altares, le nombre de pertes d’emploi est au plus haut au S1 2026, avec une augmentation de près de 7 %
par rapport à la même période l’an dernier.
• Même les entrepreneurs les plus
expérimentés restent exposés : les situations de « chômage » des dirigeants de
PME de plus de 50 salariés augmentent de près de 52 %.
• Les pertes d’emploi
s’accélèrent dans les secteurs des services aux entreprises, comme aux
particuliers.
• Au S1 2026, plus de 180 chefs
d’entreprise ont perdu leur emploi chaque jour.
La situation se dégrade pour les dirigeants de PME
Si les dirigeants d’entreprise de moins de trois salariés demeurent les
plus touchés, concentrant près de 75 % des pertes d’emploi enregistrées au
premier semestre 2026, les entrepreneurs à la tête de structures plus
importantes ne sont pas épargnés. Les dirigeants de PME d’au moins 20 salariés
sont eux aussi fortement affectés (694 entrepreneurs), avec une dégradation
particulièrement marquée dans les entreprises de plus de 50 salariés, où les
pertes d’emploi progressent de plus de 50 %.
Cette tendance se reflète également dans le chiffre d’affaires. La
situation se fragilise notablement pour les dirigeants réalisant plus de cinq
millions d’euros (+ 26,4 %). Cette augmentation est encore plus marquée pour
les entreprises dépassant dix millions d’euros (+ 47,3 %).
« La perte d’emploi du dirigeant peut toucher tous les profils
d’entrepreneurs. Au premier semestre 2026, les chefs d’entreprise concernés
exerçaient leur fonction depuis près de 10 ans en moyenne. Cette durée atteint
même près de 20 ans pour les dirigeants de PME de plus de 20 salariés. Ces
données rappellent une réalité essentielle : aucun chef d’entreprise n’est à
l’abri. Si les dirigeants de jeunes structures, souvent plus fragiles, sont
particulièrement exposés, ceux d’entreprises plus matures le sont également.
C’est pourquoi il est indispensable d’intégrer ce risque dans sa réflexion et
de l’anticiper en s’appuyant sur des dispositifs de protection adaptés, comme
la GSC. » commente Hervé Kermarrec, président de
l’association GSC.
L’âge médian des dirigeants ayant perdu leur emploi poursuit sa
progression pour atteindre 46,8 ans au S1 2026 (vs 46 ans au S1 2025). Dans le
détail, un quart des entrepreneurs concernés sont âgés de 41 à 50 ans (8 829).
La hausse est toutefois particulièrement marquée chez les plus jeunes : les 26-30 ans enregistrent la plus forte progression des pertes d’emploi (+ 9,1 %).

Les chefs d’entreprise de la construction et du commerce en première
ligne
Au S1 2026, près d’un entrepreneur sur quatre ayant perdu son emploi en
France dirigeait une entreprise de construction. Bien que la tendance marque le
pas ces dernières années, le secteur demeure le plus impacté avec 7 718 chefs
d’entreprise concernés sur les six premiers mois de 2026 (- 0,2 % vs S1 2025).
La situation du bâtiment de second œuvre, qui représente plus de la
moitié des pertes d’activité du secteur, est particulièrement sensible (+ 5,3 %
; 4 262 entrepreneurs). À l’inverse, les
travaux publics enregistrent une baisse de 15,1 % des pertes d’activités, mais
restent sous tension compte tenu du contexte économique et de la situation
financière des collectivités locales.
Le commerce est le deuxième secteur le plus touché avec 6 971 femmes et hommes affectés
(+ 3,7 %). Dans le détail, les difficultés du commerce et de la réparation de véhicules, déjà marquées en 2025, se poursuivent (+ 9,5 % ; 1 553). La situation apparaît également tendue pour les boulangers, pâtissiers et confiseurs en magasin spécialisé, où les pertes d’emploi ont bondi de 51,2 %.
Le secteur de l’hébergement, restauration, débits de boisson reste fortement sous pression au S1 2026 avec une augmentation de 10,4
% des pertes d’emploi soit 5 057 chefs d’entreprise concernés.
Si la restauration concentre toujours l’essentiel des situations
recensées (80 % du secteur), la dégradation est considérablement marquée dans
l’hébergement (+ 31,4 %).
Les activités d’assurances et financières se démarquent par une augmentation significative des pertes d’emploi de 30,6 %.
Le domaine des services, qu’il s’agisse des activités destinées aux
entreprises ou aux particuliers, est fortement touché en ce début d’année 2026.
• Les services aux entreprises enregistrent une hausse de 15,2 % des pertes d’emploi (4 770 entrepreneurs). Certains métiers semblent particulièrement fragilisés par l’intelligence artificielle et les difficultés à adapter leur modèle d’activité, notamment les services administratifs combinés de bureau
(+ 70,3 %) ou encore le conseil (+
12,1 %).
• Les services aux particuliers
accusent également une forte augmentation (+ 14,2 % ; 1 655). Les
professionnels de l’entretien corporel figurent parmi les plus affectés, avec
une progression de 60,5 %.
1 994 chefs d’entreprise ont perdu leur emploi au S1 2026 dans l’industrie. Si le nombre reste plutôt stable (- 0,1 %), le niveau demeure très élevé et confirme la persistance de difficultés dans le secteur. C’est notamment le cas dans la filière bois et matériaux de construction (+ 15,2 %).

Des tensions généralisées mais des contrastes régionaux marqués
La région Hauts-de-France affiche la plus
forte hausse de pertes d’emploi avec + 11,0 % (2 543 dirigeants). Région
historiquement industrielle, ce secteur compte parmi les plus sous pression au
S1 2026 dans la région (+ 32,8 %).
Première région économique du pays, l’Île-de-France concentre près d’un
quart des pertes d’emploi du territoire. 7 860 chefs d’entreprise s’y sont
retrouvés sans activité au S1 2026, soit une augmentation de 5,8 %. Reflet de
la tendance nationale, la construction (1 877 dirigeants touchés), le commerce
(1 473) et les services aux entreprises (1 436) y sont les secteurs les plus
impactés.
Après plusieurs années de difficultés, la tendance continue de se
dégrader en Auvergne-Rhône-Alpes. La région subit une hausse de 8,6 % des
situations de perte d’activité, soit 4 076 entrepreneurs affectés. Les services
aux particuliers concentrent les plus fortes tensions (+ 17,8 %).
En Nouvelle-Aquitaine, la situation reste
très fragile, avec 3 190 pertes d’emploi (+ 9,6 %). Bien que les tensions
semblent se résorber à l’échelle régionale (+ 18 % entre S1 2024 et S1 2025),
elles restent très marquées dans certains départements comme la Gironde (+ 23,2
%) et la Corrèze (+ 20,2 %).
La Bourgogne-Franche-Comté, la Bretagne et l’Occitanie subissent également une hausse supérieure à la moyenne nationale avec respectivement + 9,6 % (1 082 entrepreneurs), + 7,4 % (1 212) et + 6,8 %
(2
997).
En Pays de la Loire, 1 415 femmes et hommes
se sont retrouvés sans emploi, soit une augmentation de 6,2 %, légèrement
inférieure à la moyenne nationale.
En région Provence-Alpes-Côte d’Azur 3 032 chefs d’entreprise ont perdu leur emploi (+ 3,2 %).
Les Bouches-du-Rhône représentent près de
quatre pertes d’emploi sur dix dans la région.
En Centre-Val de Loire, 1 079
dirigeants se sont retrouvés sans emploi au S1 2026 (+ 2,5 %). Les agriculteurs
figurent parmi les plus touchés, avec une progression de 62,1 % des pertes
d’activité.
En Grand Est, 2 181 chefs
d’entreprise ont cessé leur activité, soit une augmentation contenue de 1,8 %.
La situation demeure toutefois contrastée selon les départements : le Haut-Rhin
voit ses pertes d’emploi grimper de 41,4 % alors que dans l’Aube, le nombre
baisse de 24,6 %.
La Normandie enregistre le taux le
plus bas (+ 0,9 % ; 1 249). Le Calvados connait la plus forte évolution avec +
22,7 %.

Pour Thierry Millon, directeur des études Altares : « Le baromètre de mi-année témoigne de l’ampleur de la crise qui frappe le tissu économique : plus de 33 000 dirigeants ont perdu leur emploi à la suite de la liquidation de leur entreprise, et dans leur sillage environ 80 000 salariés. Derrière ces chiffres se cachent autant de chocs professionnels, financiers et familiaux. Si l’échec entrepreneurial est aujourd’hui mieux compris et accompagné, il appartient toutefois à chaque chef d’entreprise d’anticiper ce risque et de s’y préparer. Le retour à l’emploi du dirigeant dans le cadre d’un nouveau projet ou en rejoignant une autre organisation, c’est non seulement une expérience préservée mais aussi un potentiel levier de création d’emplois salariés. »


