Les entreprises françaises mettent 70 jours en moyenne pour convertir leurs dépenses courantes en encaissements.
Allianz Trade publie son rapport annuel sur les délais de paiement (DSO)
et le cycle de conversion de trésorerie (CCC), qui examine le temps nécessaire
aux entreprises pour convertir chaque euro dépensé dans leurs dépenses
courantes en trésorerie encaissée via les ventes. Selon le leader mondial de
l’assurance-crédit, le CCC mondial a de nouveau augmenté en 2025 (67 jours) et
semble s’être stabilisé à un niveau structurellement élevé. Le véritable
facteur déterminant réside dans les stocks, les entreprises s'éloignant de
l'efficacité du « just-in-time » (juste à temps) pour privilégier la résilience
du « just-in-case » (au cas où).
La France améliore son cycle de conversion de trésorerie, mais reste
pénalisée par des délais de paiement élevés
En 2025, les entreprises françaises ont amélioré leur cycle de
conversion de trésorerie (CCC), qui a reculé de 3 jours pour s'établir à 70
jours, à contre-courant de la tendance observée en Europe occidentale. Cette
amélioration s'explique principalement par une réduction des stocks, qui a
permis de libérer des liquidités. Malgré cette évolution positive, la France
continue d'afficher un CCC supérieur à la moyenne régionale (+ 7 jours), en
raison de délais de paiement clients (DSO) toujours élevés à 70 jours, les plus
longs d'Europe occidentale. Allianz Trade anticipe une légère dégradation en
2026, avec un CCC attendu à 72 jours (+2 jours).
La hausse des stocks renforce la résilience mais pèse sur la trésorerie
Le CCC mondial a légèrement augmenté d’une demi-journée en 2025. Il
s’établit désormais à 67 jours de chiffre d’affaires, soit environ +3 jours
au-dessus de sa moyenne sur 10 ans et proche de son plus haut niveau de 2023
(68 jours). Cette tendance ne montre aucun signe d’essoufflement et s’explique
principalement par les efforts déployés par les entreprises pour renforcer leur
résilience en augmentant leurs stocks.
« Le délai moyen de rotation des stocks (DIO) explique désormais près de 80 % du niveau du CCC.
Cela reflète un changement fondamental dans le
comportement des entreprises : elles s’éloignent de l’efficacité du «
just-in-time » pour privilégier la résilience du « just-in-case ». En
constituant des stocks plus importants, les entreprises immobilisent davantage
de capitaux dans des marchandises qui ne sont pas destinées à être rapidement
converties en liquidités, en échange d’une plus grande sécurité et flexibilité
de la chaîne d’approvisionnement face aux incertitudes géopolitiques, aux
perturbations de la chaîne d’approvisionnement et à la fragmentation des
échanges commerciaux. En d’autres termes, les chaînes d’approvisionnement ne
sont plus optimisées uniquement en fonction des coûts. Elles sont de plus en
plus conçues pour la sécurité, la résilience et l’optionalité », explique Maxime Lemerle, Responsable de la recherche défaillances
chez Allianz Trade.
Selon Allianz Trade, le délai moyen de rotation des stocks (DIO) à
l’échelle mondiale a atteint 53 jours en 2025, un niveau relativement stable
par rapport à 2024, mais nettement supérieur à la moyenne d’avant la pandémie
(48 jours). Dans ce contexte, le délai moyen de paiement (DSO) n’exerce pas de
pression supplémentaire sur la trésorerie des entreprises : les délais de
paiement mondiaux ont légèrement augmenté pour s’établir à 56,5 jours (+0,3
jour) l’année dernière, se maintenant à ce niveau depuis 2022, et restant
inférieurs de 3 jours à la norme d’avant la pandémie.
Les divergences sectorielles s’accentuent à mesure que la résilience
redéfinit les chaînes d’approvisionnement
À l’échelle mondiale, la dispersion sectorielle est particulièrement marquée, ce qui suggère l’émergence d’un clivage entre les secteurs stratégiques et le reste de l’économie : pour 25 % des entreprises, le CCC est inférieur à 43 jours, tandis que pour 25 % d’entre elles, il dépasse 107 jours. Selon Allianz Trade,
12 des 20 secteurs analysés ont vu leur CCC s’allonger, les équipementiers automobiles (+4 jours), le papier, les métaux et le textile (+3 jours) arrivant en tête. En revanche, 8 secteurs ont enregistré une baisse de leur CCC, notamment les équipements de transport (-6 jours), l’informatique et les télécommunications (-4 jours) et l’énergie (-3 jours).
« Les secteurs les plus exposés à la fragmentation de la chaîne
d’approvisionnement, en particulier la fabrication en amont et les intrants
industriels, ont renforcé leurs réserves de stocks, ce qui se traduit par des
besoins en fonds de roulement structurellement plus élevés. En revanche,
plusieurs secteurs stratégiquement importants, notamment l’énergie, les
équipements de transport et les infrastructures numériques, ont raccourci leur
cycle de conversion de trésorerie malgré une incertitude géopolitique accrue.
Cela reflète probablement une combinaison de pouvoir de fixation des prix
accru, d’une génération de trésorerie robuste, de politiques industrielles
favorables et d’une demande structurelle soutenue », ajoute Maxime Lemerle.
À quoi faut-il s’attendre pour 2026 ?
Allianz Trade prévoit une hausse modérée du CCC en 2026. Premièrement,
les secteurs les plus touchés par le conflit entre les États-Unis et l’Iran
disposent d’une marge de manœuvre limitée pour absorber une nouvelle hausse du
DIO avant que leurs besoins de financement n’atteignent un niveau critique.
Deuxièmement, le choc devrait être partiellement compensé par la poursuite des
dépenses du secteur privé dans les infrastructures d’IA et les centres de
données, ce qui soutient les secteurs de l’informatique et des
télécommunications ainsi que celui des logiciels et des technologies de
l’information, maintenant ainsi une part significative de l’économie sur une
trajectoire de compression ou, au pire, de stagnation.
« Sur la base de ces hypothèses, les mesures visant à réévaluer la sécurité énergétique, les stocks stratégiques et la résilience des chaînes d’approvisionnement, conjuguées aux répercussions directes du conflit, devraient faire augmenter le DIO mondial d’environ +2 jours. Nous estimons que chaque jour supplémentaire de DIO se traduit par une augmentation de +1,16 jour de CCC à l’échelle mondiale. C’est assez loin de ce qui a été observé après le choc de 2022, lorsque le CCC avait augmenté de +5 jours », conclut Maxime Lemerle.


