Chaque mois de septembre, près de 100 000 personnes déposent une demande d'immatriculation
en France. Une large majorité d'entre elles ignore ce qui les attend vraiment. Il est temps de leur
parler franchement.
L'été, saison des
grandes décisions
Les vacances font
remonter les questions que l'on repousse le reste de l'année. Entre deux
siestes et lectures estivales, on se prend à rêver d’un autre quotidien. Plus
de manager toxique, plus d'horaires imposés, plus de collègues. À la place, une
quête de sens et la liberté de travailler quand on veut, d'où on veut (si
possible depuis une plage à Bali).
Le décor est planté par
les réseaux sociaux. Des programmes « 10 000 € de chiffre d'affaires en trois
mois ». D'anciens collègues qui font miroiter un TJM à 1 000 €. Des captures
d'écran de virements Stripe entre deux photos de coucher de soleil. Ça fait
rêver.
Ni une ni deux, on remplit le formulaire d'immatriculation à l'URSSAF. En septembre 2025, ils étaient
99 854 à franchir ce pas, dont plus de deux sur trois sous le régime de
la micro-entreprise. Ils seront sans doute aussi nombreux en septembre 2026.
Et pour beaucoup, la
désillusion arrivera vite. Elle fera mal.
Personne ne parle de ce
qui se passe après l’immatriculation
Personne ne parle des
nuits blanches à répétition en voyant ses économies fondre. À tourner dans son
lit en fixant le plafond et en se demandant comment on va s’en sortir.
Personne ne parle des 150 prospects démarchés pour aucun contrat décroché ; du 3e no show en call découverte de la semaine ; du client qui paye 3 mois plus tard - voire pas du tout ; du client régulier qui
se transforme petit à petit en un 40h par semaine, la mutuelle et le pass navigo pris en charge en moins,
et qui peut légalement couper la mission du jour au lendemain au moindre changement stratégique
de la
boîte.
Personne ne parle des
indépendants expérimentés qui facturent habituellement 800 € par journée
travaillée et se mettent à accepter des TJM à 250 €, ou bien tout simplement
qui se remettent à chercher un CDI.
Le pire manager toxique
se trouve parfois dans le miroir
On quitte le salariat
pour reprendre la main sur son temps. On découvre les semaines à 70 heures
travaillées pour 2 facturées. L'impossibilité de couper pendant les vacances
sans voir son chiffre d'affaires s'effondrer, faute d'un système capable de
tourner sans soi. Les week-ends qui passent à la trappe, saison après saison.
Surprise : le boss le
plus toxique que nous ayons jamais eu, c'est nous-mêmes.
Les chiffres que les
carrousels LinkedIn ne montrent jamais
En 2025, un
micro-entrepreneur perçoit en moyenne entre 590 et 670 € par mois. Un sur deux
gagne moins de 340 € par mois.
En 2026, le Baromètre
Ifop/MMA indique que 51% des dirigeants sont ou ont été confrontés à des
difficultés psychologiques. Parmi les difficultés les plus citées, on retrouve
la charge réglementaire et administrative (64%), la surcharge de travail (55%)
et l’incertitude économique (54%).
Ces données existent,
elles sont publiques, elles ne circulent pas. Elles ne génèrent ni vues ni
ventes de formation.
Les réussites existent,
elles ne font pas une méthode
Bien sûr, il existe des
indépendants qui s’en sortent très bien. Qui vivent les 20 heures travaillées
pour 10k facturés, et tant mieux pour eux évidemment.
Mais ce n’est pas la
norme. Et cela ne s’est certainement pas produit en 3 mois ni sans effort. Ce
sont des exceptions statistiques.
Cessons de prétendre
que ces chiffres sont atteignables par tout le monde de manière immédiate.
Arrêtons de vendre
l’indépendance comme la solution magique à une génération de jeunes cadres
dynamiques essorés par le monde du travail classique et qui en est au troisième
burn-out. Arrêtons de vendre le TJM à 1000 € comme étant atteignable en 3 posts
LinkedIn.
Il est temps que quelqu’un leur dise la vérité.

Justine Abécassis est entrepreneure indépendante,
autrice de J'ai testé pour vous : l'échec entrepreneurial (Éditions Prochain Chapitre, 2026).


