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[Tribune] Réussir aux États-Unis sans renoncer à son identité française

Par Cyrille Bessière, CEO de Kids Empire.

Pendant longtemps, les entreprises françaises qui rêvaient d’Amérique ont reçu le même conseil : pour réussir aux États-Unis, il faudrait devenir américain.

Adapter son discours. Modifier son offre. Revoir ses codes. Gommer ce qui paraît trop français. Adopter les méthodes commerciales locales. Parler plus fort, aller plus vite,  voir plus grand.

Cette logique part d’une bonne intention : s’adapter à son marché.

Mais à force de vouloir s’adapter, certaines entreprises finissent par commettre une erreur beaucoup plus dangereuse : elles deviennent parfaitement adaptées, mais totalement interchangeables.

Or, les États-Unis n’attendent pas des entreprises françaises qu’elles deviennent américaines.

Ils ont déjà des entreprises américaines.

Le paradoxe français : vouloir cacher précisément ce qui nous différencie

Lorsqu’une entreprise française arrive aux États-Unis, elle regarde souvent son identité comme un handicap potentiel.

Notre prudence serait incompatible avec l’optimisme américain. Notre rapport au temps serait trop lent. Notre communication trop discrète. Notre obsession du détail trop poussée. Notre manière de vendre manquerait d’enthousiasme.

Il faudrait donc corriger tout cela.

Je pense exactement l’inverse.

Ce que nous considérons parfois comme nos faiblesses constitue souvent notre principal avantage concurrentiel.

La France bénéficie à l'international d'une image extrêmement forte dans de nombreux secteurs : luxe, mode, beauté, gastronomie, design, savoir-faire, artisanat, culture, créativité…

Cette identité crée immédiatement un imaginaire.

Pourquoi vouloir l'effacer ?

Le véritable enjeu n’est pas de devenir moins français. Il est d’apprendre à rendre cette identité compréhensible, désirable et commercialement efficace sur le marché américain.

S’adapter ne signifie pas se renier

Il existe évidemment des codes américains qu’aucune entreprise ne peut ignorer.

Le rapport au commerce est différent. La vitesse d’exécution aussi. Les consommateurs attendent des expériences simples, fluides et efficaces. Les ambitions doivent être assumées. Les messages doivent être immédiatement compréhensibles.

Une entreprise française qui refuse ces réalités au nom de son identité culturelle se condamne elle-même.

Mais il existe une différence fondamentale entre adapter son exécution et transformer son ADN.

Un produit peut rester profondément français tout en étant commercialisé selon les standards américains.

Une marque peut conserver son histoire tout en apprenant à mieux la raconter.

Un dirigeant peut préserver sa culture tout en adoptant une manière plus directe de présenter son ambition.

C’est précisément là que se joue la réussite.

Il faut américaniser la façon de vendre, pas nécessairement ce que l’on vend.

Aux États-Unis, la différence est une valeur économique

Le marché américain est immense. C’est évidemment sa force.

Mais cette taille implique aussi une concurrence considérable.

Dans un environnement où des milliers d’entreprises se battent pour quelques secondes d’attention, vouloir ressembler aux autres est rarement une stratégie gagnante.

Une entreprise étrangère possède justement quelque chose que ses concurrents locaux ne peuvent pas reproduire facilement : une origine, une histoire, une culture.

À condition, évidemment, d’en faire quelque chose.

Être français ne constitue pas une stratégie commerciale en soi.

Afficher un drapeau tricolore sur un packaging ne suffit pas.

Ce qui compte, c’est la capacité à transformer cette origine en preuve de savoir-faire, en histoire, en expérience et en préférence de marque.

La différence culturelle devient alors un actif.

Le piège du complexe d’infériorité français

Il existe aussi un obstacle beaucoup plus difficile à mesurer : notre propre rapport à l’ambition.

Les entrepreneurs français ont souvent appris à démontrer avant d’affirmer.

Aux États-Unis, il faut aussi savoir affirmer pour avoir l’occasion de démontrer.

Cette différence peut sembler anecdotique. Elle ne l’est pas.

Un dirigeant américain dira facilement qu’il souhaite devenir leader de son marché.

Un entrepreneur français aura parfois tendance à considérer cette phrase comme prétentieuse tant qu’il ne l’est pas encore.

Aux États-Unis, l’ambition annoncée fait partie du projet.

En France, elle doit souvent être préalablement légitimée par les résultats.

C’est probablement l’un des ajustements culturels les plus importants à réaliser.

Il ne s’agit pas de devenir arrogant. Il s’agit d’arrêter de confondre humilité et invisibilité.

La pire stratégie serait de devenir une copie

Les entreprises françaises qui réussissent durablement aux États-Unis ne sont pas nécessairement celles qui ont le mieux imité les Américains.

Ce sont celles qui ont compris ce qu’elles devaient adapter et ce qu’elles devaient absolument préserver.

C’est une frontière subtile.

Le marketing doit évoluer.

Le discours commercial doit évoluer.

Le service client peut évoluer.

Les méthodes de distribution peuvent évoluer.

La vitesse de décision doit parfois considérablement évoluer.

Mais la raison pour laquelle une marque existe, ce qui la rend reconnaissable et la culture qui nourrit ses produits ne doivent pas disparaître dans l’opération.

Car une entreprise française qui abandonne tout ce qui faisait sa singularité pour conquérir les États-Unis risque d’y arriver avec un problème majeur : elle n’aura plus aucune raison particulière d’être choisie.

Conquérir l’Amérique ne signifie pas devenir américain

Les États-Unis restent l’un des marchés les plus fascinants au monde pour les entrepreneurs français.

Ils récompensent l’ambition, permettent des changements d’échelle extrêmement rapides et offrent des opportunités considérables à ceux qui comprennent leurs codes.

Mais comprendre une culture ne signifie pas s’y dissoudre.

C’est même probablement tout l’inverse.

Dans un monde où les marques se ressemblent de plus en plus, l’origine, l’histoire et la singularité deviennent des avantages compétitifs.

Les entrepreneurs français doivent apprendre des États-Unis leur capacité à vendre, leur vitesse, leur ambition et leur pragmatisme.

Mais ils ne doivent pas oublier ce qu’ils apportent avec eux.

Pour réussir en Amérique, une entreprise française n’a pas besoin de devenir américaine.

Elle doit devenir meilleure dans sa façon d’être française.

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