L’analyse de Eric Houdet, Fondateur d’EkologgIA.
Pendant des années, les
entreprises ont investi des milliards pour collecter toujours plus de données.
CRM, ERP, logiciels
métiers, objets connectés, tableaux de bord… La quête semblait simple : plus
une entreprise disposerait de données, plus elle serait performante.
Cette logique a longtemps été pertinente. Elle l'est beaucoup moins aujourd'hui. Car le véritable problème n'est plus de produire des données. Les entreprises en génèrent déjà énormément. Le véritable enjeu est ailleurs : elles sont incapables d'exploiter une immense partie de ce qu'elles possèdent déjà.
Le paradoxe est
frappant. Alors que l'intelligence artificielle occupe toutes les
conversations, des milliers d'informations stratégiques continuent de dormir
dans des contrats, des devis, des appels d'offres, des rapports techniques, des
factures, des comptes rendus, des documents RH ou encore des dossiers qualité.
Ces informations
existent. Elles sont simplement enfermées dans des documents que les systèmes
traditionnels peinent encore à comprendre.
Dans beaucoup d'organisations, retrouver une information reste une tâche étonnamment artisanale.
On ouvre un PDF. On fait défiler les pages. On copie une donnée dans un autre logiciel.
On vérifie un montant. On compare plusieurs versions
d'un contrat. On répète cette opération des dizaines de fois par jour.
Personne ne considère
cela comme une anomalie. Pourtant, c'est probablement l'un des plus grands
gisements de productivité encore inexploités.
Les premiers
déploiements le confirment : sur des tâches comme la vérification de dossiers,
l'automatisation supprime jusqu'à 70 % du traitement manuel et ramène à moins
d'une minute une opération qui en mobilisait auparavant plusieurs.
Nous avons longtemps imaginé que l'intelligence artificielle transformerait d'abord les métiers créatifs.
En réalité, sa première révolution est beaucoup plus discrète. Elle
consiste à rendre enfin exploitables des millions de documents qui, jusqu'à
présent, échappaient largement aux outils numériques.
On estime que la
majorité des informations produites par les entreprises sont non structurées.
Autrement dit, elles ne sont pas stockées dans des bases de données
parfaitement organisées, mais dans des fichiers, des courriers, des rapports,
des pièces jointes ou des documents PDF. C'est précisément cette masse
documentaire qui représente aujourd'hui le principal défi de nombreuses
organisations.
Les analystes avancent
des proportions considérables : selon IDC, 80 à 90 % des données détenues par
les entreprises seraient non structurées.
Pendant des années, les
entreprises ont cherché à adapter leurs collaborateurs aux contraintes des
logiciels. Elles leur ont demandé de rechercher des informations, de vérifier
des dossiers, de ressaisir des données ou de contrôler des documents.
L'intelligence
artificielle inverse progressivement cette logique. Ce ne sont plus les
collaborateurs qui doivent s'adapter aux documents. Ce sont désormais les
documents qui deviennent compréhensibles par les machines.
Cette évolution dépasse
largement la simple question de la productivité.
Lorsqu'une entreprise
est capable d'interroger instantanément l'ensemble de son patrimoine
documentaire, elle réduit les risques d'erreurs, accélère ses processus,
améliore sa conformité et valorise enfin un capital informationnel qui restait
largement inexploité.
La véritable richesse
des entreprises ne réside donc plus uniquement dans les données qu'elles
collectent chaque jour.
Elle se trouve aussi
dans tout ce qu'elles possèdent déjà... sans parvenir à l'utiliser.
À mesure que
l'intelligence artificielle gagnera en maturité, les entreprises qui prendront
une longueur d'avance ne seront probablement pas celles qui achèteront le plus
d'outils.
Ce seront celles qui sauront enfin révéler la valeur cachée de leurs propres documents.


