L’Arcep publie l’édition 2026 de son rapport sur l’état de l’internet en France, ainsi que la mise à jour des baromètres sur l’interconnexion de données et l’adoption du protocole IPv6.
Alors que 94 % des
Français se déclarent internautes, ce troisième tome du rapport d’activité
dresse un état des lieux des actions conduites par l’Autorité pour veiller au
bon fonctionnement de l’internet, à son ouverture et à sa soutenabilité. Cette
édition met particulièrement en lumière les effets de l’essor rapide de l’IA
générative : nouvelle porte d’entrée vers les contenus et services en ligne,
elle constitue un facteur de transformation des marchés numériques mais aussi
de croissance des impacts environnementaux.
Interconnexion :
le trafic de données entrant sur les réseaux des principaux fournisseurs
d’accès à Internet (FAI) continue de progresser (+10%), 5 acteurs principaux en
concentrent toujours près de la moitié
Évalué aux points d’interconnexion des réseaux des principaux FAI en France, le trafic entrant atteint
56 Tbit/s fin 2025, soit une hausse de 10,4 % par rapport à 2024. Cette
progression est comparable à celle observée l’année précédente (progression de 9,2%
entre fin 2023 et fin 2024). Le trafic sortant progresse plus fortement, de
28,1 %, pour atteindre 6,6 Tbit/s, ce qui contribue à réduire l’asymétrie entre
trafic entrant et sortant.
A l’image de ces
dernières années, la moitié du trafic demeure concentrée : Akamai et les quatre
principaux fournisseurs de contenus et d’applications (Netflix, Amazon, Google
et Meta) totalisent 49 % du trafic à destination des utilisateurs finals.
IPv6 : côté grand
public, la France reste le pays le plus avancé en matière de connectivité IPv6
La transition vers IPv6
continue de progresser. Fin 2025, la France affiche un taux d’utilisation IPv6
grand public et entreprise estimé à 74,7 %, ce qui la place en première
position parmi les 100 pays comptant le plus d’internautes, devant l’Inde et l’Allemagne.
94 % des clients fixes grand public et 83 % des clients mobiles grand public
ont activé l’IPv6.
Cette avance doit
désormais être consolidée sur l’ensemble de la chaîne internet.
Côté contenus et
hébergement, 38 % des sites web et 25 % des serveurs e-mail sont accessibles en
IPv6. L’Arcep rappelle que la migration de tous les acteurs vers IPv6 est la
seule solution pérenne face à la pénurie d’adresses IPv4, afin de préparer
progressivement un internet exclusivement IPv6.
Internet ouvert : dix
ans après le règlement de 2015, l’Arcep alerte sur de nouveaux défis
En dix ans, le règlement de 2015 a démontré son efficacité pour préserver la neutralité du net comme l’ont souligné les discussions au Parlement européen lors de l’événement coorganisé par l’Arcep le
14 janvier 2026. De nouveaux enjeux doivent toutefois
être pris en compte afin d’assurer la neutralité du net, au bénéfice de la
liberté de choix des utilisateurs et de la capacité d’innover sur internet.
D’une part, dans le
contexte de déploiement du slicing, des travaux sont en cours au niveau du
BEREC pour apporter des clarifications sur l’utilisation de cette technologie
pour le développement de services par les opérateurs et les conditions de sa
compatibilité avec le règlement Internet ouvert.
D’autre part, comme le
souligne le rapport « IA générative : des défis pour l’avenir de l’internet
ouvert » publié début 2026, les services d’IA générative deviennent de nouveaux
intermédiaires et jouent le rôle de « porte d’entrée » vers les contenus et les
services en ligne. En sélectionnant, résumant, hiérarchisant ou reformulant les
ressources du web, ces services peuvent modifier les conditions d’accès à la
diversité des sources, la liberté de choix des utilisateurs et la capacité des
innovateurs à proposer de nouveaux services.
Cloud, données, Data
Act, Data Governance Act : l’Arcep poursuit son action en faveur de
l’ouverture des marchés numériques et du développement de l’économie de la
donnée
En 2025, l’Arcep a poursuivi les missions qui lui ont été confiées par la loi visant à sécuriser et réguler l’espace numérique (SREN), dont l’objectif est d’offrir une plus grande liberté de choix aux utilisateurs de services d’informatique en nuage (cloud), et à développer l’économie de la donnée et l’innovation dans
ce
domaine.
Concernant la régulation des services cloud, qui anticipent le règlement sur les données (Data Act), l’Arcep a en particulier publié une recommandation sur l’interopérabilité et la portabilité de services cloud, et proposé au Gouvernement de fixer à zéro euro le montant maximal de tarification pour les frais de transfert de données dans le cadre d’un changement de fournisseur de services cloud.
Concernant la mise en œuvre du règlement européen sur la
gouvernance des données, le Data Governance Act, l’Autorité a reçu 10
notifications de prestataires de services d’intermédiation de données, acteurs
qui agissent comme tiers de confiance pour les échanges de données, et elle a
attribué deux premiers labels « prestataire de services d’intermédiation de
données reconnu dans l’Union » aux sociétés M-iTrust et Hub One DataTrust.
L’Arcep se prépare
également à la mise en œuvre du Data Act, puisqu’un projet de loi présenté en
novembre 2025 prévoit de lui confier de nouvelles missions, notamment sur
l’accès et le partage des données issues des objets connectés ainsi que sur le
cloud.
Régulation des
plateformes et déverrouillage des écosystèmes numériques : des propositions
pour réviser le Digital Markets Act (DMA)
L’Arcep poursuit son
engagement au sein du BEREC pour participer à la régulation économique des
grands acteurs du numérique. Elle a ainsi formulé des propositions concrètes
pour le réexamen du DMA, notamment :
- Désigner comme acteurs dominants certains grands
fournisseurs de cloud (les hyperscalers),
- Tenir compte, dans l’application des
obligations aux acteurs dominants, des services d’IA désormais intégrés dans
les services numériques,
- Renforcer l’interopérabilité des messageries
instantanées,
- Instaurer une collecte de données pour suivre
l’évolution des marchés.
Les travaux récents de
la Commission européenne sont alignés avec plusieurs de ces recommandations.
Environnement : l’IA
générative contribue à l’augmentation de l’empreinte environnementale du
numérique, comme le soulignent plusieurs travaux de l’Arcep
Les données de la
dernière édition de l’enquête annuelle « Pour un numérique soutenable »
documentent notamment l’impact croissant des opérateurs de centres de données
sur l’empreinte environnementale du numérique, dans un contexte de
développement des services d’IA générative qu’ils hébergent. Malgré
l’amélioration de leur efficacité, la consommation électrique des opérateurs de
centres de données continue de progresser de 12 % et leurs émissions de gaz à
effet de serre de 23 % entre 2023 et 2024.
Dans son récent rapport
« IA générative : de nouveaux défis environnementaux ? », l’Arcep souligne le
manque de transparence des concepteurs de modèles et des fournisseurs de
services d’IA sur les impacts environnementaux de leurs modèles, ainsi que l’importance
croissante de la phase d’inférence avec la hausse des usages.
Les travaux menés avec
le PEReN montrent qu’une IA plus frugale n’implique pas nécessairement de
compromis sur la performance : certains modèles moins consommateurs peuvent
fournir des réponses aussi pertinentes que des grands modèles plus énergivores.
Face à ces constats, l’Arcep appelle en particulier à améliorer la mesure et la transparence des impacts environnementaux de l’IA, à intégrer l’écoconception des services d’IA y compris, en mettant en œuvre certaines recommandations issues du référentiel général de l’écoconception des services numériques.


