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[Etudes] Sondage exclusif LHH « Diriger à distance : quels impacts et quels enjeux ? »

Télétravail des dirigeants : des bénéfices appréciés, des limites assumées pour soi, mais moins pour ses équipes.

 

LHH publie les résultats d'un sondage inédit conduit auprès de 103 cadres dirigeants sur leur rapport au télétravail. Les données mettent en évidence une ligne de partage nette entre les bénéfices que les dirigeants tirent de leur propre pratique et les réserves qu'ils semblent exprimer de façon croissante dès lors que cette pratique concerne leurs pairs ou leurs équipes.

 

Pour Anne-Caroline Moeller, Directrice générale de LHH ICEO « Ce que ce sondage documente, nous le voyons à l'œuvre quotidiennement dans l'accompagnement des dirigeants : le télétravail a des coûts cachés que les organisations sous-estiment encore. Les bénéfices sont immédiats et personnels ; les coûts, eux, sont différés et collectifs. Ils se lisent dans la fragilisation des liens, dans les difficultés de montée en compétence, dans le creusement d'un écart entre ce que les dirigeants s'accordent et ce qu'ils tolèrent pour leurs équipes. La vraie question n'est pas de savoir si le télétravail est une bonne ou une mauvaise chose mais d’évaluer avec lucidité la balance bénéfices/risques, pour l'individu comme pour l'organisation. »

 

Des limites assumées pour soi mais davantage questionnées pour les autres

 

78 % des cadres dirigeants interrogés estiment que leur niveau de télétravail est adapté. Ils ne sont plus que 66 % à porter le même jugement sur leurs pairs au sein du comité de direction et seulement 49 % lorsque la question porte sur leurs collaborateurs. Dans le même temps, 25 % souhaitent voir le télétravail de leurs pairs dirigeants réduit, et 42 % formulent ce souhait pour leurs équipes. À titre de comparaison, seuls 12 % d'entre eux jugent nécessaire de réduire leur propre volume de télétravail.

 

Cet écart ne traduit pas une insatisfaction globale envers le télétravail. Les dirigeants semblent davantage enclins à assumer pour eux-mêmes les limites qu'ils perçoivent dans cette pratique, là où ils se montrent plus prudents à l'égard de leurs équipes : parmi les 42 répondants qui souhaitent en réduire la pratique pour leurs collaborateurs, la quasi-totalité estime simultanément que leur propre niveau est adapté.

 

La segmentation par ancienneté dans la pratique ajoute un éclairage supplémentaire. Les dirigeants ayant adopté le télétravail après 2020 (69 % de l'échantillon) sont les plus critiques envers la pratique pour leurs équipes : 47 % d'entre eux souhaitent la réduire, contre 29 % chez ceux qui, minoritaires, le pratiquaient déjà avant la crise sanitaire. Ce sont donc précisément ceux qui ont le moins d'ancienneté dans la pratique - et qui l'ont découverte sous la contrainte des confinements - qui semblent aujourd'hui les moins enclins à l'accorder sans réserve à leurs équipes.

 

Des bénéfices strictement personnels face à des coûts résolument collectifs

 

Pour comprendre cet écart, il faut examiner ce que les dirigeants attendent du télétravail et ce qu'ils en retirent réellement. Les bénéfices cités sont, sans exception, de l'ordre de l'avantage individuel : gain de temps sur les déplacements transformé en temps de travail (76 %), meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle (69 %), meilleure concentration (54 %), gain d'efficacité (47 %), gain de confort (40 %). Aucun bénéfice d'ordre collectif ou organisationnel ne ressort de façon significative.

Cette concentration n'est pas fortuite : 94 % des répondants jugent le télétravail efficace pour les seules activités individuelles : rédaction, analyse, veille, gestion administrative.

 

Les freins, à l'inverse, sont unanimes et de nature strictement organisationnelle : manque de communication, isolement, perte de visibilité, confusion entre vie professionnelle et vie personnelle, perte de contrôle, problèmes techniques. Ces six items sont cités par la totalité des 103 répondants. Les commentaires libres précisent ce que ces chiffres agrègent : « Perte des discussions autour de la machine à café, distance par rapport à "l'état de santé" de l'équipe - motivation, stress - diminution de la créativité et de la dynamique de groupe. »

 

En synthèse, ce que le télétravail apporte, il l'apporte à l'individu. Ce qu'il coûte, il le coûte à l'organisation. Et si les dirigeants semblent avoir organisé leur propre pratique autour des activités qui s'y prêtent, assumant pour eux-mêmes les arbitrages que cela implique, ils perçoivent en revanche dans le télétravail de leurs équipes les coûts collectifs que cette distance génère.

 

La prise de poste : angle mort des politiques de télétravail

 

70 % des répondants se déclarent opposés au télétravail pendant les 100 premiers jours de prise de fonctions, tant pour eux-mêmes que pour leurs pairs dirigeants. Pour les collaborateurs, cette opposition reste majoritaire à 63 %. Au total, 60 % des répondants refusent le télétravail en phase d'intégration pour les trois niveaux simultanément. Les risques identifiés sont convergents : difficulté d'intégration (92 %), perte de lien avec l'équipe (70 %), manque de visibilité (65 %). « On ne perçoit pas les signaux faibles, les discussions "off the record". Les gens ne savent pas que vous êtes là, on ne crée pas de lien », écrit un répondant.

 

La segmentation entre les pratiquants pré/post-Covid livre ici l'écart le plus prononcé de l'enquête :

81 % des dirigeants post-Covid refusent le télétravail pendant les 100 premiers jours pour eux-mêmes, contre 45 % chez les pré-Covid.

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