Par Isabelle
Saladin, Présidente d’I&S Adviser.
Face à un contexte
géopolitique marqué par de nouvelles secousses sur les économies, et à un
environnement concurrentiel fragmenté et incertain, les entreprises ont pour
principal défi de maintenir leur capacité de décision plus que de savoir
composer avec les règles et contraintes financières, fiscales et
réglementaires.
Depuis début 2026, les
rapports et notes de conjoncture se succèdent, de la BCE et de l’INSEE à la
Banque de France. Au cours des dernières semaines, les prévisions sur la
consommation des ménages et le durcissement des taux repassent en demi-teinte
du fait de la nouvelle guerre au Moyen-Orient. Une certitude demeure : les
perspectives économiques restent profondément incertaines.
Face à cette situation,
les entreprises doivent redoubler d’effort pour tenir leur cap et rester dans
la course. L’enjeu pour elles est de continuer à prendre des décisions
stratégiques et à mettre en œuvre leurs plans de développement, tout en tenant
compte des changements de l’environnement concurrentiel international.
Une complexité “à 3
bandes”
Pour se faire, elles
doivent composer avec trois facteurs.
- Tout d’abord, les
contraintes réglementaires européennes – concurrence, données, environnement,
gouvernance, GAFAM, etc. – se sont accentuées afin de servir des objectifs de
souveraineté, de protection des consommateurs ou encore de transition
climatique et environnementale. La conséquence est que des modalités des prises
de leurs décision changent et intègrent désormais de multiples arbitrages
réglementaires et fiscaux en plus des critères financiers et opérationnels.
- Ensuite, si le
capital n’a pas disparu avec des fonds d’investissement, marchés obligataires
et un capital innovation qui reste très actif, l’accès au financement est
devenu plus sélectif et plus exigeant. Les investisseurs regardent moins les
promesses formulées que les preuves apportées par les entreprises.
- Enfin, on observe
actuellement en Europe une dynamique de consolidation par laquelle les
entreprises cherchent à atteindre une taille critique face à leurs concurrents
américains et asiatiques. Cependant, monter des opérations qui créent de la
valeur s’avère difficile. Dans la plupart des cas, le frein ne vient pas d’un
manque de logique industrielle mais d’une sous-estimation de la complexité
opérationnelle, sociale et réglementaire.
Éviter la paralysie
décisionnelle
De ce fait, le
principal risque qui pèse sur les entreprises pour maintenir leurs perspectives
de développement est la paralysie décisionnelle plus que des facteurs exogènes.
A force de vouloir composer avec des contraintes et exigences qui se superposent,
une entreprise peut négliger ce qui fait la différence dans un environnement
instable : la capacité à décider vite et à exécuter efficacement.
La question centrale
pour lever cet écueil est alors celle de la gouvernance de la décision. Comment
structurer l’entreprise pour intégrer la complexité fiscale, réglementaire et
financière sans renoncer à l’agilité ? Comment dépasser les silos traditionnels
pour rapprocher stratégie et exécution ?
Au bout du compte, pour rester compétitive, les entreprises n’ont pas tant besoin de moins de règles que de retrouver leur capacité à les intégrer intelligemment dans leur modèle économique. Au bout du compte, elles acquerront la capacité de transformer la complexité de leur environnement en avantage stratégique.


