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[Expertises] Pas d’IA souveraine sans infrastructures souveraines : le défi oublié du Tech Sovereignty Package

Avec le Tech Sovereignty Package et le Cloud and AI Development Act (CADA), la Commission européenne affiche une ambition forte : faire de l’Europe un leader mondial de l’intelligence artificielle et du cloud.

Quelques semaines après les annonces de Choose France et les milliards d’euros promis pour les infrastructures numériques et les data centers, une question demeure pourtant largement absente du débat : sur quelles infrastructures les entreprises et les startups européennes vont-elles réellement construire leur avenir numérique ?

 

Alors que la France compte aujourd’hui plus de 1 100 startups IA et ambitionne de devenir un hub européen de l’intelligence artificielle, la souveraineté ne pourra pas reposer uniquement sur les modèles, les algorithmes ou les capacités de calcul. Elle dépendra également de notre capacité à bâtir, exploiter et maintenir des infrastructures performantes, durables et maîtrisées sur le territoire européen avec des acteurs souverains pour garantir un niveau de risque maitrisé.

 

Le Décryptage de Stéphane Hascoët-Directeur Général Jiliti.

À travers trois questions clés, il revient sur les enjeux concrets qui se cachent derrière les ambitions européennes en matière de souveraineté numérique.

 

1. Le règlement CADA prévoit de tripler les capacités des centres de données européens. Sommes-nous prêts sur le plan des infrastructures ?

 

L'Europe a raison de vouloir accélérer sur l'IA et la France à des atouts considérables en termes d’énergie disponible et bon marché. Mais la souveraineté numérique ne se décrète pas : elle se construit. Derrière chaque modèle d'IA, il y a des serveurs, des infrastructures de stockage, des équipements réseau et des opérations de maintenance qui doivent fonctionner en permanence et assurer une pérennité long terme pour les entreprises.

 

Le véritable enjeu n'est pas seulement de construire davantage de centres de données. Il est de créer un écosystème complet capable d'accompagner leur exploitation dans la durée. Aujourd'hui, de nombreuses startups françaises souhaitent héberger leurs données et leurs modèles dans un environnement souverain. Encore faut-il qu'elles puissent accéder à des infrastructures robustes, compétitives et opérées localement.

 

La souveraineté commence là : dans la maîtrise des infrastructures et leur sécurité qui hébergent les données, les modèles et la propriété intellectuelle des entreprises européennes.

 

L’écosystème de la French Tech doit s’appuyer sur les acteurs reconnus, pérennes et souverain.

 

2. Comment concilier l'explosion des besoins en IA avec les exigences de durabilité du modèle européen ?

 

L'Europe porte une vision ambitieuse : faire de l'IA un moteur de compétitivité tout en respectant ses engagements environnementaux. Mais c'est aussi tout le paradoxe du Tech Sovereignty Package : comment accélérer les capacités de calcul sans multiplier indéfiniment les infrastructures et les équipements ?

 

L'IA génère une demande croissante en puissance de calcul, mais la réponse ne peut pas se limiter à renouveler massivement les matériels. La fabrication représente déjà entre 70 % et 90 % de l'empreinte environnementale d'un équipement informatique. À l'inverse, prolonger la durée de vie d'un serveur de trois à cinq ans permettrait de réduire jusqu'à 40 % son impact carbone sur l'ensemble de son cycle de vie. Le second axe d’efficience concerne le refroidissement très productif en termes de calorie. Le refroidissement par eau (cooling) qui offre une efficacité accrue d’évacuation de la chaleur et aussi une réutilisation ce celle-ci pour chauffer divers équipements urbains ou industriels.

 

La véritable innovation réside donc dans l'optimisation et la durabilité des infrastructures. Un data center performant n'est pas seulement un data center puissant, c'est aussi un data center capable de rester efficace, sécurisé et maintenu dans le temps. La souveraineté numérique européenne ne sera crédible que si elle s'appuie sur des infrastructures à la fois performantes, durables et maîtrisées localement. Elle devra être technologique, économique et environnementale.

 

3. Face aux craintes de complexité réglementaire pour les entreprises, quelle est la marche à suivre concrète ?

 

Les entreprises doivent anticiper les évolutions du cadre réglementaire pour agir et surveiller l’évolution de la législation pour converger. La question est simple : où sont hébergées leurs données et qui contrôle leurs infrastructures critiques ? Pour les startups IA françaises, la maîtrise des données et de la propriété intellectuelle est devenue un enjeu de compétitivité. La souveraineté numérique ne se limite pas aux modèles d'IA : elle repose sur l'ensemble des infrastructures qui permettent de les développer, les héberger, les exploiter durablement et rassurer les clients sur le long terme.

 

Les prochaines étapes annoncées par Bruxelles, certification EUCS, label « EU Sovereign Cloud » et nouvelles exigences de l'AI Act, vont renforcer les attentes des entreprises en matière de souveraineté, de traçabilité et de maîtrise des infrastructures. Les organisations doivent dès aujourd'hui anticiper ces évolutions et sécuriser leurs environnements critiques. Demain, la souveraineté numérique ne se jouera plus uniquement dans les technologies ou les modèles d'IA, mais dans la capacité à opérer, maintenir et sécuriser durablement les infrastructures qui les hébergent.

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