Analyse de
Benjamin Le Pendeven, expert en finance entrepreneuriale à Audencia et
co-auteur de l’étude « Practices of European and American Venture
Capitalists : homogeneity and heterogeneity at work »
Après l’euphorie des
années 2021–2022, le capital-risque européen est entré dans une phase de
correction (en baisse de 55% par rapport à 2021) : levées divisées presque par
deux, raréfaction des méga-deals, investisseurs focalisés sur la rentabilité.
Dans ce marché plus exigeant, une lecture s’impose : ce ralentissement
traduit-il une faiblesse structurelle du capital-risque européen face aux
États-Unis, ou simplement une autre logique d’investissement ?
Un taux d’échec
structurel… mais pas spécifique à l’Europe
En Europe, près de 45 %
des investissements en capital-risque échouent ou génèrent de faibles
rendements, tandis qu’environ 9 % seulement produisent des performances très
élevées, capables de multiplier l’investissement initial par plus de dix.
Ces chiffres alimentent
régulièrement l’idée d’un décrochage européen. Pourtant, un article
scientifique publié dans Small Business Economic le 22 mai, écrit par Benjamin
Le Pendeven et ses co-auteurs, s’appuie sur une enquête menée auprès de 611
investisseurs représentant environ 130 milliards d’euros d’actifs sous gestion.
Elle met en évidence un
résultat clé : les performances globales des capital-risqueurs européens et
américains sont en réalité très proches, avec des niveaux de rendement, de
succès et d’échec comparables.
Dans ce contexte, les
auteurs de l’étude se sont intéressés aux différences de pratiques des deux
côtés de l’Atlantique.
Un consensus fort : la
direction est le facteur décisif
Un point de convergence
majeur apparaît des deux côtés de l’Atlantique : l’équipe fondatrice est
considérée comme le facteur déterminant du succès ou de l’échec d’une startup.
Entre 92 % et 96 % des investisseurs interrogés placent ainsi les fondateurs au
cœur de leur décision d’investissement, loin devant le produit, la technologie
ou même le secteur d’activité.
Mais des logiques
d’analyse profondément différentes
Cependant, si ce
consensus est fort, les approches divergent nettement sur le « comment ».
En effet, les
investisseurs européens accordent une importance particulière aux qualités
intrinsèques des fondateurs (engagement, résilience, capacité d’exécution),
tout en s’appuyant davantage sur des références de marché et des comparables
pour structurer leur analyse.
À l’inverse, les
investisseurs américains privilégient une approche plus standardisée et
analytique, davantage centrée sur le modèle économique, la taille du marché et
les projections financières, avec des processus de sélection plus intensifs et
un plus grand volume d’opportunités étudiées.
Ces écarts se
traduisent concrètement dans :
• la valorisation des startups
• la lecture du risque
• et l’accompagnement des équipes
dirigeantes
Dès lors, selon
Benjamin Le Pendeven et ses co-auteurs, l’enjeu pour l’Europe n’est pas tant de
chercher à reproduire le modèle américain que de renforcer ses propres leviers
de performance.


