Régulateur des
infrastructures numériques, l’Arcep s’est donné pour objectif, dans le cadre de
sa stratégie Ambition 2030, de veiller à ce que ces infrastructures soient
accessibles partout, pour tous et pour longtemps. L’adoption fulgurante des
services d’Intelligence Artificielle (IA) générative par le grand public et les
entreprises (48 % des Français l’utilisaient déjà en 2025 (+28 points en deux
ans), selon l’édition 2026 Baromètre du numérique) le potentiel d’innovation et
les perspectives de développement de cette technologie, soutenue par des
investissements massifs, conduisent l’Arcep à en examiner les conséquences pour
les utilisateurs et sur ses missions de régulation.
Une première série de travaux a donné lieu à un rapport, en janvier
2026, sur l’impact de l’IA générative sur l’ouverture d’internet. Le second
rapport, publié ce jour, s’inscrit dans la continuité des précédents travaux
sur l’empreinte environnementale du numérique, dans l’objectif stratégique d’«
améliorer et partager la connaissance des impacts environnementaux du numérique
».
Un rapport nourri des échanges avec de nombreux experts, une revue de la
littérature scientifique et des tests inédits réalisés avec le Pôle d’expertise
de la régulation numérique (PEReN).
L’Arcep présente une synthèse des connaissances sur les impacts
environnementaux de l’IA générative, permettant de fournir de premières
évaluations et de faire émerger des leviers d’actions. Cette synthèse s’appuie
sur une revue de la littérature scientifique et institutionnelle, sur
l’audition de nombreux experts issus des secteurs privé, public, académique et
associatif, ainsi que sur une collaboration avec le Pôle d’expertise de la
régulation numérique (PEReN) qui a permis la réalisation de tests inédits sur
la consommation électrique en phase d’utilisation (aussi appelée phase
d’inférence) de plusieurs modèles d’IA générative.
Parmi les principaux enseignements du rapport : un manque de transparence des concepteurs
de modèles et des fournisseurs de service d’IA sur
les impacts environnementaux de leurs modèles et la phase d’inférence amenée à
devenir un enjeu significatif en raison de la croissance des usages
L’IA générative n’est pas immatérielle : son développement repose sur
des infrastructures physiques, des capacités de calcul élevées et des
investissements massifs dans les centres de données. La rapidité de son
adoption et l’intensité des dynamiques concurrentielles qui accompagnent son
développement peuvent renforcer les tensions sur certaines ressources et
amplifier les enjeux environnementaux associés.
Les centres de données sont une composante structurante des impacts
environnementaux de l’IA générative. Leur développement soulève notamment des
questions liées à la consommation d’énergie, à la consommation d’eau et à
l’artificialisation des sols. D’après l’Agence internationale de l’énergie
(AIE), la consommation d’électricité mondiale des centres de données pourrait
doubler entre 2024 et 2030.
L’évaluation de l’empreinte environnementale de l’entraînement des
modèles d’IA générative et de leur utilisation (inférence) reste limitée en
raison du manque de transparence des acteurs. Des méthodes d’estimation
reconnues existent pourtant déjà et doivent être mobilisées et diffusées.
Selon les travaux académiques disponibles, les impacts environnementaux
de la phase d’entraînement des modèles d’IA générative sont notamment
conditionnés par leurs tailles (nombre de paramètres) et la durée
d’entraînement, mais aussi par l’intensité carbone du mix électrique.
Les impacts environnementaux de la phase d’inférence, moins documentés,
pourraient devenir un enjeu significatif en raison de la croissance des usages.
Des travaux inédits ont été menés avec le PEReN sur la consommation électrique
des prompts (requêtes). Ils montrent que les plus grands modèles sont toujours
les plus consommateurs d’énergie et que certains modèles qui consomment moins
sont capables de fournir des réponses aussi pertinentes que des grands modèles.
Limiter la consommation énergétique ne revient pas nécessairement à faire des
compromis sur la performance du modèle.
Neuf recommandations pour l’Europe afin de rendre le développement de
l’IA compatible avec les limites planétaires
Afin de s’assurer que l’IA et ses infrastructures se déploient dans des
conditions compatibles avec les limites planétaires et permettant ainsi aux
générations futures de bénéficier de son potentiel, l’Arcep formule quatre axes
d’actions couvrant neuf recommandations. Ces recommandations s’articulent avec
le cadre législatif européen, en vigueur ou à venir. L’Arcep a d’ailleurs
formulé des propositions en ce sens dans le cadre des consultations publiques
de la Commission européenne.
Axe 1 : Améliorer la mesure et la connaissance de l’impact
environnemental de l’IA
1. Mettre en œuvre la collecte et la publication des
données environnementales de l’IA par des autorités publiques
2. Utiliser des méthodologies internationalement
standardisées d’évaluation de l’impact environnemental, afin de faciliter les
comparaisons entre systèmes d’IA
Axe 2 : Promouvoir l’écoconception des services d’IA comme levier
stratégique de la compétitivité
européenne
3. Intégrer l’écoconception des services d’IA dans la
régulation européenne des fournisseurs
4. Renforcer l’écoconditionnalité dans les modalités de
soutien à l’innovation et la commande publique
Axe 3 : Donner les moyens aux utilisateurs de choisir leurs services
d’IA générative en fonction de leur impact
environnemental grâce à une régulation européenne adaptée
5. Imposer une plus grande transparence environnementale
aux fabricants de puces et aux grands fournisseurs de modèles et de services
d’IA
6. Garantir l’ouverture des services d’IA
Axe 4 : Construire une stratégie de développement des centres de données
en Europe alliant souveraineté et soutenabilité
7. Éclairer les choix publics et d’investissement :
faire de la transparence et de la régulation par la donnée des atouts du
développement des centres de données en Europe
8. Renforcer la coordination européenne entre politiques
numérique, énergétique et d’infrastructure pour accompagner le développement
des centres de données
9. Encourager une implantation territoriale concertée
des centres de données
L’Arcep poursuivra ses travaux et les échanges avec l’ensemble des parties prenantes afin d’œuvrer collectivement à des services d’IA générative écoconçus et des infrastructures numériques soutenables.


