Grant Thornton France, groupe d’audit et de conseil, publie l’actualisation de son Indice global
de Corruption, couvrant désormais 26 secteurs d’activité, contre 22 en 2020.
La méthodologie repose sur plusieurs facteurs :
• la perception du risque, mesurée par un
sondage auprès de 1 500 professionnels,
• un score empirique fondé sur l’analyse de la
presse négative,
• les radiations par la Banque mondiale,
règlements judiciaires (FCPA, CJIP),
• des données issues des évaluations de tiers
réalisées par Grant Thornton.
L’indice global de corruption by Grant Thornton résulte ainsi d’une moyenne arithmétique pondérée accordant un poids triple à la perception. Les résultats sont exprimés sur une échelle de 1 (risque faible)
à 4 (risque fort).
Patricia Pombo,
Associée Advisory, Grant Thornton France, déclare : « Cette édition
2026 met en lumière une réalité essentielle : les risques de corruption ne se
concentrent plus uniquement dans les secteurs historiquement exposés. Les
activités perçues comme techniques, réglementées ou garantes de conformité
présentent aujourd’hui des vulnérabilités parfois sous-estimées. Plus qu’un
outil d’analyse, cet indice constitue un véritable levier de pilotage pour
aider les entreprises à renforcer des dispositifs anticorruptions
proportionnés, fondés sur la donnée et adaptés aux réalités opérationnelles.
Les sept secteurs les
plus à risque
Les secteurs les plus
exposés regroupent traditionnellement les activités extractives, la
construction et l’industrie lourde. Mais d’autres domaines, parfois perçus
comme mieux encadrés, révèlent également des vulnérabilités significatives. Ces
risques tiennent à des facteurs structurels récurrents : forte dépendance aux
autorités publiques, complexité réglementaire, multiplicité des intermédiaires
et enjeux financiers élevés.
Activités extractives –
score : 3,10/4
Opérant dans des zones
de gouvernance fragile, les entreprises de ce secteur dépendent étroitement des
autorités publiques pour l’accès aux ressources naturelles. La complexité de
l’attribution des droits miniers, la multiplicité des intermédiaires et l’instabilité
réglementaire créent un terrain particulièrement fertile à la corruption, quasi
exclusivement de nature publique (89 % des cas), visant à sécuriser des
avantages stratégiques.
Construction - score :
3,05/4
Secteur fortement
internationalisé, les atteintes se concentrent en Europe (41 %) et en Afrique
(29 %), portées majoritairement par des entreprises enregistrées en Amérique
latine (40 %). La corruption, active et majoritairement publique (57 %), se
cristallise en amont des projets, lors de l’attribution des contrats. La valeur
élevée des marchés et la multiplicité des intervenants en font un secteur
structurellement vulnérable.
Industrie lourde
(automobile, chimie, métallurgie, pharmacie…) - score : 2,89/4
Acier, ciment, chimie,
équipements lourds : l’intensité des interactions avec les acteurs publics, la
complexité opérationnelle et la dépendance aux chaînes d’approvisionnement
mondiales exposent ce secteur à des risques étendus. Même dans des juridictions
matures, les achats, les certifications et la gestion des sous-traitants
demeurent sensibles aux fraudes et aux manipulations contractuelles.
Activités financières
et d’assurance - score : 2,81/4
Paradoxalement peu
perçu comme risqué, ce secteur est pourtant structurellement exposé. La
complexité des produits, la densité des flux financiers et la multiplicité des
intermédiaires créent des opportunités de corruption indépendantes des failles
institutionnelles. Le fait qu’une part significative des cas soit recensée en
Europe démontre qu’il ne se limite pas aux environnements fragiles.
Activités juridiques,
comptabilité, audit, consulting - score : 2,71/4
Ce secteur se distingue
par une dissociation nette : les entreprises mises en cause sont
majoritairement européennes ou nord-américaines, mais les faits se produisent
dans des environnements institutionnellement fragiles (Afrique, Asie,
Moyen-Orient). La corruption y est active et délibérée, visant à sécuriser des
contrats ou à obtenir des informations privilégiées. L’interface entre
expertise technique et décision publique constitue une exposition structurelle,
amplifiée par la capacité de ces acteurs à légitimer des opérations sensibles.
Eau, assainissement,
déchets et remise en état - score : 2,66/4
Ancré dans des services
publics décentralisés, ce secteur est dominé par des opérateurs européens (57 %
des sociétés enregistrées, 44 % des faits commis en Europe). La prévalence de
la corruption publique et active (80 % dans chaque catégorie) reflète des
points de contact sensibles autour des concessions et des autorisations
techniques. La fragmentation des marchés municipaux aggrave cette exposition.
Industrie légère
(ameublement, cuir, imprimerie, papier/carton, textile…) - score : 2,62/4
Les donneurs d’ordre
sont majoritairement enregistrés en Europe (46 %) et en Amérique du Nord (38
%), mais les atteintes se produisent principalement en Asie-Océanie (42 %),
révélant une dissociation marquée entre zones d’enregistrement et lieux de
commission. Le secteur est doublement vulnérable : risques liés aux chaînes
d’approvisionnement et interactions avec l’État pour les certifications et
l’accès aux marchés.
Dissonance entre la
perception et la réalité : trois secteurs à surveiller
L’analyse comparative
entre perception de la corruption et scores de risque empirique révèle
plusieurs secteurs sous-estimés par les répondants, mais présentant des
vulnérabilités réelles et documentées. Cette dissonance appelle une révision
des représentations et un renforcement des dispositifs de contrôle.
Activités financières
et d’assurance - score : 2,81/4
Malgré un cadre
réglementaire strict et une image de secteur fortement contrôlé, les activités
financières et d’assurance demeurent exposées à des risques élevés :
manipulation d’informations, conflits d’intérêts, délits d’initiés ou
facilitation de flux illicites. La sophistication des produits et la technicité
des opérations rendent ces dérives moins visibles, entretenant un décalage
persistant entre l’image d’un secteur sécurisé et la réalité de ses
vulnérabilités structurelles.
Activités juridiques,
comptables, audit, conseil, architecture & ingénierie - score : 2,71/4
Les professions du
droit, du conseil et de l’audit sont généralement associées à la conformité et
à l’intégrité. Pourtant, leur position stratégique, la confidentialité de leurs
missions et leur rôle d’intermédiaire les exposent à des risques importants. La
confiance institutionnelle dont elles bénéficient peut paradoxalement masquer
leur capacité à influencer, contourner ou légitimer certains dispositifs de
contrôle.
Informatique,
programmation, traitement de données & logiciels - score : 2,38/4
Souvent perçu comme un
univers technique et neutre, le secteur des services informatiques est
confronté à des risques croissants : accès privilégié aux systèmes,
manipulation de données sensibles, dépendance aux prestataires, opacité
contractuelle. La complexité des projets numériques et la rapidité des
transformations technologiques rendent ces pratiques plus difficiles à
détecter, et les dispositifs de contrôle peinent parfois à suivre ce rythme.

Évolution 2020-2026 :
stabilité globale mais des recompositions sectorielles notables
L’Indice global de
Corruption by Grant Thornton affiche une relative stabilité entre 2020 et 2026.
Cette continuité masque toutefois des évolutions sectorielles significatives,
en grande partie imputables à un affinement méthodologique : le nombre de secteurs
analysés est passé de 22 à 26, offrant une lecture plus granulaire des risques.
Secteurs en progression
L’industrie légère
enregistre la dégradation la plus marquée (2,18 en 2020 contre 2,62 en 2026),
directement liée à une recrudescence des affaires de corruption ces dernières
années. Les activités juridiques, comptabilité, audit et consulting voient leur
score progresser de 2,25 à 2,71 auparavant noyées dans la catégorie « Activités
spécialisées, scientifiques et techniques » : ces professions ressortent
désormais avec un score empirique maximal de 3/4, reflet des affaires hautement
médiatisées ayant touché certains cabinets. Les activités financières et
d’assurance progressent quant à elles de 2,50 à 2,81, confirmant leur
sous-évaluation historique.
Secteurs en recul
Plusieurs secteurs
voient leur score diminuer, principalement par effet de désagrégation
méthodologique. La production et distribution d’électricité, de gaz et de
vapeur chute de 3,04 à 2,04, ce secteur étant auparavant intégré à l’industrie
lourde, qui tirait son score vers le haut. La distribution d’eau,
l’assainissement et la gestion des déchets passent de 3,04 à 2,66 pour la même
raison. La R&D recule de 2,25 à 1,74, les données empiriques révélant peu
de cas de corruption dans ce domaine une fois isolé des autres activités
techniques. Les activités d’édition chutent de 2,30 à 1,47, leur score ayant
été surévalué en 2020 par leur regroupement avec les télécommunications et
l’informatique.
Secteurs stables
Les activités
extractives demeurent en tête du classement (3,05 en 2020, 3,10 en 2026),
tandis que la construction confirme sa position à haut risque (2,87 en 2020,
3,05 en 2026). Elle devient d’ailleurs le secteur le plus touché par les
radiations de la Banque mondiale en 2026, avec 42 % des cas recensés. À
l’opposé, l’éducation se maintient au bas du classement avec un score inchangé
de 1,29.
Géographie de la
corruption
La corruption se
concentre dans les régions à institutions fragiles, mais les entreprises
impliquées ne sont pas uniquement locales : les groupes issus de pays bien
classés sont elles aussi concernées, dès lors qu’elles opèrent dans des
environnements à risque.
Les secteurs les plus
touchés sont ceux où l’État joue un rôle central (infrastructures, énergie,
marchés publics… Les sanctions internationales reflètent autant la réalité de
la corruption que la capacité des institutions à la détecter et à la poursuivre.
Les entreprises
nord-américaines ressortent principalement via le FCPA* ; les entreprises
asiatiques et africaines davantage via les exclusions de la Banque mondiale, en
lien avec les projets d’infrastructures financés par les bailleurs
internationaux. L’Amérique centrale et du Sud représente désormais 46 % des
radiations par la Banque mondiale, quasi exclusivement dans le secteur de la
construction. En 2020, c’est la zone Asie-Pacifique qui dominait avec 44 %. Ce
basculement géographique constitue l’un des signaux le plus marquants de cette
édition.
L’Europe concentre
paradoxalement le plus grand nombre d’entreprises sanctionnées, non pas parce
qu’elle est plus corrompue, mais parce qu’elle abrite les plus grandes
multinationales exposées aux marchés internationaux, et que ses mécanismes de
détection et de répression sont parmi les plus développés (CJIP, coopération
judiciaire). Les activités financières y sont le secteur le plus cité dans la
presse négative (20 % des cas), signal fort que la corruption ne se limite pas
aux environnements institutionnels fragiles.
L’Afrique demeure le
premier terrain de commission dans les secteurs extractifs et de conseil : elle
concentre 46 % des infractions extractives et 53 % des infractions dans le
juridique et le consulting — des chiffres sans commune mesure avec sa part parmi
les entreprises enregistrées, confirmant que le risque y est essentiellement
importé par des acteurs étrangers.
La dissociation entre
zone d’enregistrement et zone de commission constitue le fait structurel
central de cet indice. Les entreprises européennes et nord-américaines
commettent leurs infractions principalement en Asie, en Afrique et en Amérique
latine. C’est dans ces zones d’exécution, au contact des autorités locales, que
les risques se matérialisent — et non dans les pays d’origine.
Enfin, les zones les plus sanctionnées ne sont pas nécessairement les plus corrompues : elles sont celles qui sont le plus exposées aux mécanismes de détection et de sanction internationaux. L’Amérique du Nord en offre l’illustration parfaite — très présente dans les sanctions FCPA, quasi absente des radiations de la Banque mondiale.


