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[Tribune] Transmission des PME en Europe, entre urgence et opportunité de transformation

En France, plus de 500 000 TPE et PME devront trouver un repreneur au cours de la prochaine décennie. Ces entreprises représentent près de la moitié de la richesse nationale.


Pour mesurer le degré de préparation des dirigeants face à cet enjeu, SumUp a mené une étude paneuropéenne auprès de 1 067 dirigeants de TPE-PME en France, en Allemagne, au Royaume-Uni, en Italie, en Irlande et en Espagne. La France apparaît comme le pays le moins préparé à cette transition.

 

Un tissu entrepreneurial français peu ancré dans la transmission familiale

 

Premier constat : seuls 31,7 % des dirigeants français interrogés travaillent aujourd’hui avec un membre de leur famille appartenant à une autre génération. C’est le taux le plus faible des six pays étudiés, loin derrière l’Allemagne (79,2 %), l’Irlande (74,1 %) et l’Espagne (59,9 %).

 

Ce déficit de collaboration intergénérationnelle est d’autant plus frappant que la France dispose d’un cadre fiscal favorable à la transmission intrafamiliale, notamment via le pacte Dutreil. Pourtant, ce levier semble sous-exploité.

 

Parallèlement, plus de 8 entreprises françaises sur 10 (81,5 %) ne sont pas des structures familiales, une proportion comparable à celle observée en Irlande (82,1 %), au Royaume-Uni (71,3 %), en Espagne

(73,0 %), en Italie (66,7 %) et en Allemagne (61,0 %).

 

La France, seul pays où les femmes sont majoritaires à la tête des entreprises

 

Fait notable : la France est le seul pays de l’étude où les femmes dirigent la majorité des entreprises interrogées (56,4 %). Dans les autres marchés, les hommes restent largement majoritaires : 75,9 % en Irlande, 64,3 % en Italie, et 56,4 % en Allemagne.

 

Des perspectives de reprise incertaines

 

Interrogés sur la possibilité de voir la prochaine génération reprendre l’entreprise, seuls 27 % des dirigeants français évoquent un scénario probable ou envisageable. À l’inverse, 57 % jugent cette hypothèse peu probable ou exclue.

 

À l’échelle européenne, la situation apparaît plus équilibrée : près de la moitié des dirigeants britanniques (46 %), italiens (46 %) et allemands (46 %) se projettent déjà dans une reprise ou envisagent cette option.

 

Ce que la France risque de perdre

 

Les dirigeants identifient clairement les conséquences d’une transmission manquée. En France, ils citent en premier lieu la perte de savoir-faire pratique (41,3 %, contre 67,2 % en Espagne), de compétences techniques ou manuelles (39,3 %, contre 58,1 % en Italie), et l’érosion des relations clients et de la connaissance du marché local (30,7 %, contre 53,2 % en Allemagne).

 

S’y ajoutent la disparition des valeurs d’entreprise et de l’éthique professionnelle (19,3 %, contre

49,5 % en Italie) et un affaiblissement de l’écosystème entrepreneurial local (12,7 %, contre 19,5 % en Allemagne).

 

Une majorité de dirigeants sans plan de succession

 

Dans un contexte de vieillissement démographique — en 2023, 25 % des dirigeants de PME et ETI familiales avaient plus de 60 ans, selon Bpifrance et le FBN — on pourrait s’attendre à une anticipation accrue. La réalité est plus contrastée.

 

En France, 52,7 % des dirigeants n’ont pas encore pris de décision sur l’avenir de leur entreprise, une proportion comparable à celle observée au Royaume-Uni (57,6 %) et en Espagne (54,7 %). Parmi ceux qui ont tranché : 20 % envisagent une transmission à la génération suivante, 12,7 % une cession ou une vente, et 14,7 % une fermeture — le taux le plus élevé parmi les pays étudiés.

 

Des freins persistants à la transmission

 

Plusieurs obstacles expliquent ces hésitations. En tête, les contraintes financières et juridiques (fiscalité, frais de succession, complexité réglementaire), citées par 36,3 % des dirigeants français et près de

40 % de leurs homologues allemands et espagnols.

 

Vient ensuite l’absence de successeur prêt ou capable de reprendre l’activité (27,3 % en France,

35,6 % au Royaume-Uni, 40 % en Irlande). En outre, 34,3 % des dirigeants français déclarent ne pas avoir de proches à qui transmettre, une proportion plus faible en Italie (18 %) mais comparable en Espagne (23,6 %) et en Allemagne (21,2 %).

 

À ces éléments s’ajoutent des relations familiales complexes ou conflictuelles, citées notamment en Espagne (15,4 %) et au Royaume-Uni (11,5 %), contre 10 % en France.

 

Un environnement économique perçu comme contraignant

 

Au-delà des freins internes, les dirigeants pointent un environnement extérieur difficile. La bureaucratie et la pression réglementaire arrivent en tête (près de 50 % en France, 58,3 % en Italie, 66,4 % en Espagne), suivies de l’incertitude économique (36,1 % en France, 40,1 % en Allemagne, 48 % en Italie) et de l’inflation et la hausse des coûts (39,1 % en France, 55,6 % en Allemagne, 45,4 % au Royaume-Uni).

 

L’évolution rapide des attentes clients (20,3 % en France, 38,

4 % en Allemagne) et l’accélération des mutations technologiques (8,3 % en France, 14,4 % au Royaume-Uni, 12,5 % en Italie) complètent le tableau.

 

Enfin, la difficulté à identifier des repreneurs compétents est mentionnée par 34,6 % des dirigeants français, et près de 46 % des dirigeants allemands et italiens, parmi les principaux défis liés à la transmission d’une entreprise aujourd’hui.

 

La transmission, aussi un levier de modernisation

 

Malgré ces difficultés, la transition générationnelle est également perçue comme une opportunité de transformation. Les dirigeants y voient un levier pour moderniser leur activité, notamment en matière de relation client (31,1 % en France, 65,6 % en Italie), management et leadership (20,7 % en France,

46,4 % en Allemagne), gestion financière (23,0 % en France, 40,2 % en Espagne), offre de produits et services (25,9 % en France, 37,4 % en Italie), marketing et communication (25,2 % en France, 46,5 % en Italie), maîtrise des outils numériques (26,7 % en France, 43,4 % en Italie). Là encore, la France affiche systématiquement les scores les plus bas, signe d’une moindre perception du potentiel transformateur de la transmission.

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