Dans le cadre de sa présidence du G7, la France organise un événement consacré aux émissions de méthane, cherchant à affirmer son rôle de leader sur la scène internationale.
Les émissions de
méthane, puissant gaz à effet de serre, représentent un levier crucial pour
limiter le réchauffement climatique. Or, la position de la France reste
ambivalente : si elle porte le sujet à l'international, elle peine à imposer
une régulation contraignante pour les entreprises au niveau domestique. Dans ce
contexte, la crédibilité de la France reposera sur sa capacité à aligner ses
ambitions internationales avec des actions concrètes sur son territoire, dans
le respect du cadre réglementaire européen. Enfin, cet événement ne doit en
aucun cas servir de tribune à l’industrie fossile, qui promeut l’idée trompeuse
d’un « gaz propre » et contribue ainsi à retarder une sortie juste et ordonnée
des énergies fossiles.
Réduire les émissions
de méthane : une action urgente, faisable et rentable
La diminution drastique
des émissions de méthane constitue une urgence climatique et sanitaire de court
terme. Ce gaz est responsable d’un tiers de l’augmentation des températures
mondiales et il contribue à la formation d’ozone, un polluant responsable de
500 000 décès prématurés par an dans le monde. Ce sont les émissions
volontaires (torchage et relargage du gaz) qui ont le plus d’effets sur la
santé. Par ailleurs, le torchage du gaz a spécifiquement des impacts
catastrophiques pour les populations riveraines.
Or, une forte réduction
des émissions de méthane (torchage, relargage, fuites) dans le secteur
énergétique est non seulement faisable, mais aussi rentable. Selon l’Agence
Internationale de l’Énergie (AIE), 70 % des émissions de méthane issues de ce
secteur peuvent être supprimées facilement et à très faible coût. En 2024, 30 %
de ces émissions auraient même pu être évitées avec un retour sur
investissement positif de 25 %. Alors que les grandes entreprises pétrolières
et gazières engrangent des milliards de bénéfices avec la crise énergétique en
cours (30 millions de dollars de profit par heure selon une analyse de Global
Witness), les moyens financiers pour corriger ces émissions sont disponibles et
c’est aux pollueurs de les débourser.
Au cours de la dernière
décennie, les émissions de méthane liées à la production de pétrole et de gaz
ont suscité de vives inquiétudes à l’échelle mondiale. En réponse, les
initiatives volontaires prétendant s’attaquer à ce problème se sont
multipliées. Mais ces initiatives échouent à réduire les émissions de méthane.
Selon les données du Global Methane Tracker de l’Agence internationale de
l’énergie, les émissions ont augmenté de 4,5 % depuis la signature du Global
Methane Pledge en 2021, évoluant globalement au même rythme que la production.
Entre défense du cadre
européen et urgences nationales : la France face à ses responsabilités
Dans ce contexte, il
faut d’urgence protéger la législation européenne en place. Le règlement
européen sur le méthane fait l’objet d’attaques frontales de la part des
Etats-Unis, des lobbies de l’industrie fossile, et de plusieurs États-membres,
menaçant son intégrité. Face à ces pressions, la France doit réaffirmer son
soutien au texte européen et le défendre activement contre toute tentative
d’affaiblissement sous couvert de « simplification » ou de « sécurité
énergétique ».
En plus de cela, la
France n’est pas irréprochable au niveau domestique. Lors d’une mission
d’enquête-observation dans le sud de la France, achevée le 30 avril 2026, les
Amis de la Terre France et la CATF ont constaté de nombreuses fuites sur le
réseau gazier français. Les résultats détaillés de cette enquête de terrain
seront publiés le 27 mai prochain, mais ces observations confirment déjà
l’ampleur du problème et l'importance de continuer les détections des fuites,
et de les réparer.
Enfin, la France n’a
pas appliqué toutes les dispositions du règlement européen sur le méthane : le
régime de sanctions, dont la date butoir était le 5 août 2025, n’a pas été
adopté, et plusieurs rapports de transparence sur les émissions des entreprises
gazières n’ont pas été publiés par la DGEC, l’autorité administrative désignée.
Réduire les émissions
de méthane ne doit pas servir de diversion pour éviter la sortie des fossiles
Si la réduction au
maximum des émissions de méthane est essentielle, elle ne peut pas masquer
l'enjeu principal à savoir la sortie juste et ordonnée des énergies fossiles.
La combustion de ces énergies représente la part la plus importante des
émissions de gaz à effet de serre mondiales et européennes.
Or, la France accuse un
retard préoccupant sur ce sujet dans sa politique énergétique :
• Adoptée avec un
retard de deux ans et demi, la dernière Programmation Pluriannuelle de
l'Énergie fixe des objectifs ambitieux, tels que la réduction de la part des
énergies fossiles de 60 % à 40 % d’ici 2030 et le maintien de l’objectif de 700
000 rénovations par an. Toutefois, ces ambitions ne sont pas soutenues par les
moyens budgétaires nécessaires, l’enveloppe dédiée à la rénovation étant
régulièrement revue à la baisse. Aucune mesure de sobriété énergétique n’est
réellement prévue, l’efficacité énergétique est diminuée et le déploiement des
énergies renouvelables (EnR) ralenti.
• Annoncé en avril, le
“Plan d'électrification” puise dans l’enveloppe des aides aux économies
d’énergie, sans garantie que les moyens soient suffisants pour atteindre les
objectifs.
Les Amis de la Terre
France et le Réseau Action Climat demandent instamment au gouvernement français
:
1. La mise en œuvre
complète et immédiate du règlement européen sur le méthane, incluant la
publication obligatoire des rapports sur les émissions.
2. La prise de position
ferme de la France pour défendre le règlement européen contre les tentatives de
dilution, tant au sein de l’UE qu’au G7.
3. L’adoption d’une politique énergétique ambitieuse donnant les moyens à la sobriété, à l’efficacité énergétique (notamment via la rénovation) et au développement massif des énergies renouvelables, pour sortir définitivement de la dépendance aux fossiles.


