Le
point de vue de Julien Bodin, Cogérant de MVN, Expert en ventilation des
bâtiments collectifs.
Si la ventilation a longtemps été considérée comme un équipement secondaire, parfois réduite à une obligation réglementaire minimale, elle devient un sujet structurant de la rénovation énergétique et du confort d’usage. D’ici à 2030, cinq mutations profondes vont venir consolider
ce constat.
1. La rénovation,
véritable terrain stratégique de la ventilation
La France a besoin de
242 000 logements supplémentaires par an. Pour répondre à ces besoins de
logements, nous devons trouver un équilibre entre rénovation et construction.
Si 379 222 logements ont été autorisés en 2025, ils ne seront pas livrés avant
plusieurs mois, voire années.
La rénovation prend
alors tout son sens, pour des raisons pratiques, mais aussi écologiques. Ces
bâtiments à rénover auront besoin d’être adaptés aux nouveaux usages, qui
n’avaient pas été intégrés lors de leur construction : télétravail, étanchéité
renforcée, exigences accrues de performance énergétique…
La France compte
environ 69% de son parc de logements construit avant 1988 selon le CEREMA. La
rénovation s’impose alors comme le cœur du marché et n’est plus uniquement une
alternative. Dans ce cadre, la ventilation devient un système qui doit être
adapté à des bâtiments existants, contraints et parfois hétérogènes, comme
l’est par exemple la ventilation mécanique basse pression. Son dimensionnement,
sa mise en service et sa maintenance deviennent déterminants.
Même si contrairement
au neuf, soumis à la RE2020, la rénovation n’a qu’une obligation de moyen
concernant la ventilation, sans obligation de résultat. Mais la logique évolue
progressivement vers davantage d’exigence sur la performance réelle.
2. L’Union Européenne
impose (enfin) des exigences de résultats
La directive européenne
2024/1275, qui vise à améliorer la performance énergétique des bâtiments est
entrée en vigueur en 2025 et doit être transposée en droit français en 2026.
Cette règlementation change la logique jusqu’alors appliquée.
Elle consacre notamment
l’obligation pour les Etats Membres d’élaborer un plan de rénovation des parcs
immobiliers nationaux, soutenu financièrement et juridiquement, avec des
exigences minimales de performance énergétique et elle renforce les exigences de
contrôle et de performance des systèmes techniques des bâtiments, notamment les
systèmes de ventilation.
Derrière ce langage
bureaucratique et administratif, se cache une réalité bien concrète : la
ventilation entre dans une logique de contrôle et d’efficacité mesurable. Les
installations mal dimensionnées, mal réglées ou mal entretenues seront mieux
identifiées et contrôlées.
Une mutation majeure
pour les professionnels du secteur et pour le confort des occupants.
3. La qualité de l’air
intérieur devient un sujet culturel durable
Depuis la crise
sanitaire, la qualité de l’air intérieur est un sujet central de préoccupation
des occupants, des syndicats de copropriété et des exploitants dans les
logements collectifs.
Les occupants en
particulier ont saisi les enjeux de la ventilation et de la qualité de l’air
intérieur (QAI) : plus de confort, plus d’efficacité énergétique et une
meilleure santé (face à la fatigue chronique, aux maux de tête, aux irritations
des yeux, du nez ou de la peau ou encore aux pathologies respiratoires telles
l’asthme).
Si les Français
prennent conscience progressivement de l’importance de l’aération et de
l’installation de systèmes de ventilation, on note que certains comportements
concernant la qualité de l’air intérieur sont culturels.
Par exemple, le «
lüften » ou « aération régulière » est une pratique durablement ancrée dans le
quotidien des Allemands, de jour comme de nuit, en été comme en hiver.
A l’inverse, aux
États-Unis, il aura fallu une tendance sur les réseaux sociaux pour faire
émerger la notion de ventilation domestique, avec le « house burping » (« faire
roter sa maison »).
La ventilation n’est
plus invisible, elle devient un élément de confort perçu et ressenti.
4. Le DPE collectif
comme révélateur des failles des bâtiments mal ventilés
Encore une fois, la
réglementation va constituer un autre levier important pour ancrer les bonnes
pratiques de ventilation dans les habitudes des occupants et des exploitants.
Le nouveau DPE (Diagnostic de Performance Energétique) collectif en est l’illustration.
À l’échelle des
logements, l’obligation de DPE a permis de faire de l’efficacité énergétique
une priorité des syndicats de copropriété, des exploitants et des
propriétaires. Depuis le 1er janvier 2026, cette obligation s’est étendue aux
immeubles dans leur entièreté. La performance énergétique n’est plus évaluée
logement par logement, mais à l’échelle du bâtiment.
Or une ventilation mal
conçue peut dégrader la performance énergétique globale. À l’inverse, un
système bien dimensionné et correctement mis en service contribue à la
stabilité thermique et à la qualité d’air.
La ventilation devient
un levier discret, mais stratégique du DPE collectif. Les copropriétés vont
devoir intégrer cette dimension.
5. Vers un ventiliste à
triple casquette : installateur, réparateur & mainteneur
Bien que la profession
de ventiliste se structure, que les installateurs se spécialisent et que des
initiatives émergent pour valoriser la filière, notamment la création récente
de l’Association Française de la Ventilation, le secteur manque de professionnels
formés.
Dans de nombreux cas,
installation, mise en service et maintenance sont encore cloisonnées. Demain,
la compétence devra couvrir l’ensemble du cycle de vie du système.
Là où trois personnes,
trois sociétés, voire trois corps de métier différents opéraient, dans quelques
années, la ventilation deviendra un métier à part entière, exigeant et
structuré.
En attendant
l’émergence de formations initiales dédiées, la montée en compétence passe par
la formation continue et le terrain. La ventilation des logements collectifs
entre dans une phase de maturité.
Réglementation, rénovation massive du parc, attentes sociétales, évolution des métiers : tous les signaux convergent. La question n’est plus de savoir si la ventilation doit être installée, mais de savoir si elle sera correctement dimensionnée, mise en service et maintenue, étant donné qu’elle doit fonctionner de façon permanente et avec une qualité constante. C’est à ces conditions qu’elle contribuera réellement à la performance énergétique, au confort et à la santé des occupants.


