À
partir des données des greffes des tribunaux de commerce et des tribunaux
d’activités économiques, Infogreffe analyse les évolutions de l’entrepreneuriat au premier trimestre 2026.
En ce début d’année, la dynamique entrepreneuriale reste soutenue en
apparence, portée par la progression des immatriculations. Plusieurs
indicateurs témoignent toutefois de tensions persistantes, avec une hausse des
radiations, des inscriptions de privilèges et un niveau toujours élevé de
difficultés d’entreprises.
Des radiations toujours élevées, portées notamment par les radiations
d’office
Au premier trimestre 2026, 166 634 entreprises ont été radiées, soit une
hausse de +3,4 % sur un an.
Malgré un ralentissement par rapport à la fin de l’année 2025, le niveau de radiations reste soutenu à l’échelle nationale. Les régions les plus actives en création d’entreprises concentrent également un volume important de radiations, révélant une dynamique de renouvellement particulièrement soutenue, marquée par un niveau élevé de sorties d’entreprises.
L’Île-de-France demeure en tête avec 49 347 radiations, en léger repli (-2,2 % sur un an), devant l’Auvergne-Rhône-Alpes (23 842 ; +15,5 %) et la Provence-Alpes-Côte d’Azur (18 982 ; +14,6 %).
À noter les très fortes hausses observées à Mayotte (+255 %) et en Guyane (+122,3 %), tandis que la Bourgogne-Franche-Comté et les territoires d’outre-mer enregistrent des baisses marquées (-17,2 %
et -50,8 %).
Sur cette période, les radiations consécutives à une procédure collective demeurent à un niveau significatif (+18,1 %, soit 37 480 radiations), tandis que les radiations d’offices (21 916) et volontaires
(74
809), malgré un petit recul, participent également au renouvellement naturel du
tissu économique (respectivement -5,9 % et -5,7 %).
Sur le plan sectoriel, les radiations concernent principalement le
commerce et la réparation d’automobiles et de motocycles (38 423 radiations ;
+4,9 %), les transports et l’entreposage (30 428 radiations, malgré un recul de
22,5 %) ainsi que les activités immobilières (16 907 radiations ; +3,1 %). En
dynamique, les plus fortes hausses sont observées dans les secteurs de
l’information et de la communication (+34 %) et des activités spécialisées,
scientifiques et techniques (+29,4 %).
Toutes les formes juridiques sont concernées, en particulier les
entreprises individuelles (87 039 radiations, mais en recul de -4,8 %) et les
SAS (+34,8 % avec 34 386 radiations, en cohérence avec leur poids dans les
immatriculations.
Des entreprises en difficulté toujours nombreuses
Au cours du premier trimestre 2026, 17 679 entreprises ont été
identifiées en difficulté, un chiffre en hausse de +5,5 % par rapport à 2025.
Parallèlement, 36 853 injonctions de payer ont été enregistrées, soit un recul
de -14,0 %.
Dans le même temps, les ouvertures de procédures collectives restent à
un niveau élevé (17 679) avec une hausse importante des redressements
judiciaires avec +27,6 %, confirmant la fragilité d’une partie du tissu
entrepreneurial. Ce sont les SAS les premières concernées avec 8 290 ouvertures
(+8,2 %).
Sur le plan sectoriel, les difficultés concernent particulièrement la
construction (3 693 procédures collectives ; +1,3 %), le commerce, réparation
d’automobiles et de motocycles (3 644 procédures ; +4,2%), et
l’hébergement/restauration (2 649 procédures ; + 3,7 %).
Au niveau régional, les procédures collectives sont portées par les
régions précédemment citées ; l’Ile-de-France avec 25% du volume global (4 424
procédures), l’Auvergne-Rhône-Alpes (2 297) et la Provence-Alpes-Côte d’Azur (1
765).
Une dynamique de création toujours présente
Entre le 1er janvier et le 31 mars 2026, 177 707 entreprises ont été
immatriculées, soit une hausse de +10,0 % par rapport à la même période en
2025.
Cette progression confirme le maintien d’un niveau élevé de créations
sur l’ensemble du territoire. L’Île-de-France (54 071 immatriculations) reste
le principal moteur, devant les régions Auvergne-Rhône-Alpes (21 526
immatriculations) et Provence-Alpes-Côte d’Azur (17 808 immatriculations).
Les plus fortes hausses sont observées en outre-mer, avec +18,2 % en
Guyane (794 immatriculations), +38,4 % en Guadeloupe (1 903 immatriculations)
et une progression particulièrement marquée à Mayotte (+53,6 %, 490
immatriculations).
Sur le plan sectoriel, les créations restent majoritairement tirées par
le secteur du commerce, réparation d’automobiles et de motocycles (33 796
immatriculations), les activités immobilières (26 350 immatriculations) et les
activités spécialisées, scientifiques et techniques (22 492 immatriculations).
À l’inverse, les activités financières et d’assurance ou
l’hébergement-restauration reculent avec respectivement une baisse de -5,6 % et
-13,6 % des immatriculations.
Le secteur de l’information et de la communication enregistre la plus
forte progression, avec une hausse de +28,9 % par rapport à la même période
l’an dernier.
Du point de vue des formes juridiques, les sociétés par actions
simplifiées (SAS) (+10,3 %, soit 60 330 immatriculations) et les entreprises
individuelles (+10,4 %, soit 66 147 immatriculations) continuent de dominer les
créations, confirmant leur attractivité pour les entrepreneurs. Des tensions
financières en nette progression
Plusieurs indicateurs avancés témoignent d’une montée des tensions
financières :
● 1 881 inscriptions de privilèges du Trésor, en hausse de +32,9 %, avec
un montant moyen en baisse (-13,7 %) ;
● 3 682 inscriptions de privilèges de la Sécurité sociale, en
progression de +28,5 %, avec un montant moyen également en recul (-24,2 %).
La hausse du nombre d’inscriptions, combinée à la baisse des montants
moyens, suggère une diffusion plus large des difficultés, touchant davantage
d’entreprises mais sur des montants unitaires plus faibles.
Ces indicateurs constituent des signaux avancés susceptibles de se
traduire par une hausse des défaillances dans les mois à venir.
La conformité en forte progression
Les démarches liées à la transparence et à la conformité poursuivent
leur progression :
● 234 880 déclarations de bénéficiaires effectifs (+11,0 %) ;
● 24 567 signalements de divergence de bénéficiaires effectifs (+139,4
%)
● 361 415 dépôts de comptes annuels (+12,5 %).
Cette dynamique concerne l’ensemble des régions et des formes
juridiques, avec une mobilisation particulièrement forte des sociétés
commerciales.
Elle traduit à la fois le renforcement des exigences réglementaires et
une meilleure appropriation par les entreprises des enjeux de transparence et
de conformité.
Un tissu entrepreneurial en croissance, mais sous tension
Avec 7,38 millions d’entreprises actives au registre du commerce et des
sociétés, le tissu entrepreneurial français continue de s’élargir.
Toutefois, la combinaison d’une hausse des créations, d’un niveau
toujours élevé de radiations et de la progression des indicateurs de tension
financière met en évidence un équilibre encore fragile.
Ce premier trimestre 2026 confirme ainsi une dynamique entrepreneuriale robuste en apparence, car si le niveau de créations demeure élevé, il ne compense que de peu les sorties d’entreprises du tissu économique.


