Une étude qualitative menée par Lombard Odier et HEC Paris Junior Conseil.
En France, les entreprises familiales représentent près de 65% du PIB et environ 70% des emplois. Profondément enracinées dans leurs régions, elles créent de l’emploi, transmettent des savoir-faire et participent activement à la vitalité des économies locales. Pourtant, seules 14 à 20% d’entre elles sont effectivement transmises au sein de la famille, contre plus de 50% en Allemagne et 60% en Italie.
Ce décrochage illustre toute la complexité d’une transition qui va bien
au-delà du seul enjeu financier.
C’est pour mieux
comprendre les dynamiques à l’oeuvre derrière ces transmissions, réussies ou
incertaines, que Lombard Odier France a mené l’étude « Entreprises familiales :
l’enjeu de la pérennité » en collaboration avec les étudiants d’HEC Paris.
Cette enquête qualitative, conduite entre juin et septembre 2025, s’appuie sur
85 entretiens approfondis auprès de dirigeants et membres d’entreprises
familiales françaises issues de secteurs et de régions variés.
Selon Edouard de Saint
Pierre, Directeur Générale de Lombard Odier France : «
Au travers des témoignages recueillis se dessine une réalité : la
transmission intrafamiliale est empreinte de paradoxes. Les entrepreneurs ont
confiance dans la relève, mais celle-ci souhaite poursuivre une autre voie ; la
gestion d’entreprise exemplaire contraste avec une préparation successorale
incomplète et peu ou pas formalisée. Notre ambition est d’accompagner ces
familles pour préparer une transmission réfléchie et durable, capable de
traverser les générations. »
Un pilier de l’économie
française face à un défi générationnel
Avec le vieillissement
démographique, un dirigeant de PME ou d’'ETI familiale sur quatre avait déjà
plus de 60 ans en 2023. Plus d'une entreprise sur deux se trouvera en situation
de transmission dans la décennie à venir. La question n’est plus théorique :
elle s’invite dans chaque conseil de famille et dans chaque comité stratégique.
L’étude révèle un
attachement profond des dirigeants à la continuité familiale
La grande majorité exprime la volonté de transmettre l’entreprise à la génération suivante et
82%
se disent confiants dans la capacité de celle-ci à maintenir et développer le
projet entrepreneurial.
Pourtant, moins d’un
répondant sur deux croit actuellement à une reprise certaine de la prochaine
génération. L’intention se heurte à une évolution profonde des aspirations :
l’envie de suivre une autre trajectoire professionnelle est, de loin, la première
raison évoquée (68%) pour expliquer l’absence de reprise familiale. Les
conflits internes ou les divergences stratégiques ne représentent qu’une part
marginale du problème.
La transmission ne
s’impose plus comme une évidence, mais comme un choix qui se construit dans le
dialogue entre générations. Ce constat souligne la nécessité d’ouvrir des
espaces de discussion clairs et bienveillants, pour que la succession soit un
choix partagé plutôt qu’une obligation héritée.
Des entreprises
structurées sur le plan patrimonial, mais une succession encore peu formalisée
Les entreprises
familiales interrogées se distinguent par une organisation solide sur les plans
fiscal, juridique et patrimonial. 83% des dirigeants ont déjà structuré la
séparation entre patrimoine professionnel et privé et 76% d’entre eux ont déjà
mis en place des dispositifs juridiques pour protéger l’entreprise (pactes
Dutreil, démembrements, montages de transmission).
Pour autant, cette
maturité opérationnelle contraste avec la préparation successorale, où seuls
39% des familles disposent d’un plan complet et 35 % n’ont encore rien
formalisé.
Cette situation
illustre un paradoxe : les entreprises familiales excellent dans la gestion
opérationnelle et patrimoniale, mais abordent plus tardivement les dimensions
humaines et relationnelles de la transmission.
Gouvernance familiale :
transformer l’intention en action
L’étude souligne
également l’importance de la gouvernance familiale pour assurer la pérennité du
projet entrepreneurial. Si 81% des dirigeants reconnaissent l’intérêt d’un
cadre structuré, moins d’une famille sur deux dispose aujourd’hui d’une
gouvernance clairement formalisée.
Au-delà des dimensions
juridiques et patrimoniales, l’étude met en évidence la dimension profondément
humaine de la transmission. Confiance, dialogue intergénérationnel et partage
de valeurs apparaissent comme les ressorts essentiels de la réussite d’une
succession. Charte familiale, conseil de famille, ou dispositifs d’intégration
progressive des nouvelles générations peuvent constituer des outils clés pour
renforcer la cohésion et préparer la continuité.
Pour Lombard Odier,
maison d’investissement familiale transmise à la 7e génération, accompagner les
entrepreneurs dans la transmission de leur entreprise consiste autant à
structurer les dispositifs patrimoniaux qu’à favoriser les conditions d’un
dialogue familial durable.
Xavier Bonna, Associé-gérant du Groupe Lombard Odier, conclut : « Accompagner les entrepreneurs, c’est comprendre leur histoire et leur vision. La transmission d’une entreprise familiale ne se résume pas à un enjeu financier : elle touche à l’identité, aux valeurs et à l’avenir d’une famille. Notre rôle est d’aider ces familles à transformer leur volonté de transmettre en une continuité solide pour les générations futures. »


