L’AFDCC
publie les résultats de son enquête sur les comportements de paiement des
entreprises.
Cette étude met en lumière un basculement durable des comportements de
paiement, où la gestion du cash s’impose comme une priorité stratégique. Le
panel 2025, stable et majoritairement composé d’entreprises de taille
intermédiaire et de grands groupes, garantit la robustesse et la comparabilité
des tendances observées.
Le retard de paiement s’installe comme un outil de gestion du cash
Le principal enseignement est clair : le retard de paiement n’est plus
un dysfonctionnement ponctuel, mais un comportement installé.
En 2025, 75% des entreprises constatent une augmentation des retards de
paiement, contre 61% un an plus tôt. Cette progression s’accompagne d’une
dégradation qualitative, avec 35% des entreprises confrontées à des retards
supérieurs à 15 jours.
Dans le même temps, le DSO reste sous tension : 45% des entreprises
constatent son augmentation, contre 20 % une diminution. Dans un environnement
marqué par la pression sur les marges et un accès au financement plus sélectif,
les entreprises arbitrent en faveur de leur trésorerie. Le paiement devient
ainsi une variable d’ajustement du cash, au même titre que les coûts ou les
investissements.
Une chaîne de valeur fragilisée, sous tension croissante
Cette évolution alimente une tension sur l’ensemble de la chaîne
économique. Les signaux d’alerte se multiplient : 57 % des entreprises
constatent une hausse des demandes d’échéanciers, tandis que 31 % observent une
augmentation des procédures amiables.
Dans ce contexte, 59 % des credit managers anticipent une hausse des
défaillances en 2026. Les professionnels expriment une perception prudente de
la conjoncture, marquée par une hausse du risque client et une complexification
des arbitrages. Ce glissement traduit le passage d’une logique de développement
à une logique de sécurisation.
Un cadre réglementaire qui peine à produire ses effets
Malgré un encadrement renforcé, les pénalités de retard restent
largement inappliquées. Ce choix reflète un arbitrage économique : les
entreprises privilégient la relation commerciale et la sécurisation du chiffre
d’affaires.
En pratique, même lorsqu’elles sont demandées, ces pénalités sont quasi
jamais encaissées, limitant leur portée dissuasive et interrogeant l’efficacité
du cadre actuel.
Le secteur public s’améliore, mais reste contrasté : la situation des
hôpitaux publics reste quant à elle très préoccupante
Après une dégradation en 2024, les délais de paiement du secteur public
montrent des signes d’amélioration. 31 % des entreprises constatent encore une
augmentation des délais, contre 48 % un an plus tôt, tandis que 66 % observent
une stabilité. Si des efforts sont engagés, des disparités persistent,
notamment au niveau des collectivités locales et du secteur hospitalier.
Le credit management, nouveau centre de gravité des décisions
financières
Dans ce contexte, la fonction de credit manager s’impose comme un acteur
stratégique du pilotage financier.
Elle se positionne au cœur des enjeux de cash et de risque, avec une
évolution vers le cash management (67 %) et l’Order-to-Cash (55 %). Les
priorités pour 2026 confirment cette transformation : recouvrement et
prévention du risque deviennent centraux.
Dématérialisation et IA : une transformation accélérée mais encore
incomplète
La transition vers la facturation électronique s’accélère : 67 % des
entreprises ont choisi leur plateforme, et 73 % ont mis en place un groupe de
travail dédié.
L’intelligence artificielle progresse (scoring, recouvrement, analyse), mais reste encore peu intégrée :
50 % des entreprises ne l’utilisent pas
encore.
Vers un changement de paradigme européen
Les réflexions européennes pourraient marquer un tournant, avec une
harmonisation des pratiques et un renforcement des contrôles. Si ces évolutions
sont jugées nécessaires, elles soulèvent des interrogations quant à leur
adaptation aux réalités opérationnelles.
“Les résultats de cette enquête confirment un basculement profond : le paiement devient un levier stratégique de gestion du cash. Il ne s’agit plus d’un simple processus administratif, mais d’une décision économique à part entière. Dans un contexte incertain, les entreprises arbitrent en permanence entre performance financière, gestion du risque et relation client. La fonction de credit manager s’impose désormais comme un acteur clé de ces équilibres, au cœur des décisions financières”, conclut Sébastien Cordier, président de l’AFDCC.


