À l’occasion de la
Journée internationale du zéro déchet, un angle mort persiste dans le recyclage
textile : celui des petits articles du quotidien, comme les collants, encore
massivement exclus des filières de valorisation. Composés de fibres synthétiques
complexes, principalement du polyamide mélangé à de l’élasthanne, ils échappent
aux procédés de recyclage mécanique et finissent, en grande majorité :
incinérés ou enfouis.
Pour Laurent Trognon,
Président et Fondateur de REC, deeptech française spécialisée dans le recyclage
du polyamide en boucle circulaire, l’enjeu est désormais clair : « En 2030, il ne
devrait plus y avoir de collants dans nos poubelles. Ce n’est pas un objectif
théorique : c’est un objectif de bon sens. Le polyamide contenu dans ces
produits peut aujourd’hui être recyclé à un niveau de qualité suffisant pour
être réinjecté non seulement dans le textile, mais aussi dans des secteurs
exigeants comme l’automobile. On parle donc d’une véritable matière première
secondaire, pas d’un sous-produit. »
Il insiste notamment
sur un point souvent sous-estimé : la nature même de ces déchets.
« Le polyamide est un
matériau technique utilisé bien au-delà de la mode : pièces automobiles,
composants industriels, équipements techniques… Aujourd’hui, ces industries
dépendent encore très largement de ressources vierges issues de la pétrochimie.
Développer une source recyclée, locale et stable, à partir de déchets textiles,
permet de sécuriser les approvisionnements tout en réduisant l’empreinte
carbone. »
Mais pour structurer
cette nouvelle ressource, un défi majeur reste à relever : celui de la
collecte.
« Les collants sont un
exemple typique de déchets complexes : des produits multi-matières, difficiles
à trier et à recycler mécaniquement. Pourtant, ils contiennent un polymère à
forte valeur ajoutée. Le problème, c’est qu’ils ne sont aujourd’hui quasiment
pas captés : la majorité finit directement dans les ordures ménagères. »
« Le véritable enjeu,
ce n’est pas seulement de recycler, c’est de connecter des flux de déchets à
des besoins industriels. Quand on est capable de transformer un collant usagé
en matière première pour une pièce technique, on change complètement de logique
: on passe d’un déchet invisible à une ressource stratégique. »
Dans un contexte de
généralisation de la collecte des textiles en Europe et de recherche de
souveraineté sur les matières premières, l’émergence de filières dédiées aux
textiles complexes pourrait ainsi jouer un rôle clé dans l’atteinte des
objectifs zéro déchet à horizon 2030.


