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[Expertises] Pénuries de compétences et de main-d’œuvre : l’Europe se mobilise, la France décroche

Les Acteurs de la Compétence saluent l’adoption, le 9 mars 2026, par le Conseil de l’Union européenne d’une recommandation visant à renforcer le capital humain dans les États membres afin de lutter contre les pénuries de main-d’œuvre et de compétences. Pourquoi toutes les mesures prises par le gouvernement français ces derniers mois vont dans le sens inverse ?

 

Des pénuries de compétences qui menacent la compétitivité européenne

 

En Europe, 68 % des entreprises rencontrent des difficultés de recrutement liées aux compétences, et

77 % estiment que ces pénuries freinent leurs investissements. Les transformations technologiques accélèrent les besoins en nouvelles compétences et l’Europe pourrait avoir besoin de 6 à 7 millions de professionnels liés à l’intelligence artificielle d’ici 2027.

 

Ces besoins contrastent avec les lacunes actuelles : seuls 56 % des adultes disposent aujourd’hui de compétences numériques de base, alors que 90 % des emplois en nécessitent. La formation tout au long de la vie reste encore insuffisamment développée, avec moins de 40 % des adultes participant chaque année à une action de formation, loin de l’objectif européen de 60 % d’ici 2030.

 

Une stratégie européenne pour anticiper les compétences de demain

 

Dans sa recommandation, le Conseil européen :

•   Appelle les États membres à remédier aux pénuries de compétences dans les secteurs stratégiques pour la compétitivité et la résilience de l’UE ;

•   Encourage le développement de partenariats entre les organismes de formation, les entreprises et d’autres acteurs-clés tels que les services publics de l’emploi,

•   Invite les États membres à renforcer l’attractivité de l’enseignement et de la formation professionnels, et de l’apprentissage,

•   Recommande les États membres à renforcer les capacités, la pertinence et l’attractivité des formations universitaires et professionnelles en STIM (Science - Technologie - Ingénierie – Mathématiques) ;

•   Encourage les États membres à développer des méthodologies d’utilisation des mégadonnées et de l’IA afin de fournir des données sur les compétences plus pertinentes, et à les utiliser plus régulièrement dans des domaines tels que l’orientation professionnelle.

 

Le gouvernement français en sens inverse

 

Pourtant, plusieurs décisions politiques en France vont dans le sens inverse. Par des décisions budgétaires erratiques et sans aucune vision stratégique, le gouvernement français désinvestit dans l’éducation et la formation, et fait donc le choix pour la France d’affaiblir sa capacité d’innovation, sa compétitivité économique et, à terme, sa souveraineté. Toutes les dernières mesures prises ces derniers mois traduisent le désintérêt de l’État dans les compétences ! La formation professionnelle n’est abordée que comme une variable d’ajustement, et non comme un investissement pour demain.

•   Décisions inquiétantes pour freiner l’accès à l’apprentissage des jeunes.

•   Baisse drastique des financements pour la formation des demandeurs d’emploi dans les territoires (PIC, POEI, …).

•   Plafonnement des droits des actifs sur le CPF qui va freiner l’engagement des Français dans leur propre parcours professionnel, et limiter la formation professionnelle tout au long de la vie.

•   Diminution des financements mutualisés pour les entreprises de moins de 50 salariés.

 

Un décalage préoccupant

 

Les Acteurs de la Compétence rappellent que la France ne peut pas prétendre relever les défis industriels, technologiques et environnementaux de demain sans une politique ambitieuse et cohérente en matière de formation, d’éducation et de développement des compétences. Il est urgent que les pouvoirs publics français remettent une politique de la compétence au cœur de la stratégie économique et sociale du pays. Il est urgent que l’enjeu des compétences soit porté dans le débat politique. Ce recul de la France est inquiétant : les entreprises, les citoyens, et les territoires ont un besoin vital de compétences pour innover, produire, se transformer et rester compétitifs. Dans le même temps, la filière de la formation atteint un point de rupture. Sans un soutien clair et durable des pouvoirs publics, elle ne pourra pas assumer pleinement son rôle stratégique pour l’avenir du pays.

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