Après 2 ans et demi de retard, la Stratégie
Nationale pour l’Alimentation, la Nutrition et le Climat (SNANC) a enfin été
publiée le 11 février par le gouvernement de Stéphane Lecornu.
Après plusieurs reports
et annulations rocambolesques, sa sortie constitue un certain soulagement. En
effet, la Stratégie devrait permettre d’améliorer la cohérence des politiques
des différents ministères en matière d’alimentation. La SNANC n’en reste pas
moins une occasion manquée, en raison des multiples reculs entérinés par les
gouvernements d’Emmanuel Macron ces derniers mois. En cause, un triple
renoncement à restreindre la publicité et le marketing pour la malbouffe, à
s’emparer du sujet de l’alimentation ultra-transformée et à assumer un objectif
chiffré de réduction de la consommation de viande. Tout cela en contradiction
avec les connaissances scientifiques et les recommandations des agences
d’expertise publiques.
Le mercredi 11 février
2026, le feuilleton est arrivé à son terme : enfin, la SNANC est publiée pour
de bon. C’est une bonne nouvelle car cela devrait marquer la fin de la
paralysie de l’action publique en matière d’alimentation, d’autant plus que le
texte contient bien les enjeux à traiter et comprend plusieurs mesures
intéressantes.
Toutefois, la SNANC
ignore, voire contredit, une partie des recommandations émises par les
institutions scientifiques et les organes consultatifs. Les avis du Haut
Conseil de la santé publique et de la Conférence nationale de santé rappellent
en effet la nécessité de réduire résolument la consommation de viande ou de
restreindre strictement la publicité et le marketing ciblant les enfants pour
les produits nocifs pour la santé. En ne traduisant pas ces recommandations
dans sa stratégie, le gouvernement fait le choix de privilégier les intérêts de
certains lobbies agro-industriels au détriment de l’intérêt général et de la
santé des citoyens. Une posture préoccupante et regrettable.
Selon Benoit Granier,
responsable alimentation du Réseau Action Climat : « Cette stratégie a le
mérite d’afficher publiquement la nécessité de lutter contre la précarité
alimentaire et de garantir à toutes et tous un accès à une alimentation saine
et durable, conformément au droit à l’alimentation. Mais sans moyens humains et
financiers à la hauteur, ni une régulation plus forte du secteur
agroalimentaire, ces ambitions resteront des promesses non tenues ».
Au-delà de la SNANC, il
est indispensable que le gouvernement assure la cohérence des politiques
publiques :
les orientations de la SNANC doivent s’imposer à l’ensemble des politiques
et lois à venir. Cela implique l’abrogation de la loi Duplomb, et le
renoncement à toute nouvelle loi du même acabit en faveur de
l’industrialisation de l’élevage et d’une agriculture toujours plus intensive
en pesticides et engrais de synthèse. La proposition de loi Duplomb 2 et
certains éléments pressentis du projet de loi d’urgence agricole sont en
contradiction frontale avec les ambitions de la SNANC en matière de
préservation de l’environnement et de santé publique.
Il est également temps
que l’État français assume enfin l’impératif de la réduction de la consommation
de viande de façon rationnelle, en fixant des objectifs précis et des mesures
concrètes pour les atteindre. L’évolution vers le “moins, mais mieux”, c’est-à-dire
une consommation de viande limitée mais privilégiant la viande de qualité,
produite de manière durable en France, est indispensable pour préserver le
climat, la biodiversité et la santé publique. Elle doit s’accompagner de
mesures de soutien pour accompagner les éleveurs français dans cette
transition. Le “moins, mais mieux” de viande est aussi nécessaire pour
améliorer la balance commerciale et la souveraineté alimentaire nationale,
alors que 30% de la viande consommée en France est importée.
Le Réseau Action Climat
et ses nombreux partenaires resteront attentifs et mobilisés pour que les
ambitions affichées soient suivies d’actions et de résultats tangibles pour
l’alimentation des Français et des Françaises.
Pour rappel, les coûts environnementaux, sanitaires et socioéconomiques du système alimentaire de la France s’élèvent à 150 milliards d’euros chaque année – une hérésie quand on connaît la situation actuelle des dépenses publiques du pays.


