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[Tribune] Racheter des entreprises en difficultés doit toujours servir la stratégie de croissance

L’analyse de Cédric Gaillard, operating partner chez I&S Adviser

 

Si acquérir des entreprises en difficultés est tout à fait possible et pertinent dans le cadre d’une stratégie de build-up, ces projets doivent toujours servir le développement à moyen terme de l’entreprise. Le succès des opérations conclues dépend par ailleurs de la finesse de l’analyse des dossiers. Sur ces deux points, l’appui de partenaires opérationnels fait la différence.

 

La conjoncture économique actuelle, avec son lot de redressements judiciaires et de liquidations, fait s’interroger les dirigeants sur la pertinence d’inclure des entreprises en difficultés dans leurs plans de croissance externe. La question découle également du choix fait depuis quelques années par certains fonds d'investissement de se spécialiser dans le retournement d'entreprises et le build-up par rachats de sociétés en difficultés.

 

Les retours d’expérience d’acteurs qui ont déjà misé sur ce type d’opérations dans le cadre de leur stratégie de croissance, montrent que la décision peut aussi bien être gagnante que perdante. Le groupe ACI s'est construit ces dernières années sur de nombreuses acquisitions, dont des entreprises en difficultés, mais il traverse depuis la rentrée de septembre 2025 de graves revers financiers. A l'inverse, les projets Tupperware et Le Coq Sportif portés par le repreneur Cédric Meston du groupe Revive semblent connaître, au même moment, une belle trajectoire.

 

Alors, y aller ou ne pas y aller ?

 

Penser « création de valeur » à moyen terme

Quels que soient les exemples et contre-exemples, le plus important est de se mettre en condition de réussir sa stratégie de build-up. Pour cela, une stratégie d’acquisitions devra être élaborée et alignée sur le plan de développement. Que les entreprises rachetées soient ou non en difficultés, ce qui compte, c’est la valeur qu’elles permettront de créer à moyen terme.

 

Dans des secteurs à forte intensité capitalistique où lancer un projet de zéro est plus “challengeant” (par exemple, reprendre une usine de production mécanique) que dans des secteurs tertiaires où les actifs sont moins tangibles, regarder les opportunités d’acquisition parmi les entreprises en difficultés peut s’avérer pertinent. C’est aussi le cas quand le projet sert à avoir accès à certains clients clefs, ou à compléter ses équipes avec des collaborateurs très spécialisés.

 

Par ailleurs, reprendre une entreprise en difficulté, notamment à la barre du tribunal de commerce, peut présenter deux atouts : l’opération peut être finalisée plus rapidement qu'une reprise d'entreprise in bonis. De plus, il est possible de sélectionner certains actifs, contrats et personnels repris, pour un prix en général plus modique. Enfin si, du fait de la conjoncture, les dossiers sont plus nombreux, ils ne sont pas forcément plus risqués, chaque dossier étant un cas particulier à analyser précisément.

 

Une vigilance spécifique

Quand les cibles identifiées sont des entreprises en difficultés, le dirigeant restera vigilant à plusieurs points. Si ces cibles constituent des opportunités intéressantes, les risques associés ne sont pas à négliger, ni les efforts qu'il faudra pour les restructurer et les rendre rentables.

 

En premier lieu, il faut mener une due diligence rapide afin de comprendre l’origine des difficultés actuelles de la société (en général, les facteurs sont multiples et pas forcément triviaux), d’identifier les passifs visibles mais aussi cachés, et de déterminer les actions à mener pour redresser la trajectoire.

Ensuite, comme le financement de l'acquisition et du BFR se fait nécessairement sur fonds propres, il est important d’aller vite dans le déploiement du plan d'action de retournement.
C’est fondamental pour limiter la période de financement des pertes de la société reprise. Le temps, c'est - encore et toujours - de l'argent !

Enfin, il faut préparer l'intégration de la société rachetée avec le reste de l’entreprise acquéreur.

 

La clé est dans l’accompagnement

Réussir ce type de projet nécessite plusieurs expertises et savoir-faire. Le dirigeant gagnera à se faire accompagner non seulement par des avocats spécialisés mais également par des experts financiers et opérationnels capables d'analyser rapidement des dossiers et de comprendre les problématiques et risques propres aux sociétés en difficultés. Des partenaires opérationnels qui, par le passé, ont eu une expérience terrain du sujet, sont d’un appui précieux, ne serait-ce que pour bâtir la bonne stratégie de build-up par rapport à l’ambition globale et éviter le piège d’acquisitions uniquement opportunistes.

 

Par exemple, un dirigeant peut solliciter un operating partner qui a l'expérience de la reprise de sociétés en difficultés dès la réflexion stratégique dans le but de la valider au regard des opportunités présentes sur le marché. L’operating partner l’aidera ensuite dans l'analyse, rapide et précise, des dossiers de reprise, en coordonnant les experts juridiques et financiers et en apportant une vision opérationnelle indispensable. Enfin, il sera le garant du déploiement du plan de reprise et d'intégration de la société, en coordonnant les différentes équipes et insufflant le rythme indispensable à la réussite du projet, aux côtés du dirigeant.

 

En cette fin 2025 toutefois, peu d’entrepreneurs français ont perçu la valeur créée par le recours à des partenaires opérationnels pour mener des projets de build-up. Ceux qui les mobilisent ont davantage de cartes en main pour transformer le build-up d’entreprises en difficultés en levier de croissance – à l’image de Cédric Meston qui a partagé son retour d’expérience lors de l’Operating Partners Day 2025.

 

Faire des choix tactiques en pensant global

Quoi qu’il en soit, se lancer dans du build-up en ciblant des entreprises en difficultés est tout à fait possible et pertinent, sous réserve que les acquisitions soient réfléchies en fonction de la stratégie de croissance globale et ne soient pas la recherche de "faire un bon coup". Qui plus est, s’il est possible de ne cibler que des entreprises en difficultés, cela n’est sans doute pas une piste à privilégier sauf à se positionner en tant qu’acteur vraiment spécialisé de type "fonds de retournement". Pour un entrepreneur ou un industriel cherchant à croître et prendre des parts de marché ou se diversifier, la stratégie d'acquisitions de sociétés en difficultés doit se faire dans le cadre d’un build-up plus global englobant des sociétés saines et rentables.

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