Les commentaires de Sridhar
Ramaswamy, Chief Executive Officer de Snowflake.
“ La fin du « Far West
» des agents et le début de l’ère des workflows fixes
Alors que 2025 a été
marquée par l’enthousiasme autour de l’IA agentique, 2026 sera définie par le
contrôle et la fiabilité. Le marché évolue vers des « workflows fixes », dans
lesquels l’IA se voit attribuer un chemin strict et gouverné pour les opérations
critiques. Cela est essentiel car le monde réel implique différents types de
conséquences en cas d’erreurs. Par exemple, mon équipe m'a aidé à rédiger des
e-mails pour le World Economic Forum de Davos, et dans l'un d'eux, je me suis
trompé dans le nom d'une entreprise, ce qui est embarrassant mais peut être
corrigé et réversible. Mais si vous utilisez un agent pour un dépistage de
cancer par IRM, les conséquences d’une erreur sont d’une tout autre nature et
bien plus grave. Le critère de succès ne reposera plus sur le degré d’autonomie
ou la nouveauté de l’agent, mais sur la fiabilité de ses résultats dans des
environnements à forts enjeux, avec des validations humaines et des mécanismes
de sécurité intégrés.
La disparition du
rédacteur de requêtes et l’essor de l’architecte sémantique
Le rôle traditionnel de
l’analyste de données, qui passait des heures à écrire des requêtes SQL
répétitives est en train de devenir obsolète. D’ici 2026, la valeur du métier
des analystes reposera sur la définition de la sémantique des données,
autrement dit sur l’élaboration des définitions et du contexte nécessaires pour
permettre aux agents d’IA de servir l’ensemble de l’organisation de manière
continue. Je l’ai constaté de près chez TS Imagine, un gestionnaire d’actifs,
où le DSI nous a expliqué qu’au lieu de trois personnes travaillant sur des
horaires limités, il dispose désormais d’un système d’intelligence disponible
24h/24 et 7j/7. Ses analystes peuvent désormais se concentrer sur des analyses
à plus forte valeur ajoutée, plus ouvertes, qu’ils n’auraient pas eu le temps
de d’explorer auparavant. Cette transformation fait évoluer l’analyste d’un
rôle de goulot d’étranglement vers celui de facilitateur, en concevant
l’infrastructure sémantique qui permet à des collaborateurs non techniques
d’accéder à des réponses complexes sans avoir à apprendre à coder.
La maîtrise de l’IA
deviendra une exigence binaire à l’embauche et non plus un simple atout
À l’horizon 2026,
l’usage des outils d’IA deviendra aussi fondamental que l’utilisation d’un
ordinateur. C'est déjà le cas chez Snowflake : si vous êtes ingénieur solutions
et que vous ne savez pas utiliser un agent de codage pour déployer une démo
plus rapidement, je m’interrogerais sur votre rôle et la pertinence même du
poste peut être questionnée. De la même manière qu’il serait inconcevable
aujourd’hui de vouloir travailler dans l’entreprise sans utiliser
d’ordinateurs, ce n’est pas possible. Bien entendu, un accompagnement est
proposé, avec des formations, du mentorat et des espaces d’échange pour
favoriser l’apprentissage collectif. Mais de plus en plus, il s’agit d’une
condition d’emploi et non d’un simple sujet de retour informel. L’écart entre
ceux qui adoptent rapidement ces outils et ceux qui peinent à s’adapter devient
très visible, et ce sont ce type de différences qui risquent d’être difficiles
à gérer à mesure qu’elles se généralisent dans le monde du travail.
La préparation des
réunions passera de plusieurs heures à 90 secondes
Avant presque chaque
rendez-vous client, je m’appuie sur notre outil d’assistant commercial, une
instance de Snowflake Intelligence, pour lui demander de faire un point sur ce
client et une synthèse du compte : Quel est l’historique du compte ? Sur quels
cas d’usage récents travaillons-nous ensemble ? Quels rendez-vous avons-nous
eus récemment ? Y a-t-il des tickets de support en cours dont je devrais être
informé ? La préparation nécessitait auparavant des heures de travail pour
rédiger une note de synthèse de quelques pages, qu’il fallait par la suite que
je lise et assimile avant une conférence. Aujourd’hui, il me suffit seulement
d’une minute trente pour obtenir toutes ces informations, et je peux les consulter
en temps réel.
Le « sens du
discernement » remplacera la maîtrise technique comme compétence la clé
Nous recherchons des ingénieurs logiciels et des solution engineers capables de s’appuyer sur des outils d’IA pour avancer, tout en exerçant un réel sens du discernement. Les agents de codage, par exemple, facilitent l’écriture du code, mais n’apportent pas encore de compréhension sur la manière de structurer un système, de concevoir une architecture. C'est donc cette combinaison de sagesse et de compétence que nous recherchons avant tout. C’est le changement en cours dans l’ensemble du secteur : la compétence technique se déplace de la maîtrise de la syntaxe vers la capacité à formuler une intention de haut niveau. Êtes-vous capable de prendre de bonnes décisions d’architecture ? Savez-vous faire la différence entre un code élégant et un code simplement fonctionnel ? L’IA peut produire du code, mais elle ne peut pas encore déterminer si l’on construit la bonne solution, de la bonne manière. C’est ce discernement qui, à l’horizon 2026, différenciera les ingénieurs les plus solides de ceux qui se contentent du minimum requis.”


