Par Thibaut Antoine-Pollet, expert en premiers secours et protection
cardiaque et Président
de Locacoeur.
Le saviez-vous ? Selon
une ancienne croyance appelée la « théorie des signatures », la forme ou la
couleur des végétaux, coquillages ou minéraux indique leur usage thérapeutique.
Autrement dit, toute plante, toute feuille ou toute fleur qui rappelle par sa
forme un organe humain serait efficace pour soigner cet organe. Ainsi, les
végétaux « cordiformes » ou « cardioïdes », comme la feuille de vigne, de
lierre ou celle du Paulownia, sont réputés bons pour le cœur.
De la même façon, le
rubis, d’un rouge profond, a depuis l’Antiquité été associé au sang. Lorsque, à
la Renaissance, les savants ont compris que le cœur pompe le sang dans notre
corps, cette pierre précieuse est devenue un symbole protecteur de l’organe vital.
On disait au XVIIIe siècle que posséder un beau rubis préservait des maladies
cardiaques.
Des formes et des
signes…
La nature semble jouer
le jeu de nos croyances et nous offre des représentations en forme de cœur,
vénérées comme des signes précieux. Pensons aux étranges coquillages isocardes,
à la feuille du Paulownia, ou encore à l’île de Galešnjak, en forme parfaite de
cœur, et au célèbre « cœur de Voh » en Nouvelle-Calédonie. Ce dernier est
devenu une icône mondiale grâce au photographe Yann Arthus-Bertrand, qui l’a
immortalisé en couverture de son ouvrage « La Terre vue du ciel ». Cette image
symbolique est aujourd’hui une arme poétique dans la lutte pour la préservation
de notre planète.
Depuis des millénaires,
l’homme interprète ces formes naturelles en forme de cœur comme des messages
d’amour et de protection. En Occident, les feuilles de vigne et de lierre, en
forme de cœur, symbolisent l’amour éternel, la fidélité et la passion tenace.
Le lierre, qui enlace et ne se détache pas facilement, est un signe puissant de
passion durable.
Un symbole universel,
un lien avec la vie
En Asie, la feuille du
Paulownia – ou Kiri en japonais, signifiant « vie » – est porteuse de chance et
de félicité. Une tradition veut que planter un Paulownia pour une fille
nouvellement née assure bonheur et protection, tandis que son bois est utilisé pour
le tronc de mariage, garantissant chance et prospérité. Cette essence magique
est même honorée par une des plus hautes distinctions japonaises, l’« ordre des
fleurs de Paulownia ».
Cette fascination pour
la forme en cœur n’est pas limitée aux plantes. La quête du trèfle à quatre
feuilles, une plante rare en forme de cœur, s’accompagne de croyances
puissantes. Depuis l’Antiquité, ce petit trésor est considéré comme un
porte-bonheur exceptionnel, annonciateur d’amour, de santé, de richesse et de
renommée.
La théorie des
signatures, entre sagesse ancienne et légendes
Popularisée par le
médecin et philosophe suisse Paracelse au XVIe siècle, la théorie des
signatures repose sur le principe « similia similibus curantur » — « les
semblables soignent les semblables ». Selon cette idée, une plante dont la
forme évoque un organe pourrait guérir cet organe. C’est ainsi que
l’«
hépatique », avec ses feuilles rappelant le foie, est utilisée contre les
troubles hépatiques. Mais cette approche a souvent relevé plus du symbolisme
que de la science rigoureuse.
Cette vision a
également inspiré des récits fascinants, comme celui de la passiflore, dont la
fleur a été interprétée par un missionnaire jésuite comme une évocation des
instruments de la Passion du Christ, permettant d’évangéliser les populations
indigènes d’Amérique centrale.
Pierres précieuses et
pouvoirs mythiques
Au-delà des végétaux,
les pierres précieuses ont aussi été investies de pouvoirs en lien avec leur
couleur et leur forme. Le rubis, par exemple, était censé stimuler la
circulation sanguine, renforcer le courage et la vigueur, et même stimuler la
libido. Des tsars russes jusqu’aux aristocrates européens, beaucoup ont porté
ces joyaux en gage de protection et de santé.
Aujourd’hui, si ces
croyances ont été largement abandonnées par la science, elles restent vivaces
dans notre culture populaire : noces de rubis, collectionneurs de trèfles, ou
simples émerveillements devant une feuille ou un coquillage en forme de cœur.
Un héritage symbolique
à préserver
Au fond, Dame Nature
nous offre ces formes comme autant de clins d’œil. Elle est belle, complexe et
pleine de poésie. Ces symboles nous rappellent l’importance du cœur, non
seulement comme organe vital, mais aussi comme foyer des émotions, de l’amour
et du lien qui nous unit à notre environnement.
Et si, dans notre monde moderne, où la technologie et la science dominent, nous prenions le temps de redécouvrir cette magie simple offerte par la nature ? Peut-être y trouverions-nous un peu plus de sérénité et d’harmonie…


