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[Etude] Les salariés Français sont épuisés après 18 mois de crise sanitaire et aspirent à changer de vie

- Depuis juin dernier, les salariés sont nombreux à revenir au bureau, leur regard sur leur travail est-il toujours le même ?
- Le niveau de détresse psychologique est-il durablement élevé ? 
- Les nouvelles attentes des salariés trouvent-elles des réponses ?
- Quel est l’avenir du travail : hybride, full présentiel ou full distanciel ?

La 8ème vague du baromètre de la santé psychologique des salariés en période de crise réalisé par OpinionWay pour Empreinte Humaine suit l’évolution de la santé mentale des salariés alors que le travail et son environnement immédiat sont profondément marqués par la crise sanitaire.  Verdict : si la situation s’améliore légèrement avec le retour au bureau, les salariés français sont épuisés par 18 mois de crise et aspirent à changer de vie.

« Ces chiffres sont riches d’enseignements car ils expriment un vrai changement du rapport au travail et des priorités des salariés Français. Ils sont épuisés par ces mois de crises, par les confinements suivis des déconfinements et aspirent à changer en particulier pour préserver leur santé mentale au travail. Mais au-delà cela démontre un changement de rapport au travail et pose une question de fond celle du sens du travail. », pointent Christophe Nguyen, psychologue du travail et président d’Empreinte Humaine, et Jean-Pierre Brun, co-fondateur d’Empreinte Humaine et expert conseil.       

La santé psychologique des salariés s’améliore mais demeure inquiétante

Les indicateurs de l’état psychologique des salariés demeurent inquiétants même si l’on observe une diminution par rapport au mois de mai 2021. Ainsi leur détresse psychologique reste importante à 38% (-6 pts) dont 12% de détresse psychologique élevée (-5 pts) de même que le taux de dépression nécessitant un accompagnement chez les salariés qui atteint 33%, soit 3 points de moins (dont 18% (-3) risquant une dépression sévère).

Cette légère amélioration s’explique principalement par une baisse pour les managers de leur taux de détresse psychologique (-14 points) qu’on peut attribuer à une forte diminution du 100% télétravail pour eux.

Malgré cette amélioration, après plusieurs mois de crise, au total 2 500 000 de salariés sont en burnout sévère (soit 25% de plus par rapport à mai 2021 et 2,7X plus qu’en mai 2020). Les managers demeurent les plus touchés : 18% d’entre eux sont en burnout sévère. Les niveaux élevés de burnout s’expliquent par l’épuisement de leurs ressources personnelles.

Enfin, sans surprise, les femmes et les jeunes continuent d’être gravement touchés avec respectivement 44% de situation de détresse psychologique (33% pour les hommes) et 50% de détresse psychologique chez les moins de 39 ans.

Cette amélioration est due aussi à des actions des organisations/ entreprises 

L’étude montre également que les actions de sécurité psychosociale, quand elles existent, ont un effet bénéfique sur la santé psychologique. Environ 1/3 des organisations ont mis en œuvre des mesures de fond notamment avec l’implication du top management, ce qui améliore de 30 points la santé psychologique des salariés, leur fidélité envers leur organisation.

Les salariés français, les déménagements post covid et leurs nouveaux modes de vie

L’atteinte de la santé mentale expliquant bien des changements de priorité de vie et les nouvelles attentes des salariés, ce sont 19% des salariés qui déclarent avoir déménagé depuis le début de la crise (ce taux monte à 35% pour les télétravailleurs). Les télétravailleurs ayant déménagé présentent quant à eux, 15 points de détresse psychologique de moins que les autres (28 % vs 43%). 

Enfin, parmi les 20% des salariés déclarant avoir été en arrêt maladie pour des raisons psychologiques 69% d’entre eux déclarent avoir déménagé. Ce qui confirme le lien en santé mentale et volonté de changement de vie.

Le télétravail se maintient mais n’est pas encore tout à fait installé

Selon les résultats de l’étude 46% des salariés français télétravaillent (-4) dont :

Souvent évoquée comme source de frein au télétravail, la confiance du management est présente pour 8 télétravailleurs / 10 et 7/10 disent que leur management a évolué positivement avec le télétravail. La moitié doit retrouver des repères professionnels, 6/10 que les rituels d’équipe ont disparu et 7/10 réclament encore plus de clarté dans les droits et devoirs des télétravailleurs. Autant pense que le droit du travail doit s’adapter avec le télétravail.

Le retour au bureau : le paradoxe des salariés français

12% des salariés interrogés disent n’être jamais retournés dans les bureaux depuis le début de la crise. Le niveau de détresse psychologique étant de 56% pour ces deniers contre 36% quand ils y sont retournés.

50% des télétravailleurs disent être plus efficace au bureau pour certaines tâches et 2/3 d’entre eux pensent que le retour serait bénéfique pour l’organisation de leur travail.

Mais 2/3 des salariés sont malgré tout réticents à venir dans les locaux comme le demande leur employeur et disent que si le climat de travail était meilleur ils reviendraient plus volontiers.

Les managers qui sont conscients de l’importance du retour dans les bureaux sont 6 sur 10 à ne pas savoir comment donner du sens aux télétravailleurs pour les faire revenir.

Prise de conscience et rééquilibrage des choix de vie

La croissance post-traumatique (la résilience mesurée grâce à un questionnaire scientifique) se confirme et continue avec la sortie de crise : si le retour au bureau a permis une légère amélioration de la santé psychologique des salariés, elle a nettement changé les équilibres et les hiérarchies de valeurs en provoquant des prises de conscience. Ce sont ainsi par exemple : 

  • 69% des salariés qui apprécient mieux la valeur de la vie
  • 60% qui sont plus enclins à changer ce qui doit l’être
  • 58% qui ont changé leurs priorités
  • 50% qui ont de nouveaux centres d’intérêt
  • 47% qui ont donné une nouvelle orientation à leur vie

Une vague de départs si pas de changement de qualité de vie au travail ?

Nouveaux choix de vie, déménagement, plus forte exigence de bien-être psychologique… Tout contribue à des nouvelles velléités professionnelles : 16% déclarent avoir quitté leur entreprise par choix depuis le début de la crise.  Ils sont 31% à souhaiter activement rechercher un autre emploi après la crise.  Parmi eux, 55% sont en détresse psychologique (55%).  La sortie de crise semble avoir encore renforcer les attentes des salariés envers leur entreprise : 82% (+12 points) veulent que les politiques de qualité de vie au travail de leur entreprise évoluent.  

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Empreinte Humaine sort son livre « Santé psychologique au travail et Covid-19 : le pouvoir des bonnes pratiques » L’apparition de la pandémie à la fin de l’hiver 2020 a pris tout le monde de court, et les différentes mesures sanitaires imposées aux entreprises, allant des gestes barrières au confinement généralisé, n’ont tenu compte que du risque de transmission du virus et des impacts économiques. Mais une autre épidémie est en cours, moins fulgurante mais potentiellement plus durable, celle de la santé psychologique au travail. Christophe Nguyen et Jean-Pierre Brun, cofondateurs du cabinet Empreinte humaine ont souhaité proposer à travers cet ouvrage, une analyse des enseignements de la crise sanitaire en matière de santé mentale des salariés, assortie de pistes de solutions et d’actions à mettre en œuvre par les entreprises.

Editions De Boeck supérieur 
240 pages I 24,90€ en librairie

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