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[Enquête] Défaillances d'entreprises 1er trimestre : si les procédures reculent, les liquidations directes flambent

Un an après le début de la crise, la fermeture guette les plus fragiles : 8 jugements sur 10 sont des liquidations directes, du jamais vu en 20 ans.

Le groupe Altares - expert historique et référent de l’information sur les entreprises - dévoile aujourd’hui les chiffres des défaillances d’entreprises en France pour le 1er trimestre 2021.

Avec 7 406 procédures collectives ouvertes, soit une baisse de 32,1% par rapport au 1er trimestre 2020, le niveau général des défaillances reste exceptionnellement bas. Le mois de mars marque cependant un véritable point d’inflexion, tant sur le rythme des ouvertures de procédures que sur leur physionomie, puisque 79% des jugements mènent désormais à la liquidation de l’entreprise. Un niveau jamais atteint en 20 ans.

Thierry Millon, directeur des études Altares, constate : « Après avoir atteint leur plus bas niveau en 30 ans fin 2020, le nombre de procédures continue de reculer fortement au premier trimestre 2021 à -32,1%. Le mois de mars pourrait cependant constituer un point de bascule. D’abord sur le changement de rythme des ouvertures de procédures, attendu mais impressionnant. Sur les deux premières semaines de mars, les défaillances d’entreprises sont en très fort recul (-48%), mais sur les deux suivantes elles explosent de 155% comparées à la même période de 2020, qui marquait le début du confinement, le gel des cessations de paiement, la fermeture des juridictions et donc la suspension temporaire des audiences. C’est aussi en mars qu’émergent des chiffres concrets sur la détresse de centaines d’entreprises qui se trouvent en cessation de paiement, en dépit des dispositifs de soutien publics. Car désormais, 8 entreprises sur 10 qui se présentent devant les tribunaux sont directement liquidées, un taux jamais atteint depuis 20 ans. »

En recul de 32,1% sur 1 an, le nombre de défaillances d’entreprises reste exceptionnellement bas.

7 406 entreprises sont tombées en défaillance en France au cours des trois premiers mois de l’année 2021, c’est 32,1% de moins qu’à la même période 2020, qui n’avait été perturbée par la crise sanitaire qu’en toute fin de trimestre.

Seulement 170 procédures de sauvegardes (-26,7%) ont été ouvertes, pour 1 493 entreprises placées en redressement judiciaire. Un nombre en très fort retrait (-51,2%), deux fois plus rapide que celui des liquidations judiciaires directes (5 743 ; -24,5%).

Les mois de janvier (-35%) et février (-45%) démontrent une baisse très importante du nombre de procédures ouvertes, alors que le mois de mars (-13%) amorce un changement de rythme. Si la première quinzaine du mois s’inscrivait dans la même tendance que février (-48%), la seconde présente une augmentation impressionnante de 155% par rapport à la même période en 2020. Une tendance d’autant plus marquée du côté des liquidations judiciaires directes (+211%).

Le taux des liquidations directes s’accélère en effet en ce début d’année. Il dépasse désormais 77% des jugements sur le premier trimestre et atteint même 79% en mars, une donnée qui illustre la très grande fragilité de nombreuses structures.

Le nombre d’emplois menacés tombe juste sous le seuil des 30 000 mais représente encore en moyenne 4 emplois par entreprise. A noter que ce chiffre est toutefois amplifié par la procédure de sauvegarde engagée par le groupe de restauration Flunch, qui concerne 5 000 salariés. Sans cette procédure, le nombre d’emplois menacés par entreprise serait resté similaire à la moyenne observée depuis 5 ans (3,4 emplois par défaillance).

Les TPE durement fragilisées et les PME d’au moins 100 salariés sous tension.

Les TPE de moins de trois salariés concentrent les trois quarts des procédures mais leur nombre (5 609) est en recul de 31%. Ces entreprises se présentent toutefois devant le tribunal en situation financière tellement compromise que 80% d’entre elles sont placées directement en liquidation judiciaire.

La situation des TPE de 3 à 5 salariés est à peine meilleure. Elles sont 939 à avoir défailli au 1er trimestre 2021 (-31%) et 77% d’entre elles ont été immédiatement liquidées.

Les ouvertures de procédures collectives reculent de 40% chez les entreprises de 6 à 49 salariés et de 35% chez les PME de 50 à 99 salariés.

Pour les PME d’au moins 100 salariés, la situation reste tendue : les liquidations directes sont minoritaires mais le nombre de défaillances augmente sur un an. 23 ont en effet défailli au 1er trimestre 2021, soit 6 de plus qu’il y a un an. Cependant, seules 4 d’entre elles ont été liquidées.

A noter que moins de la moitié de ces grandes PME était à jour de publicité des comptes annuels, certaines ne publiaient plus leurs comptes depuis plusieurs années.


Les défaillances en recul dans la plupart des secteurs mais plusieurs activités démontrent déjà des signes de fragilité

BATIMENT

Le bâtiment est aligné sur la tendance globale avec un retrait de 32% des procédures. Dans le gros œuvre, on note une baisse remarquable en construction de maisons individuelles (-36%), dans le second œuvre, les travaux de peinture et vitrerie se démarquent également (-38%). La situation est en revanche tendue dans l’immobilier, en particulier en promotion immobilière (+85%) ou autres activités immobilières telles que les marchands de biens ou la location (+15%).

COMMERCE

Le commerce (-35%) présente de sensibles améliorations dans les activités de vente de détail comme de gros. Le nombre de défaillances est ainsi divisé par deux dans le commerce de détail d’habillement (-52%) ou dans les magasins multi-rayons (-50%). On observe un recul de 40% dans le négoce de gros alimentaire. En revanche, les procédures sont un peu plus nombreuses ce trimestre en optique et pharmacie.

SERVICES

Le secteur des services aux entreprises présente un recul de 23% des défaillances. Un taux que l’on observe également dans les activités de conseil pour les affaires ou le nettoyage courant des bâtiments. En revanche, le nombre de jugements augmente de 35% en conseil en relations publiques et communication et de 30% en location de courte durée de voitures et de véhicules automobiles légers.
Les services aux particuliers sont alignés sur la tendance globale du trimestre avec un recul global de 32%, dont -40% en coiffure et -31% en soins de beauté.

INDUSTRIE / MANUFACTURE 

L’industrie enregistre également une baisse globale remarquable (-40%) portée par l’agroalimentaire (-49%). En manufacture, la fabrication de textile, habillement et cuir affiche une belle performance (-56%).

TRANSPORTS

Le secteur des transports et de la logistique affiche une baisse des défaillances de 31%, portée par le transport de marchandises (-33%). Dans le détail de cette activité, on observe des reculs de 38 % pour le fret interurbain et de 32% pour le fret de proximité.

RESTAURATION

Le recul des défaillances est encore très fort en hôtellerie-restauration. 701 procédures ont été ouvertes, c’est moitié moins (-51%) qu’il y a 1 an. La tendance est portée aussi bien par la restauration traditionnelle (-54%) que rapide (-50%). La baisse est également très marquée pour les débits de boissons (-53%). L’hôtellerie enregistre une baisse de 47%.

AGRICULTURE

Les ouvertures de procédures sont en retrait de 12% en agriculture mais des tensions s’observent dans plusieurs activités comme la pêche en mer, la culture de la vigne, l’élevage de buffles et autres bovins et l’élevage de volailles.                       

Toujours sous perfusion publique, les entreprises tiennent mais tout l’enjeu est désormais d’anticiper sur l’avenir, lorsque les dispositifs d’aides s’arrêteront.

Thierry Millon conclut : « La stratégie de soutien à l’économie réelle déployée par l’Etat s’est avérée efficace au regard du faible niveau des défaillances d’entreprises enregistrées : moins de 29 000 procédures ouvertes sur les douze derniers mois contre plus de 52 000 en 2019. Si indispensables qu’elles soient pour faire face à l’exceptionnelle crise, ces aides sont destinées à être allégées voire stoppées lorsque l'activité aura suffisamment redémarré pour espérer tenir sans elles. Les entreprises ne passeront alors pas ce cap sans difficulté.

La question se pose notamment pour les entreprises ayant bénéficié d’un PGE. Les premières observations communiquées par la Fédération Bancaire Française début avril révèlent que les trois quarts des bénéficiaires choisissent de rembourser le plus tard possible. La Banque de France estimait en début d’année que 4,5 à 6% des PGE auraient du mal à être remboursés. Fin mars, ces prêts ont été distribués à 664 000 entreprises pour un montant global de 135 milliards d’euros.

Les « zombies », ces structures qui survivent grâce au soutien de l’Etat et à des taux d’intérêt bas, résisteront également difficilement à l’arrêt des aides. Altares en répertorie 63 000 en France, soit 5,3% des sociétés commerciales. Ces entreprises présentent hors contexte Covid un risque de défaillances 2,3 fois supérieur aux autres sociétés commerciales. Un risque qui grimpera encore à l’extinction des aides.

En 2020, 20 000 entreprises mises sous perfusion avaient échappé à la défaillance en comparaison de la volumétrie 2019 ; seront-elles prêtes à vivre seules au cours des prochains mois ? Les entreprises qui ressortiront de cette crise dans les meilleures conditions sont celles qui, au-delà de leur propre situation financière, pourront compter sur des fournisseurs et des clients fiables et solides. L’impayé client ou la faillite du client sont des situations dont beaucoup d’entreprises ne se remettront pas après le Covid. Gare à l’effet domino au moment de la reprise, le risque de défaut des clients est en effet très élevé. »

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