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Le paradoxe de l’éco-efficience… 

Utiliser moins de ressources naturelles n’est pas toujours vertueux pour l’environnement.

Par Régis Chenavaz, professeur associé en économie managériale et marketing à KEDGE Business School et chercheur à Aix-Marseille School of Economics.

A l’heure où l’éco-efficience, le fait de produire autant mais en utilisant moins de ressources naturelles, peut paraître bénéfique à la fois pour l’environnement et pour l’entreprise, Régis Chenavaz démontre que l’éco-efficience peut, en réalité, nuire à l’environnement, au travers du phénomène de rebond, comme en attestent ses travaux de recherche.


L’éco-efficience n’est pas systématiquement bénéfique pour l’environnement

Les entreprises sont de plus en plus nombreuses à mener une politique d’éco-efficience et à utiliser moins de ressources naturelles. Cela représente un triple avantage pour les entreprises :
- Diminuer les coûts de production en achetant moins de matières premières,
- Séduire les consommateurs qui sont sensibles au caractère vert d’un produit,
- Et réduire le risque de boycott par les consommateurs et de plainte par les ONG.

Si l’éco-efficience est à priori bénéfique également pour l’environnement, ce constat ne se vérifie pas toujours si l’on prend en compte le volume total des ressources naturelles utilisées. Les consommateurs peuvent être davantage attirés par un produit plus vert pour un prix identique et ainsi l’acheter en plus grande quantité, il s’agit de l’effet de rebond de l’éco-efficience. Dans ce cas, la baisse de l’utilisation des matières premières ne compense pas la hausse de la demande et la consommation totale des ressources naturelles n’est pas aussi faible qu’espérée. Dans les cas extrêmes de sur-rebond, la consommation de ces ressources peut même augmenter.

Le professeur utilise un exemple de rebond classique, celui de la consommation de carburant. Les voitures les plus récentes consomment moins de carburant ce qui pourrait laisser penser que l’utilisation d’énergies fossiles diminue. Or, avec une consommation moindre les trajets deviennent moins chers et les conducteurs sont moins réticents à prendre leur voiture, ce qui réduit la baisse espérée sur la consommation de carburant.

« L’éco-efficience est bénéfique à l’environnement mais pas de manière systématique, explique Régis Chenavaz. « Cette situation de rebond ou de sur-rebond s’observe pour les produits de masse caractérisés par un faible prix et une forte demande. Le consommateur, décomplexé quant à son empreinte carbone, va consommer plus. »


Les entreprises doivent également contenir la demande pour réduire la consommation des ressources naturelles

Pour ne pas tomber dans l’écueil du paradoxe du rebond, les entreprises se doivent en effet de contenir la demande en augmentant leurs prix et les consommateurs d’accepter de payer plus cher pour des produits verts. En effet, pour que l’éco-efficience soit vertueuse, elle doit être associée à une modération de la demande, modération qui passe par une régulation du marché.

Cette régulation du marché est possible uniquement dans 2 cas :
- Les produits verts ont un prix plus élevé et seront moins consommés.
- Les consommateurs se montrent raisonnables et ne consomment pas plus de produits verts. Ce comportement implique une prise de conscience du consommateur, au préalable informé, éduqué et averti.

 

 

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