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Gestion d'actifs responsable : l'UBP et l'empreinte écologique du secteur du luxe

  • Empreinte écologique : le secteur du luxe sur la sellette

« L’industrie de la mode a une très forte empreinte écologique, souligne Victoria Leggett, directrice de l’investissement responsable à l’Union Bancaire Privée. Tout d’abord, le gaspillage est considérable puisqu’il faut entre 10.000 l et 20.000 l d’eau pour produite 1 kg de coton (soit l’équivalent d’un jean ou d’une chemise). Et la consommation de vêtements mondiale est en nette augmentation, ce qui est d’autant plus inquiétant que 75 % des vêtements finissent à la déchetterie. »

Selon les indicateurs utilisés pour le classement des industries les plus polluantes, la mode vient juste après l’énergie et l’alimentation. Cela s’explique en partie par l’extrême complexité de sa chaîne logistique, qui implique plusieurs autres secteurs (agriculture, transport, énergie). Aujourd’hui, 20 % de la pollution industrielle de l’eau sont liés au secteur de la mode, alors que 500 millions de tonnes de micro-plastique sortent chaque année de nos machines à laver. « La situation est alarmante mais, en réalité, continue Victoria Leggett, les facteurs qui rendent cette industrie si polluante sont aussi ceux qui peuvent lui permettre de changer véritablement la donne. Une transparence accrue et un meilleur contrôle de la chaîne logistique seraient, en effet, extrêmement bénéfiques sur le plan environnemental, mais également sociétal. »

Quel rôle le luxe peut-il jouer face à une telle situation ? S’il ne représente qu’une faible part de l’industrie de la mode en volume (entre 5 % et 10 %), ce secteur a, en revanche, une forte capacité à faire évoluer les consciences et à favoriser le changement. Les grands noms du luxe ne sont pas seulement des créateurs de tendances en termes de mode. Leur pouvoir va bien au-delà : ils fixent le cadre et définissent les normes acceptables pour l’ensemble du secteur. « Cette responsabilité, fait observer la spécialiste de l’investissement responsable, est certainement plus facile à endosser pour les sociétés du luxe qui affichent des marges supérieures et un bilan solide et qui, bien souvent, bénéficient du long-termisme lié à leur structure familiale. Ces sociétés pourraient ainsi montrer la voie aux chaînes de magasins classiques et discount. Elles sont d’ailleurs nombreuses à l’avoir déjà fait. »

 

Au consommateur de décider

Le long-termisme associé aux sociétés familiales peut, cependant, avoir un prix. Le manque d’indépendance du conseil d’administration signifie que les actionnaires institutionnels peuvent avoir du mal à prôner le changement s’ils estiment que les actions environnementales et sociales ne font pas l’objet d’une attention suffisante. En ce qui concerne l’aspect social, des changements positifs concrets ont été constatés ces dernières années, la transparence et l’audit de la chaîne logistique ayant été au cœur des priorités. Les grandes marques ont fait de réels progrès dans leur approche au quotidien, qu’il s’agisse des standards en termes d’emploi (salaires, droits des employés, conditions de travail) ou de la sécurité de l’origine des produits (soutien des producteurs, avec l’objectif d’aider ces derniers à s’adapter à un contexte plus volatil lié au changement climatique).

« Les diverses initiatives des sociétés pour diminuer leur empreinte environnementale, nuance Victoria Leggett, ont été plus mitigées. En effet, cette démarche va dans une certaine mesure à l’encontre de la raison d’être de cette industrie, à savoir vendre des vêtements. Les marques de luxe prétendront que leurs collections sont destinées à durer (échappant à l’évolution rapide des tendances qui prévaut dans la mode), même si la croissance du chiffre d’affaires de ces sociétés et la fréquence toujours plus grande des nouvelles collections en magasin semblent indiquer le contraire. Par ailleurs, certaines enseignes leaders sur le marché défraient trop souvent l’actualité avec leurs pratiques consistant à brûler les invendus, à hauteur de plusieurs millions de dollars, dans le but de préserver la valeur de la marque. »

Le tableau n’est pas totalement noir : il existe des innovations qui contribuent à réduire la production de vêtements dérivés de combustibles fossiles. A noter également l’initiative de la Global Fashion Association visant à encourager la mode circulaire, qui devrait contribuer à accroître la production d’articles produits à partir de vêtements recyclés. Le changement pourrait venir des sociétés qui cherchent à répondre aux nouvelles attentes d’une clientèle avide de luxe et socialement responsable, les Millennials. D’ici là, les fabricants s’emploieront encore à satisfaire notre boulimie d’achat, à l’heure où la durée de vie moyenne d’un vêtement ne cesse de baisser. Quel que soit le niveau d’engagement des marques, le changement repose avant tout sur le consommateur. Au final, seul un véritable partenariat entre le consommateur, la marque et l’actionnaire pourrait permettre de réduire d’empreinte écologique.

 

M. L.

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