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BB - Analyse du marché immobilier
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Immobilier de luxe : clignotants au vert-dollar chez les « gilets gold »

Loin des préoccupations du Grand débat national, les millionnaires et milliardaires internationaux continuent de prospérer et d’acquérir de l’immobilier. Focus sur cette population peu nombreuse mais très active.

Toujours plus riches, toujours plus nombreux : ça va bien pour les High Net Worth Individuals (HNWI, plus de 3 millions de dollars de patrimoine, soit 2,6 millions d’euros) et encore mieux pour les Ultra-HNWI (plus de 30 millions de dollars de patrimoine). Le nombre de ces derniers, c’est-à-dire les riches des riches au plan mondial, a triplé depuis 1995 pour atteindre 255 000 personnes aujourd’hui et l’on estime qu’ils seront 360 000 en 2022. C’est Thibault de Saint-Vincent, le président du réseau immobilier Barnes, qui relaye ces statistiques dans une présentation du marché immobilier haut-de-gamme effectuée ce 29 janvier à Paris. Elles émanent du World Ultra Wealth Report 2018 qui établit également que la croissance de la fortune et du nombre de ces « gilets gold » est plus rapide en Asie et en Europe qu’aux Amériques (USA et Canada). Les Américains sont toujours devant en nombre avec près de 100 000 UHNWI en 2017, devant les Européens (84 150) et les Asiatiques (72 670), mais d’ici 2022 le peloton asiatique devrait augmenter de moitié en nombre et en total de patrimoine tandis que la Team America ne progressera « que » d’un tiers.

Qui sont ces « individus à haut patrimoine » ou à « ultra haut patrimoine » ? Ils comprennent « toujours plus de self-made men », dit Barnes. Plus de deux-tiers des UHNWI ont personnellement créé leur fortune. La part des femmes est « croissante » même si elle ne représente encore que 13,7 % de ces personnes fortunées dont la moyenne d’âge est de 60,6 ans et dont seulement 18,3 % ont moins de 50 ans. Une pyramide des âges qui devrait progressivement se rajeunir puisque Barnes estime qu’ « à l’horizon 2026, les principaux consommateurs du luxe seront les Millennials », les trentenaires actuels, les « digital natives », une clientèle pour qui « il est normal d’acheter un appartement, une voiture de luxe ou un yacht depuis un smartphone ! ».

En attendant, les riches seniors font tourner l’immobilier de luxe. Dix pour cent d’entre eux, soit plus de 25 000 personnes dans le monde, possèdent plus de cinq propriétés dans différents pays, qu’ils gèrent, de plus en plus, dans une optique business et patrimoniale. Thibault de Saint-Vincent cite l’exemple d’un de ses clients qui gagne des fortunes dans les hedge funds. Il possède une villa à Saint-Barth qu’il a louée 150 000 euros pour deux jours en fin d’année (cadre idéal pour un réveillon). Il possède cinq biens immobiliers et dépense plus de cinq millions d’euros de carburant par an au gré de ses différents périples. L’empreinte carbone n’est pas mentionnée.

« Cela devient un phénomène de génération, souligne Thibault de Saint-Vincent. La clientèle jeune et internationale considère qu’une maison comme une voiture se détériore si on ne l’utilise pas. Nous gérons par exemple deux villas dans les Parcs de Saint-Tropez, avec du personnel, qui sont louées une vingtaine de semaines par an par leur propriétaire. » Un autre client de Barnes possède un chalet à Megève acheté une douzaine de millions d’euros. Il le loue par périodes pour un total d’un million d’euros par an, soit 600 000 euros nets, ce qui lui assure une rentabilité.

La clientèle internationale se jette sur des « spots » en vogue comme Porto Cervo en Sardaigne, les Alpes Suisses ou Hong Kong, l’idée étant de pouvoir pratiquer un certain entre-soi. Hong-Kong est désormais numéro 1 au classement des villes les plus recherchées. Elle est considérée par Barnes comme « la ville la plus chère au monde », non sans raison puisqu’il s’y vend des appartements avec vue sur mer sur une base de 80 000 dollars le mètre carré (quatre-vingt mille). « L’establishment de Pékin et de Shanghaï, ainsi que tous les grands managers y possèdent leur pied-à-terre », indique Barnes.

Paris tire son épingle du jeu dans cette course mondiale. La demande est telle que les ventes flash — celles qui se concluent en moins de 72 heures — se multiplient au point que « nous sommes parfois obligés de tirer au sort parmi nos commerciaux » (pour savoir qui empochera la commission), indique Thibault de Saint-Vincent. Il n’y a plus vraiment de quartier parisien sur lequel les HNWI font la fine bouche. Dans le XVIIIe arrondissement, un 67 mètres carrés, au deuxième étage, du côté du Marché Saint-Pierre, s’est vendu 705 000 euros, soit 10 522 euros/m2, en moins de 24 heures. Un autre appartement situé aux Abesses a reçu « quatre offres au prix en une matinée » à 13 570 euros le mètre carré. La Motte Piquet, La Muette ont le vent en poupe. Et jusqu’aux XIe et XIIe arrondissements, « moins beaux que dans l’ouest mais très bobos », selon la formule de Richard Tzipine, le directeur général de Barnes, où se concluent des transactions à 9 500-10 000 euros le mètre carré.

L’impact des « gilets jaunes » a fait perdre à Barnes quelques ventes et le réseau cite l’exemple d’un « établissement financier important » qui a renoncé à s’implanter à Paris pour se replier vers Francfort, de peur de l’agitation en France. Mais globalement, les clignotants sont au vert-dollar chez les high net worth individuals.

Gilles Lockhart

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