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Immobilier de luxe : une bonne période pour Coldwell Banker

Biographie de Laurent DemeurePas d’annus horribles pour l’immobilier de luxe même si, dans les beaux quartiers des villes de France, les « gilets jaunes » commencent à effrayer les vieilles pierres. C’est ce qui ressort des propos de Laurent Demeure, le patron de Coldwell Banker France & Monaco, qui a présenté son bilan d’activité 2018.

Contrairement à certains de ses concurrents qui se poussent un peu du col, Coldwell Banker est un vrai réseau d’agences immobilières spécialisées dans luxe : le prix moyen des transactions qu’il a réalisées en France en 2018 est de 1,28 million d’euros. A comparer au montant moyen d’une transaction dans l’Hexagone s’établit pour la même année à 213 705 euros, selon le réseau d’agences immobilières généralistes Century 21.

En 2018, Coldwell Banker France a développé un volume de vente de 754 millions d’euros, en hausse de plus d’un tiers par rapport à 2017. Le groupe dispose d’un stock de biens à vendre (i.e. pour lesquels il a un mandat signé par le propriétaire) de 1,26 milliard d’euros (+ 33%). Un tel stock apparaît considérable, mais l’immobilier de luxe relève du temps long : « le délai moyen de vente est de 10 mois et même de deux ans pour les biens de plus de 10 millions d’euros », commente Laurent Demeure, contre 91 jours pour l’ensemble du marché français, selon Century 21.

A quoi tiennent les bons résultats 2018 ? « A un fort retour des non-résidents », explique Laurent Demeure, et au fait que la France et Paris en particulier constituent, de plus en plus, une cible de choix pour les investisseurs internationaux. De nombreux dirigeants, cadres supérieurs et financiers français, ayant touché des bonus suite à la reprise économique de 2017 et/ou vendu leurs stock-options, se sont positionnés sur des biens à plus de trois millions d’euros, alors qu’ils avaient fui durant ce que Laurent Demeure appelle « les années Hollande ». S’agissant des étrangers, les Moyens Orientaux cherchent à diversifier leurs possessions par rapport à Londres, les Américains « constatent le potentiel de Paris alors que Manhattan s’essouffle et que Londres baisse ». On signale aussi quelques investisseurs chinois. Le tout permet de vendre un hôtel particulier dans le XVIe arrondissement de Paris, 7,7 millions d’euros, un appartement de 380 mètres carrés dans la capitale, 6,85 millions d’euros, un 400 mètres carrés dans une station des Alpes du Nord, plus de 10 millions d’euros.

Tendance de l’année : des banques recommencent à consentir du crédit hypothécaire, ce qui permet à des acquéreurs potentiels (par exemple, des propriétaires à Londres) de refinancer leurs actifs afin de réinvestir : « de mettre de la dette en face de l’actif », résume le patron de Coldwell Banker France & Monaco. Le Brexit ? Il occasionne « un flux constant et modéré de clients cherchant essentiellement des appartements familiaux à Paris, entre 1,8 et 4 millions d’euros. » Problème : « Il y a peu d’offres à Paris dans ce domaine et les standards en termes de finitions, de prestations et de services sont inférieurs à ceux de Londres, ce qui entraîne des déceptions et des reports de décisions », déplore Laurent Demeure.

Il relève aussi que les acquéreurs sont « de plus en plus professionnels », inspirés par le fonctionnement des marchés immobiliers anglo-saxons « où tout est transparent ». Les clients veulent savoir le prix auquel le vendeur a acheté son bien, les baisses de prix qu’il a déjà consenties éventuellement, ils passent au crible les PV d’assemblées. « Nous sommes de plus en plus dans une logique de data room, presque comme en immobilier d’entreprise », indique Laurent Demeure

Concernant l’impact des troubles sociaux, Coldwell Banker acte le problème sans en faire un drame. « Les gilets jaunes ne modifient pas la perception de la France par les clients et les investisseurs », écrit l’entreprise dans la présentation de ses résultats, tout en relevant « des visites annulées ou reportées » à Tours, un « blocage du marché » à Bordeaux. Laurent Demeure estime toutefois que « le climat social commence à poser problème à certains états-majors, de banques notamment. »

Quant à l’année qui commence, le patron du réseau la voit « vigoureuse sans être exceptionnelle ». Un soft landing des prix de l’immobilier de luxe se produirait jusqu’en 2020. Le Brexit sera hard (« plus cela va, plus les Londoniens y sont favorables ! »). A Paris, le centre historique (Ier et IVe arrondissements) dépassera la Rive Gauche en attractivité pour les Ultra High Net Worth Individuals. En France, Toulouse sera la ville phare. Et une légère remontée des taux interviendra à partir de septembre. Reste la question de l’impact du grand débat national sur les clients puissants mais volatiles qui font des chèques à plusieurs millions.

Gilles Lockhart

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